Jules Verne. Ma?tre Zacharius.      
 


 ,           1854      .    ,       .            .            .            1/2.





 

Jules Verne. Ma?tre Zacharius.      








" , "   ,    ,  -      .    ,   ,       .

   8  1828    ,   .      1849       ,       .       " " (Les Pailles rompues). ,    -,     .

 1851        ,    "Muses des familles".   ,     , ,   ,    .     .  1851      "  ".

      ,     ,        .

        ,   .

 1862       "   "  , - .        "    ".     ,            .     .

  ,   1872 ,     ,     .         . ,      -,         ,        .

 1877 ,   ,    . 28-       .      , ,     .  1879       ,   1881   ,   .      -,     .

 1884       ,   1886      ,      .

 1888           ,    15 .   1892       .

       .             .    6 .    1919    "   "    ,  .

   24  1905       78-     .

   "Ma?tre  Zacharius"        .      .       1.

    .




I. Une nuit d'hiver





Vocabulaire


situer - 

? la pointe -  ;  

occidental - 

lac m - 

donner son nom -   

sortie f - 

partager - 

distinct - , 

diviser - 

?le f - 

jeter - 

rive f - 

disposition f - 

se reproduire - ;  

commerce m - 

sans doute - 

indig?ne m - / 

sduire - 

facilit f - 

offrir - ; 

bras m - ;  ()

fleuve m - 

chemin m - 

marcher - 

tout seul - 

courir - 

neuf - 

rgulier - ; ; 

slever - 

ancrer -   

galiote f -  ()

merveilleux - 

entassement m - , 

grimper - 

confusion f - ; ; 

tendue f - 

forcer - 

se jucher sur -  

piloti m - ;  ; 

engag - ; 

p?le-m?le - 

rude - ; 

courant m - 

gros - ; 

madrier m - 

noircir - 

user - ()

ressembler ?  -  

patte f - 

crabe m - 

immense - 

produire - 

filet m - 

jaunir - 

vritable - 

toile f daraigne - 

tendre - 

au sein de - 

substruction f - 

sculaire - 

s'agiter - ; 

ombre f - 

feuillage m - 

ch?ne m - 

sengouffrir - ; 

cumer - 

lugubre - 

mugissement m - 

habitation f - 

frapper - 

trange - 

vtust f - 

horloger m - 

apprenti m - 

servante f - 

indchiffrable - 

maigre - , , 

pointu - 

vaciller - ; ; 

flotter - ; 

vent m - 

osciller - ; 

balancier m - 

horloge f - 

sec - 

cadavrique - 

affecter - ; 

teinte f - , 

sombre - 

tableau m - 

pousser ? - 

troit - 

regard m - 

mlancoliquement - 

se reposer sur - ; 

cime f - 

neigeux - 

atelier m - 

vieillard m - 

occuper - 

cave f - , 

au ras de - 

plancher m - 

reposer - ; 

immmorial - ; , 

repas m - ;  

rgler - ; 

diffrent - ; 

passer -  ( )

reste m - 

tabli m - 

couvert de - ; 

nombreux - 

plupart f - 

inventer - , 

habile - , 

Cuvre f - ; 

se priser -  

industrieux - 

ouvrier m - 

reconna?tre - 

hautement - 

supriorit f - 

honneur m - 

montrer - 

gloire f - 

chappement m - ; ; 

en effet -   

invention f - 

travail m - 

faire comprendre - ;   

plus tard - 

dater - 

naissance f - 

longuement - 

merveilleusement - 

travailler - 

remettre en place -   

avec lenteur - 

outil m - 

recouvrir -  

lger - 

verrine f - ; 

fin - 

pi?ce f - 

ajuster - 

rendre le repos -  

roue f - 

tour m - 

soulever - , 

judas m -   , 

pratiquer - , 

rduit m - ; 

pencher - , 

se prcipiter - 

fracas m - 

senivrer - ; 

brumeux - 

vapeur f - , 

souper m - , 

antique - 

usage m - ; 

prendre part -  

bien que - 

mets m - 

soigneusement - 

appr?ter - 

vaisselle f - 

manger - , 

rpondre - 

taciturnit f - , 

proccuper - , 

visiblement - , ; 

