Un cafå en octobre Êëýð Âàëüìîí Êàìèëëå äâàäöàòü òðè. Îíà íà÷èíàåò íîâóþ æèçíü â Ëèîíå: íîâàÿ ðàáîòà â ìàëåíüêîì êíèæíîì ìàãàçèíå, çíàêîìûå óëèöû, óòðåííèé êîôå è çîëîòàÿ îñåíü, êîòîðóþ îíà ëþáèò áîëüøå ëþáîãî äðóãîãî âðåìåíè ãîäà. Ëþêàñó äâàäöàòü ïÿòü. Îí ôîòîãðàô, âå÷íî êóäà-òî ñïåøèò, ìíîãî ãîâîðèò è ïîÿâëÿåòñÿ èìåííî òîãäà, êîãäà Êàìèëëà ìåíüøå âñåãî ýòîãî õî÷åò. Èõ ïåðâàÿ âñòðå÷à â êàôå ðÿäîì ñ êíèæíûì ìàãàçèíîì íå ïîõîæà íà íà÷àëî êðàñèâîé èñòîðèè. Âòîðàÿ òîæå. Íî ïîñòåïåííî ñëó÷àéíûå âñòðå÷è ñòàíîâÿòñÿ ïðèâû÷íûìè, îäèí êîôå ïðåâðàùàåòñÿ â äâà, à êîðîòêèå ðàçãîâîðû â äîëãèå ïðîãóëêè ïî îñåííåìó Ëèîíó. Êàìèëëà ïðèâûêëà ê ñïîêîéíîé è ïðåäñêàçóåìîé æèçíè. Ëóêàñ íàïîìèíàåò åé, ÷òî èíîãäà ñàìûå âàæíûå ïåðåìåíû íà÷èíàþòñÿ íåîæèäàííî. Ò¸ïëàÿ ñîâðåìåííàÿ èñòîðèÿ î ïåðâîé áëèçîñòè, ñòðàõå ïåðåìåí è ëþáâè, êîòîðàÿ ïðèõîäèò òèõî âìåñòå ñ çàïàõîì êîôå, äîæä¸ì è çîëîòûìè ëèñòüÿìè îêòÿáðÿ. Íàïèñàíà íà àäàïòèðîâàííîì ôðàíöóçñêîì ÿçûêå óðîâíÿ A1–A2. Êëýð Âàëüìîí Un cafå en octobre Ãëàâà Un cafå en octobre Roman en fran?ais facile (niveau A1-A2) Lyon Chapitre 1 : Un nouveau travail Vocabulaire le travail — ðàáîòà la librairie — êíèæíûé ìàãàçèí nouveau / nouvelle — íîâûé / íîâàÿ la rue — óëèöà le matin — óòðî le cafå — êàôå / êîôå la porte — äâåðü sourire (verbe) — óëûáàòüñÿ timide — çàñòåí÷èâûé la clå — êëþ÷ le livre — êíèãà jaune — æ¸ëòûé l'arbre (m) — äåðåâî content / contente — äîâîëüíûé / äîâîëüíàÿ ranger — ðàññòàâëÿòü / óáèðàòü Camille marche vite dans la rue. Il est huit heures et demie du matin. L'air est frais et il y a des feuilles jaunes sur le trottoir. Camille regarde son tålåphone toutes les deux minutes, comme si l'heure allait changer plus vite si elle la regardait souvent. Elle a un peu peur. Aujourd'hui, c'est son premier jour de travail. Elle a råpåtå ce trajet mentalement la veille au soir, comptant les rues, måmorisant chaque intersection pour ?tre certaine de ne pas se perdre ce matin. Cette habitude de tout planifier ? l'avance, håritåe de sa m?re, la rassure gånåralement, mais aujourd'hui, elle ne parvient pas compl?tement ? calmer les papillons dans son ventre. Elle habite ? Lyon depuis huit semaines seulement. Avant, elle vivait pr?s de Grenoble, dans une petite ville tranquille o? tout le monde se connaissait. Ici, tout est diffårent : les rues sont plus longues, les gens marchent plus vite, et personne ne dit bonjour aux inconnus. Camille aime cette nouveautå, mais elle lui donne aussi un peu le vertige. La librairie s'appelle "Les Pages Bleues". Elle est petite et sympathique, avec une porte en bois et une vitrine pleine de livres. Il y a m?me un petit chat en carton, assis entre deux piles de romans, comme s'il gardait la boutique. Camille s'arr?te devant la porte. Elle respire un grand coup, presque comme avant un examen. Le nom de la boutique est peint ? la main sur l'enseigne, avec des lettres låg?rement doråes qui ont d? ?tre magnifiques ? l'origine mais qui montrent maintenant quelques traces d'usure, tåmoins silencieux des annåes passåes. — Bon, c'est le moment, dit-elle tout bas. Elle pousse la porte. Une petite cloche sonne au-dessus de sa t?te. ? l'intårieur, il fait chaud, et ?a sent le papier neuf et le cafå. Une femme d'environ cinquante ans arrive avec un sourire chaleureux. Elle a les cheveux gris coupås courts et porte un pull rouge, un peu trop grand pour elle, avec des manches retroussåes. — Bonjour ! Vous devez ?tre Camille, dit la femme. — Oui, c'est moi. Bonjour, madame. — Appelez-moi Sylvie, s'il vous pla?t. On ne dit pas "madame" ici, on n'est pas si vieux ! Camille sourit, un peu rassuråe par cette simplicitå. Sylvie l'invite ? entrer plus loin dans la boutique et lui montre les lieux. Il y a des åtag?res hautes, pleines de livres de toutes les couleurs, et une petite åchelle en bois pour atteindre les rayons du haut. Dans un coin, deux fauteuils usås mais confortables invitent ? s'asseoir pour lire tranquillement. Pr?s de la fen?tre, une petite table porte une machine ? cafå et quelques tasses dåpareillåes. Au fond de la boutique, une porte discr?te m?ne ? une råserve o? s'entassent des cartons de livres pas encore dåballås, ainsi qu'un petit bureau encombrå de factures et de catalogues d'åditeurs. Sylvie explique que c'est l? qu'elle passe le plus clair de son temps administratif, loin des clients, pråfårant garder l'espace principal enti?rement dådiå ? la magie des livres plut?t qu'? la paperasse. — C'est mon petit coin secret, dit-elle avec un clin d'Cil. Personne ne vient jamais me dåranger ici, sauf en cas d'urgence absolue. — C'est un endroit magnifique, dit Camille. — Merci ! J'ai ouvert cette librairie il y a vingt ans, explique Sylvie avec fiertå. ? l'åpoque, mes enfants åtaient encore petits. Maintenant, ils sont grands, et moi, j'ai besoin d'un peu d'aide. Je ne suis plus toute jeune ! Camille regarde les livres avec curiositå. Il y a des romans, des livres de cuisine, des livres pour enfants avec des couvertures coloråes, et une petite section de poåsie dans un coin discret, presque secret. — Vous aimez lire ? demande Sylvie. — J'adore ?a, råpond Camille. C'est ma passion depuis toujours. Ma m?re me lisait des histoires tous les soirs, quand j'åtais petite. — Alors vous ?tes exactement la personne qu'il me fallait, dit Sylvie avec un clin d'Cil. Sylvie explique le travail ? Camille : ranger les livres, aider les clients ? trouver ce qu'ils cherchent, pråparer les commandes qui arrivent par la poste, et parfois faire un cafå pour les visiteurs qui aiment s'installer un moment. Camille åcoute avec attention et prend quelques notes dans un petit carnet qu'elle a apportå. Elle appråcie cette fa?on de faire confiance immådiatement, cette absence de longue formation formelle, comme si Sylvie savait dåj?, rien qu'? sa fa?on d'åcouter et de poser des questions pertinentes, qu'elle avait fait le bon choix en l'engageant. — Vous avez des questions ? demande Sylvie. — Oui, une question, dit Camille. Est-ce qu'il y a beaucoup de clients le matin ? — ?a dåpend des jours, råpond Sylvie. Le samedi, c'est tr?s animå, presque trop. Les autres jours, c'est plus calme, surtout le matin. Les gens viennent plut?t apr?s le travail, ou le soir. La matinåe passe rapidement. Camille range des livres sur les åtag?res, apprend o? se trouvent les diffårentes sections, et dåcouvre peu ? peu les habitudes de la boutique. Elle rencontre aussi ses premiers clients : un homme ?gå, avec une canne et un chapeau, qui cherche un roman policier "pas trop violent" ; et une jeune femme pressåe qui ach?te un livre d'images pour l'anniversaire de son fils. L'homme ? la canne, qui se pråsente comme Monsieur Bernard, s'installe ensuite dans l'un des fauteuils pr?s de la fen?tre, feuilletant tranquillement le livre qu'il vient d'acheter, sans se presser le moins du monde. Camille l'observe du coin de l'Cil en travaillant, touchåe par cette image paisible d'un homme ?gå profitant simplement d'un bon livre dans un coin chaleureux. — Vous pouvez rester aussi longtemps que vous voulez, lui dit-elle en passant pr?s de lui avec une pile de romans ? ranger. — C'est bien pour ?a que je viens ici plut?t qu'? la grande librairie du centre-ville, råpond Monsieur Bernard avec un sourire ådentå mais chaleureux. L?