Un caf en octobre
 


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      A1A2.





 

Un caf en octobre








Un caf en octobre

Roman en fran?ais facile (niveau A1-A2)

Lyon




Chapitre 1 : Un nouveau travail





Vocabulaire


le travail  

la librairie   

nouveau / nouvelle   / 

la rue  

le matin  

le caf   / 

la porte  

sourire (verbe)  

timide  

la cl  

le livre  

jaune  

l'arbre (m)  

content / contente   / 

ranger   / 

Camille marche vite dans la rue. Il est huit heures et demie du matin. L'air est frais et il y a des feuilles jaunes sur le trottoir. Camille regarde son tlphone toutes les deux minutes, comme si l'heure allait changer plus vite si elle la regardait souvent. Elle a un peu peur. Aujourd'hui, c'est son premier jour de travail.

Elle a rpt ce trajet mentalement la veille au soir, comptant les rues, mmorisant chaque intersection pour ?tre certaine de ne pas se perdre ce matin. Cette habitude de tout planifier ? l'avance, hrite de sa m?re, la rassure gnralement, mais aujourd'hui, elle ne parvient pas compl?tement ? calmer les papillons dans son ventre.

Elle habite ? Lyon depuis huit semaines seulement. Avant, elle vivait pr?s de Grenoble, dans une petite ville tranquille o? tout le monde se connaissait. Ici, tout est diffrent : les rues sont plus longues, les gens marchent plus vite, et personne ne dit bonjour aux inconnus. Camille aime cette nouveaut, mais elle lui donne aussi un peu le vertige.

La librairie s'appelle "Les Pages Bleues". Elle est petite et sympathique, avec une porte en bois et une vitrine pleine de livres. Il y a m?me un petit chat en carton, assis entre deux piles de romans, comme s'il gardait la boutique. Camille s'arr?te devant la porte. Elle respire un grand coup, presque comme avant un examen.

Le nom de la boutique est peint ? la main sur l'enseigne, avec des lettres lg?rement dores qui ont d? ?tre magnifiques ? l'origine mais qui montrent maintenant quelques traces d'usure, tmoins silencieux des annes passes.

 Bon, c'est le moment, dit-elle tout bas.

Elle pousse la porte. Une petite cloche sonne au-dessus de sa t?te. ? l'intrieur, il fait chaud, et ?a sent le papier neuf et le caf. Une femme d'environ cinquante ans arrive avec un sourire chaleureux. Elle a les cheveux gris coups courts et porte un pull rouge, un peu trop grand pour elle, avec des manches retrousses.

 Bonjour ! Vous devez ?tre Camille, dit la femme.

 Oui, c'est moi. Bonjour, madame.

 Appelez-moi Sylvie, s'il vous pla?t. On ne dit pas "madame" ici, on n'est pas si vieux !

Camille sourit, un peu rassure par cette simplicit. Sylvie l'invite ? entrer plus loin dans la boutique et lui montre les lieux. Il y a des tag?res hautes, pleines de livres de toutes les couleurs, et une petite chelle en bois pour atteindre les rayons du haut. Dans un coin, deux fauteuils uss mais confortables invitent ? s'asseoir pour lire tranquillement. Pr?s de la fen?tre, une petite table porte une machine ? caf et quelques tasses dpareilles.

Au fond de la boutique, une porte discr?te m?ne ? une rserve o? s'entassent des cartons de livres pas encore dballs, ainsi qu'un petit bureau encombr de factures et de catalogues d'diteurs. Sylvie explique que c'est l? qu'elle passe le plus clair de son temps administratif, loin des clients, prfrant garder l'espace principal enti?rement ddi ? la magie des livres plut?t qu'? la paperasse.

 C'est mon petit coin secret, dit-elle avec un clin d'Cil. Personne ne vient jamais me dranger ici, sauf en cas d'urgence absolue.

 C'est un endroit magnifique, dit Camille.

 Merci ! J'ai ouvert cette librairie il y a vingt ans, explique Sylvie avec fiert. ? l'poque, mes enfants taient encore petits. Maintenant, ils sont grands, et moi, j'ai besoin d'un peu d'aide. Je ne suis plus toute jeune !

Camille regarde les livres avec curiosit. Il y a des romans, des livres de cuisine, des livres pour enfants avec des couvertures colores, et une petite section de posie dans un coin discret, presque secret.

 Vous aimez lire ? demande Sylvie.

 J'adore ?a, rpond Camille. C'est ma passion depuis toujours. Ma m?re me lisait des histoires tous les soirs, quand j'tais petite.

 Alors vous ?tes exactement la personne qu'il me fallait, dit Sylvie avec un clin d'Cil.