babillage m - , ; 

oreille f - 

grondement m - , ; 

prendre garde - 

silencieux - 

quitter - 

embrasser - ; 

accoutum - , 

dispara?tre - 

troit - 

conduire - , 

retraite f - ; ; 

pas m - 

pesant - ; , 

escalier m - 

gmir - 

lourd - 

plainte f - 

demeurer - ; 

nuage m - 

se tra?ner - 

menacer - 

se fondre - 

pluie f - 

emplir - 

?me f - 

tristesse f - , 

vent m - 

r?der - 

alentour - , 

sinistre - 

sifflement m - 

savoir - ; 

ma?tre m - ; 

Sainte Vierge -  

comprendre - 

avoir faim - 

rester - 

ventre m - , 

adroit - 

tirer - ; ; 

secret - 

motif m - , 

chagrin m - 

soup?onner - 

douloureux - , 

inquitude f - 

simprimer - 

visage m - 

permettre de - 

tristesse f - 

envahir - 

coeur m - 

conna?tre - 

singulier - 

habitude f - 

lire - 

front m - 

pense f - 

ennui m - , 

sans doute - 

survenir - ; 

demain - 

se souvenir de - 

se repentir de - 

vraiment - 

causer - 

peine f - ; 

parler - 

fa?on f - , 

fixer - 

regard m - 

beau - 

yeux m pl - 

admettre - , 

intimit f - ; 

travail m - 

apprcier - 

intelligence f - 

discrtion f - ; 

grand - ; 

bont f - 

?me f - 

sattacher ? - 

foi f - ; ; 

mystrieux - , 

prsider ? - , ; 

dvouement m - , 

hro?que - 

an m - 

ovale m - 

rappeler - 

na?f - 

Madone f - 

vnration f - ; 

suspendre - 

encore - 

coin m - 

rue f - 

cit f - 

respirer - ; 

simplicit f - 

infini - 

aimer - 

suave - ; , 

ralisation f - , 

r?ve m - ; 

po?te m - ; 

v?tement m - 

affecter - 

couleur f - 

peu voyant - 

linge m - 

blanc - 

se plisser - ; 

paule f - 

teinte f - , 

senteur f - 

particulier - 

glise f - 

vivre - 

existence f - 

mystique - , 

livr ? - 

scheresse f - 

calvinisme m - 

ainsi que - 

soir m - 

matin m - 

pri?re f - ; 

latin - 

missel m - , 

fermoir m - ; 

fer m - 

sentiment m - 

cacher - 

profond - 

jeune - 

en effet -   , 

monde m - 

entier - , 

se condenser - 

temps m - 

se passer - 

terminer - 

loquacit f - , 

sexercer - ; 

de prfrence - ; 

malheur m - 

petit - 

mis?re f - ; , 

mnage m - 

chercher - 

arr?ter - 

tabati?re f ? musique -  

fabriquer - 

monter - (); ; 

briser - 

jouer - 

air m - ; 

trouver - 

plonger - 

taciturnit f - , 

douloureux - , , 

chaise f - 

bois m - 

fixer - 

cierge m - 

pointe f - , , 

chandelier m - , 

allumer - 

poser - 

vierge f - 

cire m - 

abriter - ; ; 

niche f - ; 

pierre f - 

coutume f - 

sagenouiller -   

devant - 

protecteur - 

foyer m domestique -  

demander - ; 

tendre - 

gr?ce f - 

bienveillant - 

nuit f - 

prochain - ; 

silencieux - 

place f - ; 

cher - 

tonnement m - 

finir - 

heure f - ; 

bonsoir -  

vouloir - 

fatiguer - 

prolonge f - , 

saint - 

pourtant - , 

cas m - 

dormir - 

retrouver -  

un peu - 

joie f - 

joli - 

poque f - ; 

maudit - , , 

pouvoir - 

se promettre -  

journe f - 

bonheur m - 

envoyer chercher -  

mdecin m - , 

scrier - 

pr?ter loreille ? - 

imagination f - 

sentence f - ; 

corps m - 

faire - 

murmurer - 

se remettre ? -   

se livrer ? - 

repos m - 

doucement - , 

contrarit f - ; 