-bas, on vous regarde de travers si vous restez plus de dix minutes sans rien acheter. — Ici, ce n'est pas notre philosophie, confirme Camille, se souvenant dåj? des mots de Sylvie sur l'importance de cråer un lieu accueillant avant tout. Monsieur Bernard reste presque une heure, plongå dans sa lecture, avant de repartir avec un signe de t?te reconnaissant vers Camille, promettant de revenir la semaine suivante pour la suite de la sårie. — Il a quel ?ge, votre fils ? demande Camille en emballant le livre. — Cinq ans, råpond la femme avec un sourire fatiguå. Il adore les dinosaures. — Alors ce livre va lui plaire, dit Camille. Il y en a un rose, aussi, avec des dinosaures qui dansent. La femme rit et repart avec les deux livres, visiblement contente. Camille se sent fi?re de ce petit moment, aussi simple soit-il. Peu apr?s, un homme d'une quarantaine d'annåes entre dans la boutique, visiblement presså, jetant des coups d'Cil nerveux vers sa montre. Il cherche un cadeau pour l'anniversaire de mariage de ses parents, mais n'a manifestement aucune idåe par o? commencer. — Ils aiment quel genre de livres, vos parents ? demande Camille, essayant de le guider. — Aucune idåe, avoue l'homme avec un petit rire g?nå. Ma m?re lit beaucoup, je crois. Des romans, peut-?tre ? Camille l'emm?ne vers la section des romans contemporains et lui pråsente trois titres diffårents, expliquant bri?vement l'histoire de chacun. L'homme finit par choisir un roman sur la Provence, se souvenant que sa m?re y a passå son enfance. — Merci, vous m'avez sauvå, dit-il avec soulagement en payant ? la caisse. Je n'aurais jamais su choisir tout seul. — C'est mon travail, råpond Camille en souriant, sentant une satisfaction sinc?re ? l'idåe d'avoir aidå quelqu'un d'aussi perdu qu'elle l'åtait elle-m?me quelques heures plus t?t dans cette m?me boutique. Sylvie, qui a observå la sc?ne depuis le comptoir, lui adresse un clin d'Cil approbateur avant de retourner ? ses propres clients. ? midi, Sylvie propose une pause. — Vous voulez manger quelque chose ? demande-t-elle. Il y a un bon cafå juste en face. Camille regarde par la fen?tre. De l'autre c?tå de la rue, il y a un petit cafå avec une terrasse. Des chaises en bois sont installåes dehors, malgrå le froid, et des plantes vertes dåcorent l'entråe. Le nom du cafå est åcrit en lettres doråes, un peu usåes par le temps : "Le Petit Matin". — ?a a l'air sympa, dit Camille. — C'est mon endroit pråfårå du quartier, dit Sylvie. Le patron fait un excellent chocolat chaud, avec de la vraie cr?me. Et en automne, avec les dåcorations et les bougies, c'est encore mieux. Camille observe le cafå pendant quelques secondes, sans savoir qu'elle va bient?t conna?tre cet endroit par cCur. Pour l'instant, c'est juste un joli cafå en face de son nouveau travail, rien de plus. Elles mangent un sandwich rapide dans l'arri?re-boutique, assises sur des caisses de livres qui servent de tabourets improvisås. Sylvie raconte l'histoire de la librairie, comment elle l'a ouverte avec ses åconomies, comment elle a failli fermer une annåe difficile, et comment les habitants du quartier l'ont aidåe ? continuer. — Les gens sont fid?les, ici, dit-elle avec åmotion. C'est pour ?a que j'aime tellement ce måtier. — Comment vous avez eu l'idåe d'ouvrir une librairie, ? la base ? demande Camille, curieuse d'en savoir plus sur cette femme qui l'a accueillie si chaleureusement. — J'åtais professeure de fran?ais avant, explique Sylvie en mordant dans son sandwich. Pendant quinze ans, dans un coll?ge pas tr?s loin d'ici. Puis un jour, j'ai eu envie de faire quelque chose de plus... concret, je dirais. Quelque chose o? je pourrais voir directement l'effet de mon travail sur les gens. — Vous ne regrettez jamais l'enseignement ? — Parfois, avoue Sylvie avec un sourire nostalgique. Surtout en septembre, quand je vois les enfants repartir ? l'åcole avec leurs nouveaux cartables. Mais ici, je continue ? transmettre l'amour des livres, juste diffåremment. Et je n'ai plus de copies ? corriger le soir, ce qui n'est pas rien. Camille rit, imaginant Sylvie devant une salle de classe pleine d'adolescents peu motivås. — Vous deviez ?tre une bonne professeure, dit-elle. — Je crois, oui, råpond Sylvie avec une fiertå tranquille. Mais je suis une meilleure libraire, je pense. Ici, personne n'est obligå de venir. Les gens qui poussent cette porte le font parce qu'ils veulent vraiment ?tre l?, et ?a change tout. Apr?s le dåjeuner, Camille continue son travail. L'apr?s-midi, d'autres clients arrivent : des åtudiants qui cherchent un livre pour un cours, une dame ?gåe qui vient chaque semaine juste pour discuter un peu, et un groupe de touristes qui photographient la devanture sans rien acheter. Camille aide chaque personne avec patience, m?me les plus indåcis, et commence peu ? peu ? se sentir ? sa place. Vers seize heures, une petite fille entre en courant dans la boutique, suivie d'un p?re visiblement essoufflå d'avoir d? la rattraper dans la rue. — Je veux le livre avec le dragon ! annonce-t-elle fi?rement, sans m?me dire bonjour. Camille sourit et s'accroupit ? sa hauteur, un geste qui semble naturellement venir ? elle. — Quel dragon, exactement ? Il y en a plusieurs ici. — Le rouge, avec des ailes doråes ! pråcise l'enfant avec une conviction totale. Apr?s quelques minutes de recherche dans la section jeunesse, Camille finit par trouver le livre en question, un conte illustrå qu'elle ne connaissait pas encore elle-m?me. La petite fille repart en serrant le livre contre elle comme un tråsor, pendant que son p?re remercie Camille avec un sourire fatiguå mais reconnaissant. — Vous avez l'air douåe avec les enfants, remarque Sylvie qui a observå la sc?ne depuis le comptoir. — J'ai trois neveux, explique Camille en riant. ?a aide beaucoup pour deviner ce qu'ils veulent avant m?me qu'ils sachent l'expliquer clairement. — Vous les voyez souvent ? demande Sylvie, curieuse. — Pas autant que je le voudrais, avoue Camille avec une pointe de nostalgie. Ils habitent pr?s de chez mes parents, ? quelques heures de route. Mais on s'appelle en visioconfårence, ?a aide un peu ? combler la distance. — La famille, c'est pråcieux, dit Sylvie avec une sincåritå qui trahit une pensåe personnelle. M?me ? distance. Vers dix-sept heures, Sylvie regarde l'horloge accrochåe au-dessus du comptoir. — Bon travail aujourd'hui, Camille, dit-elle. Vous apprenez vite, et surtout, vous ?tes gentille avec les clients. C'est le plus important. — Merci beaucoup, råpond Camille avec un grand sourire. J'ai vraiment aimå cette premi?re journåe. — Demain, c'est pareil. Vous commencez ? neuf heures. — Il y a un dress code particulier ? demande Camille avec un sourire, mi-sårieuse mi-amusåe. — Juste d'?tre vous-m?me, råpond Sylvie en riant. C'est dåj? suffisant, croyez-moi. — D'accord. ? demain, Sylvie. Camille sort de la librairie et ferme la porte doucement derri?re elle. Le ciel commence ? devenir orange, presque rose par endroits. L'automne ? Lyon est vraiment beau : les feuilles tombent lentement, l'air sent le cafå et le pain frais, et les rues, malgrå le bruit de la ville, gardent quelque chose de calme. Avant de rentrer chez elle, Camille regarde encore une fois le petit cafå en face. Une lumi?re chaude sort par les fen?tres, et elle aper?oit quelques silhouettes assises ? l'intårieur, un livre ou une tasse ? la main. Elle se dit qu'elle ira peut-?tre l?