moral - 

chagriner - 

peut-?tre - 

raconter - 

vivement - 

teindre - 

parcimonieusement - ; 

fait m - 

absolument - 

incomprhensible - , , 

vendre - 

quelque - 

anne f - 

subitement - 

rapporter - 

nombre m - 

dmonter - , 

avec soin - 

ressort m - , ,  

bon - ; 

tat m - 

rouage m - ;  

parfaitement - 

tablir - , , 

remonter - ; 

en dpit de -  ; 

habilet f - , , 

marcher - , 

diable m - 

sembler - 

naturel - , 

born - ; 

terre f - 

infini m - 

sortir - 

main f - 

homme m - ; 

vrai - 

quelque chose - -

extraordinaire - , 

aider - 

cause f - 

drangement m - ; , 

dsesprer - (),   

tomber des mains -   

rprouv - 

instrument m - 

cuivre m - 

marquer - ; 

devoir -  

sen tenir ? - 

cadran m - ; 

solaire - 

ainsi -  

Ca?n - 

apprendre - 

ingnument - , 

vie f - 

doute m - 

pri?re f - ; 

inutile - 

grommeler - , 

pardonner - 

intention f - 

rallumer -  

sagenouiller -   

dalle f - 

prier - ; 

sanctification f - 

voyageur m - ; 

prisonnier m - , 

bon m -  

mchant m - 

inconnu - , 

dvote - , 

confiance f - , 

sein m - , 

Dieu m - 

s'asseoir - 

pensif - 

fen?tre f - 

lueur f - ; 

s'teindre - 

verser - 

eau f - 

tison m - 

embraser - 

pousser - 

norme - 

verrou m - ; 

se jeter - 

lit m - 

tarder - ; 

mourir de peur -   

horreur f - 

augmenter - , 

parfois - 

tourbillon m - ; ; ; 

sengouffrer - 

frissonner - , 

absorb - ; 

songer ? -  

maladie f - 

proportion f - , 

fantastique - 

cher - 

existence f - 

devenir - 

purement - ; 

mcanique - 

se mouvoir - 

effort m - 

pivot m - ; 

us - , 

soudain - 

abat-vent m -  , 

violemment - , ; 

rafale f -  

heurter - 

tressaillir - 

brusquement - 

comprendre - 

cause f - 

bruit m - 

secouer - , 

torpeur f - ; 

motion f - 

se calmer - 

ch?ssis m - , ;  

nuage m - 

crever - ; 

torrentiel - 

crpiter - 

toiture f - ,  

environnant - 

se pencher - 

dehors - , 

attirer - , 

volet m - 

ballotter - , 

avoir peur - 

para?tre - 

confondre - 

tumultueux - ; 

submerger - , 

fragile - 

ais m - 

craquer - ; 

de toutes parts -   

fuir - 

apercevoir - 

au-dessous de - 

rverbration f - ; 

lumi?re f - 

venir - 

calme m - , 

momentan - , ; 

se taire - 

lment m - ; 

frapp par - 

son m - 

plaintif - 

tenter de - 

refermer -  

parvenir - 

repousser - 

avec violence - ; 

malfaiteur m - ; 

sintroduire -  

fou/folle - /

chapper - 

main f - 

battre - 

bruyamment - 

temp?te f - 

se trouver - 

alors - , 

salle f - 

obscure - 

t?tonner - , 

gagner - 

aboutir ? - 

glisser - 

p?le - 

mourant - 

debout - 

au milieu - 

remplir - 

mugissement m - 

cheveu m - 

hriss - , 

donner - 

aspect m - 

sinistre - 

parler - 

gesticuler - 

voir - 

entendre - 

seuil m - 

mort f - 

voix f - 

sourd - 

vivre - 

maintenant - 

disperser - ; 

crateur m - 

partie f - 

enfermer - , 

chacun - 

bo?te f - 

fer m - 

argent m - 

or m - 

chaque - 

fois f - 

sarr?ter - 

maudit - 

sentir - 

cesser - 

rgler - 

pulsation f - 

fa?on f - , 

trange - 

prendre - 

une sorte de - - 

cylindre m - 

creux - 

appeler - 

barillet m - , 

retirer - 

spirale f - 

acier m - 

au lieu de -  , 

se dtendre - ; 

suivre - 

loi f - 

lasticit f - 

roul - , 

ainsi que - 

vip?re f - 

endormi - 

nou - 

impotent - , 

sang m - 

se figer - , 

? la longue -   ,   

essayer de - 

vainement - 

drouler - 

doigt m - 

amaigri - 

silhouette f - 

sallonger - 

dmesurment - , 

muraille f - 

bient?t - 

terrible - 

cri m - 

col?re f - 

prcipiter - ; 

pied m - 

clou - 

souffle m - 

mouvement m - 

sapprocher - 

vertigineux - 

hallucination f - , 

semparer de - 

murmurer - 

douleur f - 

tenir - 

veill - ; 

rentrer - 

froid - 

? mi-voix - 

sinquiter - 

inquiter - 

doux - , 

parole f - 

revenir - 

sappuyer ? - 

bras m - 

malade - 

seul - 

gurir - 

affection f - 

cder - 

consolation f - 

esprit m - 

accident m -  

travailler - 

rparer - 

ramener - 

raison f - 

ajouter - 

impressionner - 

mtier m - 

rprouv - ; 

rchauffer - 

glac - 

retourner - 

pauvre - , 

esprance f - 

regagner - 

lentement - 

jour m - 

sommeil m - 

appesantir - ; 

paupi?re f - 

tandis que -    

muet - , , 

immobile - 




Texte et devoirs


1. Mettez les verbes aux temps exigs par le sens.

A. La ville de Gen?ve est situe ? la pointe occidentale du lac auquel elle (donner) ou (devoir) son nom.

B. Le Rh?ne, qui la (traverser) ? sa sortie du lac, la (partager) en deux quartiers distincts, et est divis lui-m?me, au centre de la cit, par une ?le jete entre ses deux rives.

C. Cette disposition topographique (se reproduire) souvent dans les grands centres de commerce ou dindustrie.

2. Mettez les verbes entre parenth?ses ? l'imparfait de l'indicatif.

A. Au temps o? des constructions neuves et rguli?res ne (slever) pas encore sur cette ?le, ancre comme une galiote hollandaise au milieu du fleuve, le merveilleux entassement de maisons grimpes les unes sur les autres (offrir) ? lCil une confusion pleine de charmes.

B. Une des habitations de l?le (frapper) par son caract?re dtrange vtust.

C. Cet homme (ne pas vivre). Il (osciller) ? la fa?on du balancier de ses horloges.

3. Dcrivez l'homme que vous voyez sur la couverture du livre.

4. Lisez.

La ville de Gen?ve est situe ? la pointe occidentale du lac auquel elle a donn ou doit son nom. Le Rh?ne, qui la traverse ? sa sortie du lac, la partage en deux quartiers distincts, et est divis lui-m?me, au centre de la cit, par une ?le jete entre ses deux rives. Cette disposition topographique se reproduit souvent dans les grands centres de commerce ou dindustrie. Sans doute les premiers indig?nes furent sduits par les facilits de transport que leur offraient les bras rapides des fleuves,  ces chemins qui marchent tout seuls , suivant le mot de Pascal. Avec le Rh?ne, ce sont des chemins qui courent.

Au temps o? des constructions neuves et rguli?res ne slevaient pas encore sur cette ?le, ancre comme une galiote hollandaise au milieu du fleuve, le merveilleux entassement de maisons grimpes les unes sur les autres offrait ? lCil une confusion pleine de charmes. Le peu dtendue de l?le avait forc quelques-unes de ces constructions ? se jucher sur des pilotis, engags p?le-m?le dans les rudes courants du Rh?ne. Ces gros madriers, noircis par les temps, uss par les eaux, ressemblaient aux pattes dun crabe immense et produisaient un effet fantastique. Quelques filets jaunis, vritables toiles daraigne tendues au sein de cette substruction sculaire, sagitaient dans lombre comme sils eussent t le feuillage de ces vieux bois de ch?ne, et le fleuve, sengouffrant au milieu de cette for?t de pilotis, cumait avec de lugubres mugissements.

Une des habitations de l?le frappait par son caract?re dtrange vtust. Ctait la maison du vieil horloger, ma?tre Zacharius, de sa fille Grande, dAubert Th?n, son apprenti, et de sa vieille servante Scholastique.