-bas un matin, avant le travail, juste pour essayer. Sur le chemin du retour, elle s'arr?te dans une petite åpicerie pour acheter de quoi pråparer son d?ner, un peu de p?tes et une sauce toute pr?te, rien de tr?s ålaborå apr?s une journåe aussi longue. Le propriåtaire, un homme ?gå avec un fort accent du Sud, la salue chaleureusement, comme s'il la connaissait dåj?, bien qu'elle ne soit venue qu'une seule fois auparavant. Les åtag?res de la petite åpicerie sont remplies ? ras bord, dans un dåsordre organiså qui donne l'impression que chaque produit a trouvå sa place au fil des annåes plut?t que par un plan pråcis. Une odeur d'åpices flotte dans l'air, målangåe ? celle du cafå fra?chement moulu, et Camille se sent immådiatement ? l'aise dans ce petit espace chaleureux. — Vous ?tes nouvelle dans le quartier ? demande-t-il en emballant ses achats. — Depuis deux mois, råpond Camille. Je travaille ? la librairie, juste ? c?tå du Petit Matin. — Ah, chez Sylvie ! dit l'homme avec un sourire encore plus large. Une femme formidable. Vous verrez, dans ce quartier, tout le monde finit par se conna?tre. Camille sourit en repensant ? cette remarque tout le long du chemin jusqu'? son appartement. Elle commence ? comprendre ce que Sylvie voulait dire par la fidålitå des gens d'ici, cette petite communautå qui semble l'accueillir peu ? peu, un sourire apr?s l'autre. Elle ne sait pas encore que ce cafå va changer beaucoup de choses dans sa vie. Pour l'instant, elle rentre chez elle, fatiguåe mais heureuse, avec l'impression d'avoir enfin trouvå sa place dans cette nouvelle ville. Chapitre 2 : Le cafå d'? c?tå Vocabulaire t?t — ðàíî la tasse — ÷àøêà commander — çàêàçûâàòü se presser — òîðîïèòüñÿ renverser — ïðîëèòü / îïðîêèíóòü dåsolå(e) — èçâèíè(òå) la table — ñòîë le sac — ñóìêà s'excuser — èçâèíÿòüñÿ la chaise — ñòóë attendre — æäàòü le sourire (nom) — óëûáêà en retard — îïîçäàâøèé maladroit(e) — íåóêëþæèé essuyer — âûòèðàòü Le lendemain matin, Camille se råveille t?t, presque avant son råveil. Elle a encore un peu de temps avant le travail, alors elle dåcide d'aller au petit cafå en face de la librairie, celui que Sylvie lui a montrå la veille. Elle veut essayer ce fameux chocolat chaud dont tout le quartier semble parler. Elle prend le temps de choisir ses v?tements avec un peu plus de soin que d'habitude, sans se l'expliquer compl?tement ? elle-m?me, optant pour un pull qu'elle appråcie particuli?rement plut?t que le premier v?tement venu. Ce petit geste anodin la fait sourire une fois dans la rue, consciente du låger ridicule de la situation pour une simple sortie cafå. Il fait frais dehors, mais le soleil brille entre les nuages, et la lumi?re du matin donne aux rues une couleur presque doråe. Camille marche tranquillement, les mains dans les poches de son manteau. Les feuilles jaunes et orange couvrent le trottoir, et quelques-unes tourbillonnent doucement autour de ses pieds quand le vent souffle. Elle croise un boulanger qui sort justement ses premi?res fournåes, l'odeur du pain frais se råpandant dans toute la rue et lui donnant instantanåment faim malgrå son petit-dåjeuner råcent. Un peu plus loin, une fleuriste dispose ses bouquets d'automne devant sa boutique, chrysanth?mes orangås et dahlias pourpres, cråant une explosion de couleurs qui contraste joliment avec le gris des fa?ades environnantes. Elle arrive devant "Le Petit Matin" et pousse la porte. Une petite cloche annonce son entråe. ? l'intårieur, l'ambiance est chaleureuse : une odeur de cafå frais et de pain chaud flotte dans l'air, målangåe ? quelque chose de sucrå, peut-?tre de la cannelle. Des petites tables en bois sont installåes pr?s des fen?tres, chacune avec une bougie åteinte au centre, pr?te pour le soir. Derri?re le comptoir, un homme d'une cinquantaine d'annåes s'active avec des gestes pråcis, pråparant les premi?res commandes de la journåe. Il porte un tablier vert foncå et des lunettes rondes qui glissent råguli?rement sur son nez. C'est sans doute le fameux patron dont Sylvie a parlå la veille, pense Camille en l'observant discr?tement. Camille choisit une table tranquille, pas trop loin de la porte, avec une bonne vue sur la rue. Une serveuse arrive rapidement, un carnet ? la main et un crayon coincå derri?re l'oreille. Elle a un badge accrochå ? son tablier avec son prånom åcrit ? la main, "Låa", et un sourire naturel qui donne immådiatement l'impression qu'elle aime vraiment son travail, contrairement ? tant de serveuses pressåes qu'on croise habituellement. — Bonjour, qu'est-ce que je vous sers ? — Un chocolat chaud, s'il vous pla?t, dit Camille. — Tr?s bon choix pour un matin comme celui-ci, råpond la serveuse avec un sourire. Camille sort un livre de son sac, un roman qu'elle a commencå la semaine derni?re. Elle aime lire le matin, avant le travail : c'est un moment pour elle, un petit sas tranquille avant que la journåe commence vraiment. Elle ouvre son livre ? la page marquåe et commence ? lire, oubliant peu ? peu le bruit låger du cafå autour d'elle. C'est un roman qu'elle a trouvå par hasard dans les cartons de la librairie, un livre låg?rement ab?må que Sylvie lui a offert en disant qu'il ne se vendrait probablement jamais avec sa couverture dåchiråe. L'histoire parle d'une jeune femme qui quitte tout pour recommencer ailleurs, un th?me qui råsonne åtrangement avec sa propre situation, et Camille se surprend ? s'identifier ? cette håro?ne de papier plus qu'elle ne l'aurait imaginå. Le cafå autour d'elle continue de s'animer doucement : un homme d'affaires commande un espresso qu'il boit debout, presså, avant de repartir vers son bureau ; une m?re avec une poussette s'installe påniblement ? une table, jonglant entre son cafå et son båbå qui commence ? s'agiter. Camille observe ces petites sc?nes du quotidien entre deux paragraphes, appråciant cette ambiance vivante sans ?tre bruyante. Elle repense bri?vement ? sa ville natale, o? les cafås fermaient tous vers dix-neuf heures et o? l'on connaissait rarement ce genre d'effervescence matinale. Lyon, avec cette vie qui grouille d?s l'aube, lui semble dåcidåment un monde ? part, plus vaste et plus vivant que tout ce qu'elle connaissait auparavant. Soudain, la porte s'ouvre brusquement, presque violemment. Un jeune homme entre en courant, ou presque. Il a les cheveux bruns un peu en dåsordre, comme s'il venait de sortir du lit, et porte un grand sac avec un appareil photo qui dåpasse. Il regarde sa montre avec une inquiåtude visible. La petite cloche au-dessus de la porte tinte violemment sous le choc de son entråe pråcipitåe, attirant l'attention de plusieurs clients qui l?vent les yeux avec curiositå vers cette apparition bruyante et essoufflåe. — Non, non, non, dit-il tout bas, pour lui-m?me. Pas encore en retard ! Il se dirige vers le comptoir d'un pas rapide, mais dans sa pråcipitation, il oublie de regarder autour de lui. Son sac heurte la table de Camille, un coin dur contre le bord en bois. La tasse de chocolat chaud vacille dangereusement, et un peu de liquide se renverse sur la table, juste ? c?tå du livre. — Oh non ! dit le jeune homme, s'arr?tant net. Camille recule sa chaise rapidement pour åviter que le chocolat n'atteigne ses v?tements. Elle regarde la tache brune qui s'åtend lentement sur le bois clair de la table. — Excusez-moi, vraiment dåsolå ! dit-il, l'air sinc?rement g?nå. Je ne regardais pas o? j'allais, comme d'habitude. — Ce n'est rien, råpond Camille, un peu surprise par tant d'agitation d?s le matin. Le jeune homme attrape rapidement des serviettes en papier posåes sur le comptoir et commence ? essuyer la table, avec des gestes un peu maladroits qui font glisser encore plus de chocolat vers le bord. — Attendez, laissez-moi faire, dit Camille en riant malgrå elle, prenant elle-m?me une serviette. — Je suis vraiment un danger public le matin, dit-il avec un sourire penaud. Surtout quand je suis en retard, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le pense. — Vous ?tes toujours en retard ? demande Camille, un peu amusåe sans vraiment le vouloir. — Presque toujours, avoue-t-il. C'est un vrai probl?me dans ma vie. Mes amis disent que je serais en retard ? mon propre enterrement. Camille ne peut s'emp?cher de sourire face ? cette phrase absurde. Le jeune homme la regarde un instant, et quelque chose dans son visage se dåtend, comme s'il åtait soulagå de la voir sourire plut?t que se f?cher. — Encore dåsolå pour votre table, dit-il. Je m'appelle Lucas. — Camille, råpond-elle simplement, en essuyant les derni?res gouttes de chocolat. — Enchantå, Camille. Bon, je dois vraiment y aller, sinon je vais rater mon rendez-vous, et ce serait la troisi?me fois ce mois-ci. Lucas commande rapidement un cafå ? emporter, paie sans m?me vårifier sa monnaie, et sort presque en courant du cafå. La porte se referme derri?re lui avec un petit bruit sec. Camille reste assise, un peu åtonnåe par cette rencontre rapide et bruyante. Elle regarde la tasse de chocolat chaud, encore un peu renversåe sur le bord de la table, et sourit malgrå elle. Cet homme est vraiment maladroit, pense-t-elle, mais pas dåsagråable, curieusement. La serveuse revient avec de nouvelles serviettes propres. — Vous connaissez Lucas ? demande-t-elle en essuyant les derni?res traces. — Non, pas du tout, råpond Camille. On vient juste de se rencontrer, si on peut appeler ?a une rencontre. — Ah, dit la serveuse en riant doucement. Il vient tr?s souvent ici. Toujours presså, toujours en retard, toujours en train de renverser quelque chose. Mais il est tr?s gentil, tout le monde l'aime bien dans le quartier. — Il fait quoi dans la vie ? demande Camille, un peu curieuse malgrå elle. — Il est photographe, je crois. Il prend des photos de la ville, pour des magazines, et parfois pour des expositions dans une petite galerie pr?s d'ici. — Il en vit vraiment, de la photographie ? demande Camille, un peu surprise. ?a ne doit pas ?tre facile, comme måtier. — Il se dåbrouille, dit la serveuse en haussant les åpaules. Il travaille beaucoup, il faut dire, toujours entre deux rendez-vous, toujours avec ce sac plein d'appareils. Mais il aime ce qu'il fait, ?a se voit. — C'est dåj? beaucoup, ?a, dit Camille pensivement, se souvenant de sa propre chance d'avoir trouvå un måtier qui lui pla?t vraiment. — Vous voulez autre chose ? demande la serveuse, son carnet toujours ? la main. — Non merci, ?a ira, dit Camille en regardant sa montre. Il faut que j'y aille bient?t. — ? bient?t alors, j'imagine qu'on vous reverra, dit la serveuse avec un clin d'Cil, comme si elle savait dåj? quelque chose que Camille elle-m?me ignore encore. Camille sourit sans trop savoir quoi råpondre ? cette remarque, et retourne ? son livre pour les quelques minutes qu'il lui reste avant de partir. Autour d'elle, le cafå continue de se remplir doucement : deux femmes discutent bruyamment pr?s de la porte, un homme seul lit son journal en buvant un espresso, et un couple partage un croissant en se souriant. Camille hoche la t?te, sans vraiment savoir pourquoi cette information l'intåresse autant. Elle finit tranquillement son chocolat chaud, qui a un peu refroidi pendant l'agitation, et termine quelques pages de son livre avant de regarder l'heure. Elle paie, remercie la serveuse, et sort du cafå. En traversant la rue vers la librairie, elle repense encore ? cette petite sc?ne du matin : un homme presså, un sac maladroit, un sourire sympathique malgrå le chaos. Rien de spåcial, se dit-elle, essayant de se convaincre elle-m?me. Sur le trottoir, elle croise un livreur qui dåcharge des cartons devant une boutique voisine, et une dame ?gåe qui prom?ne un petit chien råcalcitrant, refusant obstinåment d'avancer plus vite qu'un escargot. Le quartier s'anime peu ? peu ? mesure que la matinåe avance, les commer?ants relevant leurs rideaux les uns apr?s les autres. Pourtant, en entrant dans la librairie, elle a encore ce sourire låger sur les l?vres, presque sans s'en rendre compte. Sylvie l'accueille avec une tasse de cafå fumante ? la main. — Bonjour Camille ! Vous avez l'air de bonne humeur aujourd'hui. — Oui, dit Camille. J'ai essayå le cafå en face, comme vous me l'aviez conseillå. C'åtait tr?s agråable, malgrå un petit incident. — Un incident ? demande Sylvie, curieuse. — Un client un peu presså a renverså mon chocolat chaud, explique Camille en riant. — Ah, ?a, ?a doit ?tre Lucas, dit Sylvie sans m?me håsiter. Il fait ?a au moins une fois par semaine, le pauvre gar?on. Camille est surprise que Sylvie le connaisse aussi bien, mais elle ne pose pas plus de questions pour l'instant. La journåe de travail commence, tranquille et occupåe ? la fois. Camille range des livres, aide des clients, pråpare une commande pour un habituå. Le temps passe vite quand on aime son travail. Mais de temps en temps, entre deux t?ches, elle regarde par la fen?tre vers le petit cafå. Elle se demande, presque malgrå elle, si elle reverra ce Lucas maladroit et toujours presså. Vers midi, alors qu'elle range des ouvrages de cuisine, un vieux monsieur habituå de la librairie s'approche du comptoir, un livre de mots croisås sous le bras. — Vous ?tes la nouvelle, n'est-ce pas ? demande-t-il avec un sourire ådentå mais chaleureux. — Oui, c'est moi, råpond Camille. Camille, enchantåe. — Marcel, dit l'homme en tendant une main un peu tremblante. Je viens ici depuis que Sylvie a ouvert la boutique. Vous verrez, c'est un bon endroit pour travailler, les gens sont gentils dans ce quartier. — On me le dit souvent, dit Camille en souriant, pensant ? la fois ? Sylvie, ? la serveuse du cafå, et maintenant ? ce vieux monsieur si aimable. — Sylvie a bon go?t pour choisir ses employås, ajoute Marcel avec un clin d'Cil avant de s'åloigner vers la section des mots croisås, sa canne cognant doucement le sol ? chaque pas. Camille le regarde s'installer confortablement dans le fauteuil le plus proche de la fen?tre, celui qu'il occupe visiblement depuis des annåes au vu de la fa?on naturelle dont il s'y assoit, ouvrant son livre de mots croisås avec la satisfaction tranquille d'un rituel bien åtabli. Elle ne le sait pas encore, mais la råponse arrivera bien plus vite qu'elle ne le pense, d?s le lendemain matin. Chapitre 3 : Encore lui ! Vocabulaire reconna?tre — óçíàâàòü froid(e) — õîëîäíûé plaisanter — øóòèòü råpondre — îòâå÷àòü occupå(e) — çàíÿòûé le client — êëèåíò gentil(le) — äîáðûé / ïðèÿòíûé la journåe — äåíü (â òå÷åíèå äíÿ) poli(e) — âåæëèâûé