Quel homme ? part que ce Zacharius ! Son ?ge semblait indchiffrable. Nul des plus vieux de Gen?ve ne?t pu dire depuis combien de temps sa t?te maigre et pointue vacillait sur ses paules, ni quel jour, pour la premi?re fois, on le vit marcher par les rues de la ville, en laissant flotter ? tous les vents sa longue chevelure blanche. Cet homme ne vivait pas. Il oscillait ? la fa?on du balancier de ses horloges. Sa figure, s?che et cadavrique, affectait des teintes sombres. Comme les tableaux de Lonard de Vinci, il avait pouss au noir.

Grande habitait la plus belle chambre de la vieille maison, do?, par une troite fen?tre, son regard allait mlancoliquement se reposer sur les cimes neigeuses du Jura ; mais la chambre ? coucher et latelier du vieillard occupaient une sorte de cave, situe presque au ras du fleuve et dont le plancher reposait sur les pilotis m?mes. Depuis un temps immmorial, ma?tre Zacharius nen sortait quaux heures des repas et quand il allait rgler les diffrentes horloges de la ville. Il passait le reste du temps pr?s dun tabli couvert de nombreux instruments dhorlogerie, quil avait pour la plupart invents.

Car ctait un habile homme. Ses Cuvres se prisaient fort dans toute la France et lAllemagne. Les plus industrieux ouvriers de Gen?ve reconnaissaient hautement sa supriorit, et ctait un honneur pour cette ville, qui le montrait en disant :   ? lui revient la gloire davoir invent lchappement ! 

En effet, de cette invention, que les travaux de Zacharius feront comprendre plus tard, date la naissance de la vritable horlogerie.

Or, apr?s avoir longuement et merveilleusement travaill, Zacharius remettait avec lenteur ses outils en place, recouvrait de lg?res verrines les fines pi?ces quil venait dajuster, et rendait le repos ? la roue active de son tour ; puis il soulevait un judas pratiqu dans le plancher de son rduit, et l?, pench des heures enti?res, tandis que le Rh?ne se prcipitait avec fracas sous ses yeux, il senivrait ? ses brumeuses vapeurs.

Un soir dhiver, la vieille Scholastique servit le souper, auquel, selon les antiques usages, elle prenait part avec le jeune ouvrier. Bien que des mets soigneusement appr?ts lui fussent offerts dans une belle vaisselle bleue et blanche, ma?tre Zacharius ne mangea pas. Il rpondit ? peine aux douces paroles de Grande, que la taciturnit plus sombre de son p?re proccupait visiblement, et le babillage de Scholastique elle-m?me ne frappa pas plus son oreille que ces grondements du fleuve auxquels il ne prenait plus garde. Apr?s ce repas silencieux, le vieil horloger quitta la table sans embrasser sa fille, sans donner ? tous le bonsoir accoutum. Il disparut par ltroite porte qui conduisait ? sa retraite, et, sous ses pas pesants, lescalier gmit avec de lourdes plaintes.

Grande, Aubert et Scholastique demeur?rent quelques instants sans parler. Ce soir-l?, le temps tait sombre ; les nuages se tra?naient lourdement le long des Alpes et mena?aient de se fondre en pluie ; la sv?re temprature de la Suisse emplissait l?me de tristesse, tandis que les vents du midi r?daient aux alentours et jetaient de sinistres sifflements.

 Savez-vous bien, ma ch?re demoiselle, dit enfin Scholastique, que notre ma?tre est tout en dedans depuis quelques jours ? Sainte Vierge ! Je comprends quil nait pas eu faim, car ses paroles lui sont restes dans le ventre, et bien adroit serait le diable qui lui en tirerait quelquune !

 Mon p?re a quelque secret motif de chagrin que je ne puis m?me pas soup?onner, rpondit Grande, tandis quune douloureuse inquitude simprimait sur son visage.

 Mademoiselle, ne permettez pas ? tant de tristesse denvahir votre cCur. Vous connaissez les singuli?res habitudes de ma?tre Zacharius. Qui peut lire sur son front ses penses secr?tes ? Quelque ennui sans doute lui est survenu, mais demain il ne sen souviendra pas et se repentira vraiment davoir caus quelque peine ? sa fille. 