åtrange — ñòðàííûé la boisson — íàïèòîê sårieux / sårieuse — ñåðü¸çíûé åviter — èçáåãàòü dr?le — ñìåøíîé sec / s?che (ton) — ñóõîé (òîí) Le jour suivant, Camille retourne au Petit Matin avant le travail, un peu plus t?t m?me que la veille. Elle a bien aimå le chocolat chaud, malgrå l'incident, et surtout, elle a aimå ce petit moment calme avant sa journåe de travail. C'est devenu, sans qu'elle le dåcide vraiment, une nouvelle habitude. En chemin, elle se surprend ? espårer croiser ? nouveau ce Lucas maladroit, une pensåe qu'elle chasse rapidement, un peu g?nåe par sa propre curiositå. Elle se dit que c'est simplement le cafå qui l'attire, rien de plus, essayant de se convaincre elle-m?me avec une conviction qui sonne un peu faux m?me ? ses propres oreilles. Elle s'installe ? la m?me table que la veille, pr?s de la fen?tre, comme si cette place lui appartenait dåj?. Le cafå est presque vide ? cette heure, seulement deux hommes d'affaires parlant ? voix basse au fond de la salle. Camille commande un thå cette fois, pour changer, et sort un nouveau livre de son sac, un recueil de nouvelles qu'elle vient de commencer. Le patron du cafå, celui que Camille avait aper?u la veille derri?re le comptoir, s'approche cette fois pour prendre sa commande lui-m?me, la serveuse habituelle åtant visiblement occupåe en cuisine. — Un thå, comme d'habitude dåj? ? demande-t-il avec un sourire amuså, comme s'il avait dåj? remarquå sa pråsence råpåtåe malgrå son unique visite pråcådente. — On peut dire ?a, råpond Camille en souriant, un peu surprise qu'il se souvienne d'elle apr?s une seule visite. — Je me souviens de tous mes clients, dit l'homme avec fiertå. C'est le secret d'un bon cafå : conna?tre les gens qui passent la porte, pas seulement leur commande. Camille trouve cette philosophie touchante, songeant que c'est exactement ce genre de dåtail qui rend cet endroit si diffårent des grandes cha?nes impersonnelles qu'elle connaissait dans sa ville natale. Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre. Camille l?ve les yeux, presque instinctivement, avant m?me de råflåchir. C'est lui. Lucas entre dans le cafå, encore une fois presså, avec son åternel sac d'appareil photo sur l'åpaule et une åcharpe ? moitiå nouåe autour du cou. — Ah non, pas encore en retard, murmure-t-il pour lui-m?me en regardant sa montre. Il regarde autour de lui et remarque Camille pr?s de la fen?tre. Un sourire appara?t immådiatement sur son visage, comme s'il venait de trouver quelque chose d'agråable dans sa matinåe compliquåe. Ses yeux s'illuminent d'une fa?on presque enfantine, sans aucune retenue ni calcul, cette expression sinc?re et spontanåe qui, Camille commence ? le remarquer, semble ?tre sa marque de fabrique dans toutes les situations, m?me les plus stressantes. — Tiens, la fille d'hier ! dit-il joyeusement, en s'approchant sans håsiter. On dirait que le destin nous råunit. Camille l?ve un sourcil, gardant volontairement un ton froid. Elle a råpåtå cette expression plusieurs fois devant son miroir, sans se l'avouer compl?tement, un petit geste thå?tral censå dåcourager les inconnus trop entreprenants. — Ou peut-?tre que vous venez toujours au m?me cafå ? la m?me heure, råpond-elle s?chement, sans lever compl?tement les yeux de son livre. — C'est possible aussi, admet Lucas avec un petit rire. Mais "le destin" sonne quand m?me beaucoup mieux, non ? Camille ne råpond pas tout de suite. Elle retourne ? sa lecture, espårant qu'il comprenne le message silencieux. Mais Lucas, visiblement, n'est pas tr?s douå pour ce genre de messages. Elle fixe intensåment les mots de son livre sans vraiment les lire, consciente malgrå tout de la pråsence de Lucas ? quelques m?tres, comme un aimant discret qui capte une partie de son attention sans qu'elle puisse totalement l'ignorer. — Je peux m'asseoir ? demande-t-il en dåsignant la chaise vide en face d'elle, dåj? ? moitiå assis. — Il y a beaucoup d'autres tables libres, råpond Camille sans lever les yeux. — Oui, mais aucune n'a une aussi bonne compagnie, dit-il avec un clin d'Cil et un sourire un peu trop confiant. — C'est une phrase que vous dites ? toutes les inconnues des cafås ? demande Camille, un sourcil levå. — Seulement ? celles qui me trouvent maladroit et qui me le disent en face, råpond Lucas sans se dåmonter, s'installant dåfinitivement. Camille soupire intårieurement. Cet homme est vraiment s?r de lui, pense-t-elle. Elle dåcide de l'ignorer poliment et continue sa lecture. Lucas, sans se dåcourager le moins du monde, s'installe finalement ? la table juste ? c?tå, pas tr?s loin, mais pas non plus directement en face. — Vous travaillez dans le quartier ? demande-t-il, curieux, en commandant son cafå habituel d'un simple signe de la main ? la serveuse, qui semble dåj? savoir ce qu'il veut. — Oui, ? la librairie en face, råpond Camille bri?vement, sans dåtacher les yeux de sa page. — Ah, "Les Pages Bleues" ! J'adore cette librairie. Sylvie est adorable, et c'est le meilleur endroit du quartier pour se perdre entre les rayonnages de livres. Camille est un peu surprise qu'il connaisse Sylvie si bien, mais elle ne le montre pas. — Vous la connaissez ? demande-t-elle, malgrå elle intåressåe. — Bien s?r. J'ai grandi dans ce quartier, ou presque. Je connais ? peu pr?s tout le monde ici, des boulangers aux libraires. — Vous ?tes nå ici, ? Lyon ? demande Camille, curieuse malgrå elle d'en apprendre davantage. — Dans le quartier m?me, pråcise Lucas avec fiertå. Mes parents habitent toujours ? dix minutes ? pied d'ici. Ma m?re fait ses courses au m?me marchå depuis trente ans, elle conna?t tous les commer?ants par leur prånom. — ?a doit ?tre agråable, d'avoir des racines aussi profondes quelque part, dit Camille, un peu songeuse. — Parfois, admet Lucas. Parfois aussi un peu åtouffant, quand tout le monde conna?t vos affaires avant m?me que vous les racontiez vous-m?me. — Intåressant, dit Camille, toujours d'un ton un peu distant, mais avec moins de froideur que la phrase pråcådente. Lucas continue de parler, m?me si Camille råpond de fa?on assez br?ve. Il parle de la ville, du quartier, de la lumi?re du matin qui est parfaite pour les photos en automne, et d'un projet sur lequel il travaille depuis quelques semaines. — C'est quoi, ce projet exactement ? demande Camille malgrå elle, sa curiositå prenant momentanåment le dessus sur sa froideur affichåe. — Une sårie sur les petits commerces du quartier, explique Lucas, ses yeux s'illuminant immådiatement. Les boulangers, les fleuristes, les libraires aussi, d'ailleurs. Sylvie a acceptå que je vienne photographier la boutique la semaine prochaine. — Ah bon ? dit Camille, surprise. Elle ne m'a rien dit. — C'est tout råcent, je lui ai proposå hier soir. Vous verrez, ?a pourrait ?tre intåressant pour vous aussi, votre premier mois de travail immortaliså en photo. — Je ne suis pas s?re d'aimer cette idåe, dit Camille, un peu mal ? l'aise ? la pensåe d'?tre photographiåe sans pråvenir. — On verra bien, råpond Lucas avec un sourire mystårieux qui n'aide pas vraiment ? la rassurer. — Vous ?tes toujours aussi sårieuse le matin ? demande-t-il enfin, avec un sourire amuså, presque taquin. — Je ne suis pas sårieuse, råpond Camille. Je suis occupåe. — Occupåe ? lire un livre dans un cafå, avant m?me d'aller travailler ? dit Lucas, un peu taquin. Camille ferme son livre d'un coup sec, un peu agacåe par cette remarque. — Åcoutez, je viens ici pour ?tre tranquille avant le travail. Pas pour bavarder avec un inconnu qui renverse mon chocolat. Lucas l?ve les mains en signe de paix, un sourire un peu g?nå aux l?vres. — D'accord, d'accord. Je comprends. Je ne voulais pas vous dåranger, vraiment. Il y a un silence. Camille se sent un peu mal d'avoir åtå aussi directe, presque dure. Apr?s tout, il n'a rien fait de vraiment terrible, juste beaucoup parlå, ce qui n'est pas un crime. — Ce n'est rien, dit-elle finalement, d'une voix un peu plus douce. Je ne suis pas tr?s sociable le matin, c'est tout. Ce n'est pas contre vous personnellement. — ?a arrive, dit Lucas avec compråhension. Moi, c'est plut?t l'inverse. Le matin, j'ai besoin de parler pour me råveiller vraiment, sinon je reste dans le brouillard jusqu'? midi. Camille esquisse un petit sourire, presque malgrå elle. Lucas le remarque immådiatement, comme s'il attendait ce moment depuis le dåbut de la conversation. — Ah, un sourire ! dit-il, triomphant. Je savais que vous n'åtiez pas compl?tement froide sous cette carapace. — Ne vous råjouissez pas trop vite, råpond Camille, mais avec beaucoup moins de såcheresse cette fois, presque en jouant le jeu. Ils restent silencieux un moment. Lucas boit son cafå rapidement, comme d'habitude presså par le temps. Il regarde sa montre et se l?ve brusquement, manquant de renverser sa chaise dans le mouvement. — Bon, je dois vraiment partir cette fois, dit-il. J'ai un rendez-vous photo dans le parc, et si je suis encore en retard, mon client va finir par me remplacer. — Encore en retard ? demande Camille avec un sourire låger, presque involontaire. — Toujours, råpond Lucas en riant. C'est ma marque de fabrique, comme une signature. Il prend son sac et se dirige vers la porte, puis se retourne une derni?re fois, la main sur la poignåe. — ? bient?t, peut-?tre, Camille de la librairie. — Peut-?tre, råpond-elle simplement, sans plus de froideur cette fois. Il sort, et le cafå redevient calme. Camille reste seule avec son livre fermå sur la table, sans vraiment avoir envie de le rouvrir tout de suite. Elle repense ? cette conversation åtrange, un peu chaotique. Cet homme est bavard, un peu trop confiant, mais il n'est pas dåsagråable, finalement, m?me si elle n'aurait jamais admis ?a devant lui. La serveuse, celle qui l'a servie la veille, s'approche pour dåbarrasser sa tasse vide. — Il vous a encore emb?tåe ? demande-t-elle avec un sourire complice. — Un peu, avoue Camille en riant. Mais moins qu'hier, je dois dire. — C'est bon signe, alors, dit la serveuse avec un clin d'Cil avant de retourner derri?re son comptoir, laissant Camille seule avec ses pensåes un peu confuses. Elle secoue la t?te, comme pour chasser cette pensåe, et se remet ? lire, essayant d'ignorer le petit sourire qui reste accrochå ? son visage sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Plus tard, ? la librairie, Sylvie remarque quelque chose de diffårent chez Camille, une sorte de låg?retå inhabituelle dans sa fa?on de bouger. — Vous semblez pensive aujourd'hui, dit Sylvie en rangeant des livres sur l'åtag?re du bas. — J'ai encore croiså ce Lucas, le photographe, dit Camille. Il est... particulier. — Ah, Lucas ! dit Sylvie avec un sourire complice, presque amuså. Il est tr?s sympathique, non ? Un peu fatigant parfois, mais sympathique. — Il parle beaucoup, råpond Camille, sans grande conviction dans le reproche. — C'est vrai, dit Sylvie en riant franchement. Mais il a bon cCur. Vous verrez, avec le temps. — Vous semblez bien le conna?tre, remarque Camille, curieuse de cette familiaritå entre Sylvie et Lucas. — Je le connais depuis qu'il est enfant, confirme Sylvie avec tendresse. Il venait dåj? ici avec sa m?re, ? l'åpoque, pour choisir des livres d'images. Il a beaucoup grandi depuis, mais au fond, c'est restå le m?me petit gar?on curieux de tout. Camille ne råpond rien, mais elle se demande, en silence, si Sylvie n'a pas un peu raison. Peut-?tre que Lucas n'est pas si insupportable, apr?s tout. Peut-?tre m?me qu'elle a, sans le vouloir, un peu appråciå cette petite conversation matinale. Elle range encore quelques livres, perdue dans ses pensåes, quand Sylvie l'interpelle ? nouveau depuis le fond de la boutique. — Vous savez, dit Sylvie en s'approchant avec deux tasses de cafå, Lucas n'a pas toujours åtå aussi bavard. Quand il est revenu de Paris, il åtait plut?t renfermå, presque triste pendant des mois. — Ah bon ? demande Camille, surprise par cette råvålation, imaginant mal ce gar?on si expansif dans un åtat si diffårent. — Il traversait une påriode difficile, explique Sylvie sans entrer dans les dåtails, un peu comme si elle protågeait une confidence. Le voir plaisanter et parler ? tout le monde comme il le fait maintenant, c'est plut?t bon signe, je trouve. Camille hoche la t?te, touchåe par cette information qui donne une nouvelle profondeur au personnage de Lucas, une couche cachåe derri?re son ånergie dåbordante et ses retards chroniques. — Merci de me dire ?a, dit-elle doucement. — Ce n'est pas un secret, juste une observation, dit Sylvie avec un clin d'Cil, avant de retourner s'occuper d'un client qui vient d'entrer. Chapitre 4 : Une photo dans la rue Vocabulaire la promenade — ïðîãóëêà l'appareil photo (m) — ôîòîàïïàðàò prendre une photo — ôîòîãðàôèðîâàòü le pont — ìîñò le fleuve — ðåêà la lumi?re — ñâåò beau / belle — êðàñèâûé / êðàñèâàÿ le parc — ïàðê observer — íàáëþäàòü capturer — çàïå÷àòëåòü le moment — ìîìåíò expliquer — îáúÿñíÿòü naturel(le) — åñòåñòâåííûé proposer — ïðåäëàãàòü le reflet — îòðàæåíèå Apr?s le travail, Camille aime se promener dans les rues de Lyon avant de rentrer chez elle. C'est sa fa?on pråfåråe de terminer la journåe : marcher lentement, sans but pråcis, et regarder la ville changer de couleur avec le coucher du soleil. Depuis son arrivåe, cette habitude est devenue presque sacråe. Ce petit rituel personnel lui permet de digårer sa journåe, de laisser son esprit vagabonder librement apr?s des heures passåes ? servir les clients et ranger des livres. C'est aussi, elle doit se l'avouer, un moment o? elle se sent compl?tement elle-m?me, sans les responsabilitås du travail ni les attentes de personne d'autre. Ce jour-l?, elle dåcide de descendre vers le fleuve, en passant par de petites rues qu'elle ne conna?t pas encore tr?s bien. L'automne a transformå les arbres le long des quais en une explosion de jaune, d'orange et de rouge. La lumi?re du soir est douce et doråe, exactement le genre de lumi?re qui donne envie de s'arr?ter et de simplement regarder. Camille marche lentement, les mains dans les poches de son manteau. Elle observe les reflets du fleuve, les bateaux qui passent doucement, les gens qui courent ou qui se prom?nent avec leur chien, les åtudiants assis sur les marches avec un livre ou une bi?re. Lyon en automne est vraiment magnifique, pense-t-elle, encore surprise par cette beautå qu'elle dåcouvre chaque jour un peu plus. Elle s'arr?te un instant pr?s d'un vendeur de marrons chauds installå au coin d'une rue, håsitant ? s'offrir ce petit plaisir simple. L'odeur sucråe et fumåe qui s'åchappe du petit stand måtallique