Ctait Aubert qui parlait de cette fa?on, en fixant ses regards sur les beaux yeux de Grande. Aubert, le seul ouvrier que ma?tre Zacharius e?t jamais admis ? lintimit de ses travaux, car il apprciait son intelligence, sa discrtion et sa grande bont d?me, Aubert stait attach ? Grande avec cette foi mystrieuse qui prside aux dvouements hro?ques.

Grande avait dix-huit ans. Lovale de son visage rappelait celui des na?ves madones que la vnration suspend encore au coin des rues des vieilles cits de Bretagne. Ses yeux respiraient une simplicit infinie. On laimait, comme la plus suave ralisation du r?ve dun po?te. Ses v?tements affectaient des couleurs peu voyantes, et le linge blanc qui se plissait sur ses paules avait cette teinte et cette senteur particuli?res au linge dglise. Elle vivait dune existence mystique dans cette ville de Gen?ve, qui ntait pas encore livre ? la scheresse du calvinisme.

Ainsi que, soir et matin, elle lisait ses pri?res latines dans son missel ? fermoir de fer, Grande avait lu un sentiment cach dans le cCur dAubert Th?n, quel dvouement profond le jeune ouvrier avait pour elle. Et en effet, ? ses yeux, le monde entier se condensait dans cette vieille maison de lhorloger, et tout son temps se passait pr?s de la jeune fille, quand, le travail termin, il quittait latelier de son p?re.

La vieille Scholastique voyait cela, mais nen disait mot. Sa loquacit sexer?ait de prfrence sur les malheurs de son temps et les petites mis?res du mnage. On ne cherchait point ? larr?ter. Il en tait delle comme de ces tabati?res ? musique que lon fabriquait ? Gen?ve : une fois monte, il aurait fallu la briser pour quelle ne jou?t pas tous ses airs.

En trouvant Grande plonge dans une taciturnit douloureuse, Scholastique quitta sa vieille chaise de bois, fixa un cierge sur la pointe dun chandelier, lalluma et le posa pr?s dune petite vierge de cire abrite dans sa niche de pierre. Ctait la coutume de sagenouiller devant cette madone protectrice du foyer domestique, en lui demandant dtendre sa gr?ce bienveillante sur la nuit prochaine ; mais, ce soir-l?, Grande demeura silencieuse ? sa place.

 Eh bien ! ma ch?re demoiselle, dit Scholastique avec tonnement, le souper est fini, et voici lheure du bonsoir. Voulez-vous donc fatiguer vos yeux dans des veilles prolonges ? Ah ! sainte Vierge ! cest pourtant le cas de dormir et de retrouver un peu de joie dans de jolis r?ves ! ? cette poque maudite o? nous vivons, qui peut se promettre une journe de bonheur ?

 Ne faudrait-il pas envoyer chercher quelque mdecin pour mon p?re ? demanda Grande.

 Un mdecin ! scria la vieille servante. Ma?tre Zacharius a-t-il jamais pr?t loreille ? toutes leurs imaginations et sentences ! Il peut y avoir des mdecines pour les montres, mais non pour les corps !

 Que faire ? murmura Grande. Sest-il remis au travail ? sest-il livr au repos ?

 Grande, rpondit doucement Aubert, quelque contrarit morale chagrine ma?tre Zacharius, et voil? tout.

 La connaissez-vous, Aubert ?

 Peut-?tre, Grande.   Racontez-nous cela, scria vivement Scholastique, en teignant parcimonieusement son cierge.

 Depuis plusieurs jours, Grande, dit le jeune ouvrier, il se passe un fait absolument incomprhensible. Toutes les montres que votre p?re a faites et vendues depuis quelques annes sarr?tent subitement. On lui en a rapport un grand nombre. Il les a dmontes avec soin ; les ressorts taient en bon tat et les rouages parfaitement tablis. Il les a remontes avec plus de soin encore ; mais, en dpit de son habilet, elles nont plus march.

 Il y a du diable l?-dessous ! scria Scholastique.

 Que veux-tu dire ? demanda Grande. Ce fait me semble naturel. Tout est born sur terre, et linfini ne peut sortir de la main des hommes.