lui rappelle les marchås de No?l de son enfance, ces souvenirs chaleureux d'une åpoque o? tout semblait plus simple. Elle ach?te finalement un petit cornet, råchauffant ses mains contre le papier chaud tout en poursuivant sa promenade. Plus loin, un groupe de musiciens de rue joue un air entra?nant, un accordåon accompagnå d'une guitare, attirant un petit attroupement de passants qui s'arr?tent pour åcouter quelques instants avant de reprendre leur chemin. Camille reste elle aussi un moment, appråciant cette parenth?se musicale improvisåe, avant de continuer vers le fleuve, l'esprit låger et le cCur ouvert ? cette nouvelle vie qu'elle construit peu ? peu, un jour apr?s l'autre. En traversant le pont, elle remarque une silhouette famili?re, accroupie pr?s du bord du quai. Un homme est penchå, un appareil photo devant les yeux, compl?tement concentrå, presque immobile. Camille reconna?t immådiatement les cheveux bruns en dåsordre. Elle s'arr?te un instant, l'observant ? distance avant de se manifester. Il y a quelque chose de touchant dans sa concentration totale, cette fa?on qu'il a d'oublier compl?tement le monde autour de lui quand il travaille, immobile comme une statue pendant de longues secondes avant de bouger låg?rement pour ajuster son cadrage. — Encore vous, dit-elle en s'approchant, un sourire dans la voix. Lucas sursaute låg?rement et baisse son appareil photo, se retournant avec surprise. Pendant un bref instant, avant de la reconna?tre, son visage affiche l'expression måfiante de quelqu'un dårangå en plein travail, puis s'illumine aussit?t en råalisant qui vient de l'interrompre. — Camille ! dit-il, råellement content de la voir. Le monde est vraiment petit, ou alors vous me suivez. — Ou peut-?tre que Lyon n'est pas si grand que ?a, finalement, råpond-elle avec un sourire, sans relever la plaisanterie. Lucas se rel?ve, åpoussetant son pantalon, et montre son appareil photo avec un air presque fier. — Je travaille sur un projet de photos, explique-t-il. Des images de Lyon en automne, pour un magazine local. Ils veulent quelque chose de vivant, pas juste des cartes postales. — C'est pour ?a que vous ?tes toujours presså le matin ? demande Camille, curieuse, en s'appuyant contre le parapet du pont. — Exactement. La lumi?re du matin est parfaite pour certaines photos, surtout au bord du fleuve. Et le soir aussi, comme maintenant, mais diffåremment. Camille regarde autour d'elle, essayant de voir ce que Lucas voit ? travers son objectif, cherchant ce qui rend ce moment si spåcial pour lui. — Qu'est-ce que vous photographiez exactement ? demande-t-elle. — Venez voir, propose Lucas, en tendant son appareil vers elle. Il lui montre l'åcran arri?re. Sur l'image, on voit le fleuve, les arbres colorås, et un reflet presque parfait du pont dans l'eau calme, comme un miroir låg?rement flou. Camille se penche un peu plus pr?s pour mieux voir les dåtails, son åpaule fr?lant celle de Lucas dans ce mouvement naturel, aucun des deux ne semblant vouloir s'åcarter de cette proximitå soudaine. — C'est magnifique, dit Camille, sinc?rement impressionnåe. On dirait une peinture. — Merci. J'aime capturer les moments simples, dit Lucas, une lumi?re, une couleur, un instant qui ne reviendra jamais exactement pareil. Dans une heure, cette lumi?re aura dåj? changå. Camille regarde Lucas diffåremment maintenant. Ce n'est plus juste l'homme maladroit et bavard du cafå. Il y a quelque chose de sårieux et de passionnå dans sa fa?on de parler de son travail, une concentration qu'elle n'avait pas vue avant. Elle råalise que cette dualitå fait toute sa personnalitå : cet homme capable d'une distraction presque comique un instant, puis d'une attention totale et presque solennelle l'instant suivant, d?s qu'il s'agit de son art. Elle se demande combien d'autres facettes de lui restent encore ? dåcouvrir. — Vous faites ?a depuis longtemps ? demande-t-elle, en reprenant leur marche le long du quai. — Depuis toujours, presque, råpond Lucas, en rangeant son appareil dans son sac. Mon p?re m'a offert mon premier appareil photo quand j'avais douze ans, un vieux mod?le qu'il n'utilisait plus. Depuis, je n'ai jamais vraiment arr?tå. — C'est beau, d'avoir une passion comme ?a, qui dure depuis l'enfance. — Et vous ? demande Lucas. Les livres, c'est votre passion depuis toujours aussi ? — Oui, dit Camille avec un sourire nostalgique. Depuis que je suis toute petite. Ma m?re me lisait des histoires tous les soirs, m?me quand elle åtait fatiguåe apr?s le travail. — C'est joli, dit Lucas, d'une voix plus douce que d'habitude. Ils marchent ensemble le long du quai, sans vraiment dåcider de le faire, comme si c'åtait naturel, presque åvident. Lucas continue de prendre quelques photos de temps en temps, expliquant chaque fois pourquoi tel angle ou telle lumi?re l'intåresse particuli?rement. Leur rythme de marche s'accorde naturellement, sans que ni l'un ni l'autre n'ait besoin de ralentir ou d'accålårer pour rester ensemble, comme si leurs pas avaient trouvå d'eux-m?mes une cadence commune. — Regardez cet arbre, dit-il en s'arr?tant soudainement. Les feuilles jaunes contre le mur en pierre grise, juste l?. C'est parfait, le contraste est exactement ce que je cherche. Il l?ve son appareil et prend la photo rapidement, presque sans råflåchir, puis se tourne vers Camille avec une idåe visible dans les yeux. — Est-ce que je peux vous prendre en photo ? demande-t-il. Camille rougit låg?rement, surprise par la question directe. — Moi ? Pourquoi moi ? — Parce que la lumi?re est belle sur vous en ce moment, dit-il simplement, sans intention de flatterie åvidente, juste avec une honn?tetå un peu dåsarmante. — Je ne suis pas tr?s photogånique, dit Camille, un peu g?nåe, en reculant låg?rement. — Laissez-moi juger ?a moi-m?me, råpond Lucas avec un sourire encourageant, pas insistant, juste patient. Camille håsite, regarde autour d'elle comme pour vårifier que personne ne les observe, puis accepte finalement. Elle se tient pr?s du parapet, un peu raide au dåbut, les bras croisås comme pour se protåger. — Dåtendez-vous, dit Lucas doucement. Regardez juste le fleuve, comme vous le faisiez avant que j'arrive et que je vous dårange avec mon appareil. Camille suit son conseil. Elle regarde l'eau, oublie presque la pråsence de l'appareil photo, et pense simplement ? la beautå du moment : l'automne, la lumi?re doråe, le calme du fleuve qui coule lentement. Lucas prend plusieurs photos rapidement, en silence, sans dåranger ce moment naturel qui s'installe entre eux. — Voil?, dit-il enfin, en baissant son appareil. Je crois que c'est parfait. Il lui montre la photo sur l'åcran. Camille est surprise de se voir ainsi : naturelle, dåtendue, presque belle sous cette lumi?re d'automne, avec le fleuve en arri?re-plan comme un tableau. — C'est... vraiment joli, dit-elle, un peu åmue par cette image d'elle-m?me qu'elle ne reconna?t pas tout ? fait. — Je vous l'avais dit, råpond Lucas, fier mais sans arrogance, plut?t content d'avoir eu raison. Ils continuent leur promenade, parlant de tout et de rien : les livres pråfårås de Camille, les endroits pråfårås de Lucas pour photographier la ville, les petits restaurants du quartier qu'il faut absolument essayer. Le temps passe sans qu'ils s'en rendent vraiment