 Il nen est pas moins vrai, rpondit Aubert, quil y a en cela quelque chose dextraordinaire et de mystrieux. Jai aid moi-m?me ma?tre Zacharius ? rechercher la cause de ce drangement de ses montres, je nai pu la trouver, et, plus dune fois, dsespr, les outils me sont tombs des mains.

 Aussi, reprit Scholastique, pourquoi se livrer ? tout ce travail de rprouv ? Est-il naturel quun petit instrument de cuivre puisse marcher tout seul et marquer les heures ? On aurait d? sen tenir au cadran solaire !

 Vous ne parlerez plus ainsi, Scholastique, rpondit Aubert, quand vous saurez que le cadran solaire fut invent par Ca?n.

 Seigneur mon Dieu ! que mapprenez-vous l? ?

 Croyez-vous, reprit ingnument Grande, que lon puisse prier Dieu de rendre la vie aux montres de mon p?re ?

 Sans aucun doute, rpondit le jeune ouvrier.

 Bon ! Voici des pri?res inutiles, grommela la vieille servante, mais le Ciel en pardonnera lintention. 

Le cierge fut rallum. Scholastique, Grande et Aubert sagenouill?rent sur les dalles de la chambre, et la jeune fille pria pour l?me de sa m?re, pour la sanctification de la nuit, pour les voyageurs et les prisonniers, pour les bons et les mchants, et surtout pour les tristesses inconnues de son p?re.

Puis, ces trois dvotes personnes se relev?rent avec quelque confiance au cCur, car elles avaient remis leur peine dans le sein de Dieu.

Aubert regagna sa chambre, Grande sassit toute pensive pr?s de sa fen?tre, pendant que les derni?res lueurs steignaient dans la ville de Gen?ve, et Scholastique, apr?s avoir vers un peu deau sur les tisons embrass et pouss les deux normes verrous de la porte, se jeta sur son lit, o? elle ne tarda pas ? r?ver quelle mourait de peur.

Cependant, lhorreur de cette nuit dhiver avait augment. Parfois, avec les tourbillons du fleuve, le vent sengouffrait sous les pilotis, et la maison frissonnait tout enti?re ; mais la jeune fille, absorbe par sa tristesse, ne songeait qu? son p?re. Depuis les paroles dAubert Th?n, la maladie de ma?tre Zacharius avait pris ? ses yeux des proportions fantastiques, et il lui semblait que cette ch?re existence, devenue purement mcanique, ne se mouvait plus quavec effort sur ses pivots uss.

Soudain labat-vent, violemment pouss par la rafale, heurta la fen?tre de la chambre. Grande tressaillit et se leva brusquement, sans comprendre la cause de ce bruit qui secoua sa torpeur. D?s que son motion se fut calme, elle ouvrit le ch?ssis. Les nuages avaient crev, et une pluie torrentielle crpitait sur les toitures environnantes. La jeune fille se pencha au dehors pour attirer le volet ballott par le vent, mais elle eut peur. Il lui parut que la pluie et le fleuve, confondant leurs eaux tumultueuses, submergeaient cette fragile maison dont les ais craquaient de toutes parts. Elle voulut fuir sa chambre ; mais elle aper?ut au-dessous delle la rverbration dune lumi?re qui devait venir du rduit de ma?tre Zacharius, et dans un de ces calmes momentans pendant lesquels se taisent les lments, son oreille fut frappe par des sons plaintifs. Elle tenta de refermer sa fen?tre et ne put y parvenir. Le vent la repoussait avec violence, comme un malfaiteur qui sintroduit dans une habitation.

Grande pensa devenir folle de terreur ! Que faisait donc son p?re ? Elle ouvrit la porte, qui lui chappa des mains et battit bruyamment sous leffort de la temp?te. Grande se trouva alors dans la salle obscure du souper, parvint, en t?tonnant, ? gagner lescalier qui aboutissait ? latelier de ma?tre Zacharius, et sy laissa glisser, p?le et mourante.

Le vieil horloger tait debout au milieu de cette chambre que remplissaient les mugissements du fleuve. Ses cheveux hrisss lui donnaient un aspect sinistre. Il parlait, il gesticulait, sans voir, sans entendre ! Grande demeura sur le seuil.