compte, comme s'il s'åtait arr?tå pour eux. — Vous avez un restaurant pråfårå, alors ? demande Camille, curieuse d'en apprendre davantage sur ses habitudes. — Un petit bouchon lyonnais pr?s de la place Bellecour, dit Lucas avec enthousiasme. Le patron me conna?t depuis des annåes, il me garde toujours une table m?me quand c'est complet. — Vous devrez me montrer ?a un jour, dit Camille, presque sans råflåchir, puis rougissant låg?rement en råalisant ce qu'elle vient de suggårer. — C'est une promesse, dit Lucas avec un sourire, sans faire de commentaire sur sa g?ne, ce qui la soulage intårieurement. Ils passent devant une petite guinguette au bord de l'eau, fermåe pour la saison, ses chaises empilåes et ses tables recouvertes de b?ches. Lucas s'arr?te un instant pour la photographier, trouvant quelque chose de poåtique dans cette dåsolation temporaire. — Pourquoi photographier un endroit fermå ? demande Camille, intriguåe. — Parce que dans quelques mois, ce sera plein de vie, de rires, de gens qui boivent un verre au soleil, explique Lucas. J'aime montrer les contrastes, les saisons qui passent. Cette photo n'aura de sens que si on la regarde apr?s, au printemps. Camille trouve cette idåe belle, une fa?on de voir le temps qui passe qu'elle n'avait jamais vraiment considåråe avant. Quand le soleil commence vraiment ? se coucher, peignant le ciel de rose et d'orange, Camille regarde l'heure sur son tålåphone. — Je devrais rentrer, dit-elle, un peu ? contrecCur. — Moi aussi, dit Lucas. Merci pour cette promenade improvisåe. C'åtait une belle fin de journåe. — Merci pour la photo, råpond Camille avec un sourire sinc?re, plus dåtendu qu'au dåbut de leur rencontre. Ils se såparent au coin de la rue, chacun de son c?tå, avec un petit signe de la main. En marchant vers chez elle, Camille repense ? cette soiråe inattendue. Elle sourit sans m?me s'en rendre compte, un sourire qui reste sur son visage tout le long du chemin. En chemin, elle croise sa voisine de palier, une femme d'une soixantaine d'annåes toujours curieuse des allåes et venues de l'immeuble. — Vous avez l'air de bonne humeur ce soir, remarque la voisine avec un sourire entendu. — Il fait beau, råpond simplement Camille, ne voulant pas s'åtendre sur les raisons råelles de son sourire. — Il fait surtout froid, corrige la voisine en riant, mais je ne vais pas vous contredire si ?a vous rend heureuse. Camille rit et monte les escaliers jusqu'? son appartement, encore un peu åtourdie par cette belle fin de journåe passåe au bord du fleuve. Peut-?tre que Lucas n'est pas seulement bavard et maladroit. Peut-?tre qu'il y a chez lui quelque chose de sinc?re et de doux, quelque chose qui mårite d'?tre dåcouvert un peu plus, pense-t-elle en ouvrant la porte de son appartement. Une fois chez elle, Camille pråpare un thå et s'installe ? sa petite table de cuisine, sortant son carnet personnel, celui o? elle note parfois ses pensåes avant de dormir, une habitude håritåe de sa m?re. Elle håsite un moment, puis åcrit quelques lignes sur cette rencontre inattendue au bord du fleuve, sur cette photo qu'elle n'aurait jamais imaginå accepter quelques jours plus t?t. Elle relit ce qu'elle vient d'åcrire, un peu surprise par le ton presque enthousiaste de ses propres mots. D'habitude, son carnet contient plut?t des råflexions sur les livres qu'elle lit, des citations qui l'ont marquåe, parfois quelques inquiåtudes sur son nouveau dåpart ? Lyon. Ce soir, c'est diffårent : elle parle d'un homme, de son rire, de sa fa?on de voir la lumi?re. Elle referme le carnet avec un petit sourire g?nå, comme si elle venait de se surprendre elle-m?me en flagrant dålit de sentiment naissant. Elle se l?ve, range sa tasse vide, et se pråpare pour la nuit, le cCur åtrangement låger. Chapitre 5 : Le livre oubliå Vocabulaire oublier — çàáûâàòü le comptoir — ïðèëàâîê / ñòîéêà le carnet — áëîêíîò remarquer — çàìå÷àòü rendre — âîçâðàùàòü laisser — îñòàâëÿòü retrouver — íàõîäèòü ñíîâà s?rement — íàâåðíÿêà appartenir — ïðèíàäëåæàòü feuilleter — ëèñòàòü la couverture — îáëîæêà la page — ñòðàíèöà ranger — óáèðàòü / ðàññòàâëÿòü dåcider — ðåøàòü åtonnå(e) — óäèâë¸ííûé Le lendemain apr?s-midi, la librairie est particuli?rement calme, comme si le quartier entier faisait une pause. Camille profite de ce moment tranquille pour ranger les nouvelles arrivåes de livres sur les åtag?res, un carton entier de romans qui vient d'arriver le matin m?me. Sylvie est partie chercher des fournitures chez le grossiste, laissant Camille seule pour quelques heures, avec les clås et la responsabilitå de la boutique. Seule dans la boutique, Camille profite de ce calme inhabituel pour observer les lieux avec un Cil diffårent, plus attentif. Elle remarque des dåtails qui lui avaient åchappå jusqu'ici : une petite fissure dans le plafond au-dessus de la section poåsie, une photo ancienne de la rue accrochåe pr?s de la caisse, montrant le quartier tel qu'il åtait plusieurs dåcennies auparavant. Elle se sent åtrangement responsable de cet endroit, comme si la confiance de Sylvie lui donnait des racines nouvelles dans cette ville encore un peu åtrang?re. Elle profite aussi de ce moment pour råorganiser låg?rement la vitrine, changeant l'arrangement des livres mis en avant, ajoutant quelques feuilles d'automne ramassåes la veille pour donner une touche saisonni?re ? la pråsentation. Satisfaite du råsultat, elle recule de quelques pas pour admirer son travail, se sentant fi?re de cette petite initiative personnelle. Vers quinze heures, la petite cloche de la porte sonne. Camille l?ve les yeux et voit un client qu'elle ne reconna?t pas immådiatement : un homme d'une trentaine d'annåes, un livre dåj? sous le bras, qui regarde attentivement les åtag?res de romans avec une concentration presque religieuse. L'homme reste presque une heure dans la librairie, feuilletant plusieurs livres, posant quelques questions ? Camille sur des auteurs contemporains qu'elle conna?t bien gr?ce ? ses propres lectures. Finalement, il ach?te deux romans et repart avec un sourire satisfait, promettant de revenir bient?t. Peu apr?s son dåpart, une petite averse surprend le quartier, faisant courir les passants vers les porches et les auvents. Deux jeunes femmes trempåes entrent dans la librairie en riant, cherchant simplement un abri plut?t qu'un livre. Camille les accueille avec un sourire, leur proposant m?me une serviette pour såcher leurs cheveux, et les deux inconnues finissent par repartir avec un roman chacune, conquises malgrå elles par l'ambiance chaleureuse de la boutique. Camille range la serviette humide en souriant, satisfaite de cette petite victoire commerciale improvisåe. Elle se dit que Sylvie serait fi?re de voir comment elle a gårå la situation, transformant un simple abri contre la pluie en deux ventes inattendues. Êîíåö îçíàêîìèòåëüíîãî ôðàãìåíòà. Òåêñò ïðåäîñòàâëåí ÎÎÎ «Ëèòðåñ». Ïðî÷èòàéòå ýòó êíèãó öåëèêîì, êóïèâ ïîëíóþ ëåãàëüíóþ âåðñèþ (https://www.litres.ru/book/raznoe/un-cafe-en-octobre-74431217/) íà Ëèòðåñ. Áåçîïàñíî îïëàòèòü êíèãó ìîæíî áàíêîâñêîé êàðòîé Visa, MasterCard, Maestro, ñî ñ÷åòà ìîáèëüíîãî òåëåôîíà, ñ ïëàòåæíîãî òåðìèíàëà, â ñàëîíå ÌÒÑ èëè Ñâÿçíîé, ÷åðåç PayPal, WebMoney, ßíäåêñ.Äåíüãè, QIWI Êîøåëåê, áîíóñíûìè êàðòàìè èëè äðóãèì óäîáíûì Âàì ñïîñîáîì.