 Cest la mort ! disait ma?tre Zacharius dune voix sourde, cest la mort ! Que me reste-t-il ? vivre, maintenant que jai dispers mon existence par le monde ! car moi, ma?tre Zacharius, je suis bien le crateur de toutes ces montres que jai fabriques ! Cest bien une partie de mon ?me que jai enferme dans chacune de ces bo?tes de fer, dargent ou dor ! Chaque fois que sarr?te une de ces horloges maudites, je sens mon cCur qui cesse de battre, car je les ai rgles sur ses pulsations ! 

Et, en parlant de cette fa?on trange, le vieillard jeta les yeux sur son tabli. L? se trouvaient toutes les parties dune montre quil avait soigneusement dmonte. Il prit une sorte de cylindre creux, appel barillet, dans lequel est enferm le ressort, et il en retira la spirale dacier qui, au lieu de se dtendre, suivant les lois de son lasticit, demeura roule sur elle-m?me, ainsi quune vip?re endormie. Elle semblait noue, comme ces vieillards impotents dont le sang sest fig ? la longue. Ma?tre Zacharius essaya vainement de la drouler de ses doigts amaigris, dont la silhouette sallongeait dmesurment sur la muraille, mais il ne put y parvenir, et bient?t, avec un terrible cri de col?re, il la prcipita par le judas dans les tourbillons du Rh?ne.

Grande, les pieds clous ? terre, demeurait sans souffle, sans mouvement. Elle voulait et ne pouvait sapprocher de son p?re. De vertigineuses hallucinations semparaient delle. Soudain, elle entendit dans lombre une voix murmurer ? son oreille :

 Grande, ma ch?re Grande ! La douleur vous tient encore veille ! Rentrez, je vous prie, la nuit est froide.

 Aubert ! murmura la jeune fille ? mi-voix. Vous ! vous !

 Ne devais-je pas minquiter de ce qui vous inqui?te !  rpondit Aubert.

Ces douces paroles firent revenir le sang au cCur de la jeune fille. Elle sappuya au bras de louvrier et lui dit :

 Mon p?re est bien malade, Aubert ! Vous seul pouvez le gurir, car cette affection de l?me ne cderait pas aux consolations de sa fille. Il a lesprit frapp dun accident fort naturel, et, en travaillant avec lui ? rparer ses montres, vous le ram?nerez ? la raison. Aubert, il nest pas vrai, ajouta-t-elle, encore tout impressionne, que sa vie se confonde avec celle de ses horloges ? 

Aubert ne rpondit pas.

 Mais ce serait donc un mtier rprouv du Ciel que le mtier de mon p?re ? fit Grande en frissonnant.

 Je ne sais, rpondit louvrier, qui rchauffa de ses mains les mains glaces de la jeune fille. Mais retournez ? votre chambre, ma pauvre Grande, et, avec le repos, reprenez quelque esprance ! 

Grande regagna lentement sa chambre, et elle y demeura jusquau jour, sans que le sommeil appesant?t ses paupi?res, tandis que ma?tre Zacharius, toujours muet et immobile, regardait le fleuve couler bruyamment ? ses pieds.

5. Rpondez aux questions.

A. O? se droule l'action du livre ?

B. Est-ce que toutes les constructions de l'?le taient levs sur le sol ? Pourquoi ?

C. Dans quelle maison vivait un vieil horloger ? Avec qui ?

D. Quelle tait la raction de ma?tre Zacharius aux mots tendres de sa fille ? la table ?

E. Qui est Aubert ?

F. Comment a-t-il ragi ? l'inquitude de Grande pour son p?re ? Qu'a-t-il racont apr?s ?

G. Qu'a fait Scholastique ?

H. Qu'est-ce qui s'est pass pendant la nuit ?

I. Qui pouvait gurir l'horloger selon sa fille ?

6. Rappelez-vous le fragment correspondant ? l'image suivante. Parlez-en.








Traduction




 


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   ,     (https://www.litres.ru/book/svetlana-vladimirovn/jules-verne-maitre-zacharius-kniga-dlya-chteniya-na-f-74290264/)  .

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