Sylvie explique le travail ? Camille : ranger les livres, aider les clients ? trouver ce qu'ils cherchent, prparer les commandes qui arrivent par la poste, et parfois faire un caf pour les visiteurs qui aiment s'installer un moment. Camille coute avec attention et prend quelques notes dans un petit carnet qu'elle a apport.

Elle apprcie cette fa?on de faire confiance immdiatement, cette absence de longue formation formelle, comme si Sylvie savait dj?, rien qu'? sa fa?on d'couter et de poser des questions pertinentes, qu'elle avait fait le bon choix en l'engageant.

 Vous avez des questions ? demande Sylvie.

 Oui, une question, dit Camille. Est-ce qu'il y a beaucoup de clients le matin ?

 ?a dpend des jours, rpond Sylvie. Le samedi, c'est tr?s anim, presque trop. Les autres jours, c'est plus calme, surtout le matin. Les gens viennent plut?t apr?s le travail, ou le soir.

La matine passe rapidement. Camille range des livres sur les tag?res, apprend o? se trouvent les diffrentes sections, et dcouvre peu ? peu les habitudes de la boutique. Elle rencontre aussi ses premiers clients : un homme ?g, avec une canne et un chapeau, qui cherche un roman policier "pas trop violent" ; et une jeune femme presse qui ach?te un livre d'images pour l'anniversaire de son fils.

L'homme ? la canne, qui se prsente comme Monsieur Bernard, s'installe ensuite dans l'un des fauteuils pr?s de la fen?tre, feuilletant tranquillement le livre qu'il vient d'acheter, sans se presser le moins du monde. Camille l'observe du coin de l'Cil en travaillant, touche par cette image paisible d'un homme ?g profitant simplement d'un bon livre dans un coin chaleureux.

 Vous pouvez rester aussi longtemps que vous voulez, lui dit-elle en passant pr?s de lui avec une pile de romans ? ranger.

 C'est bien pour ?a que je viens ici plut?t qu'? la grande librairie du centre-ville, rpond Monsieur Bernard avec un sourire dent mais chaleureux. L?-bas, on vous regarde de travers si vous restez plus de dix minutes sans rien acheter.

 Ici, ce n'est pas notre philosophie, confirme Camille, se souvenant dj? des mots de Sylvie sur l'importance de crer un lieu accueillant avant tout.

Monsieur Bernard reste presque une heure, plong dans sa lecture, avant de repartir avec un signe de t?te reconnaissant vers Camille, promettant de revenir la semaine suivante pour la suite de la srie.

 Il a quel ?ge, votre fils ? demande Camille en emballant le livre.

 Cinq ans, rpond la femme avec un sourire fatigu. Il adore les dinosaures.

 Alors ce livre va lui plaire, dit Camille. Il y en a un rose, aussi, avec des dinosaures qui dansent.

La femme rit et repart avec les deux livres, visiblement contente. Camille se sent fi?re de ce petit moment, aussi simple soit-il.

Peu apr?s, un homme d'une quarantaine d'annes entre dans la boutique, visiblement press, jetant des coups d'Cil nerveux vers sa montre. Il cherche un cadeau pour l'anniversaire de mariage de ses parents, mais n'a manifestement aucune ide par o? commencer.

 Ils aiment quel genre de livres, vos parents ? demande Camille, essayant de le guider.

 Aucune ide, avoue l'homme avec un petit rire g?n. Ma m?re lit beaucoup, je crois. Des romans, peut-?tre ?

Camille l'emm?ne vers la section des romans contemporains et lui prsente trois titres diffrents, expliquant bri?vement l'histoire de chacun. L'homme finit par choisir un roman sur la Provence, se souvenant que sa m?re y a pass son enfance.

 Merci, vous m'avez sauv, dit-il avec soulagement en payant ? la caisse. Je n'aurais jamais su choisir tout seul.

 C'est mon travail, rpond Camille en souriant, sentant une satisfaction sinc?re ? l'ide d'avoir aid quelqu'un d'aussi perdu qu'elle l'tait elle-m?me quelques heures plus t?t dans cette m?me boutique.

Sylvie, qui a observ la sc?ne depuis le comptoir, lui adresse un clin d'Cil approbateur avant de retourner ? ses propres clients.

? midi, Sylvie propose une pause.

 Vous voulez manger quelque chose ? demande-t-elle. Il y a un bon caf juste en face.

Camille regarde par la fen?tre. De l'autre c?t de la rue, il y a un petit caf avec une terrasse. Des chaises en bois sont installes dehors, malgr le froid, et des plantes vertes dcorent l'entre. Le nom du caf est crit en lettres dores, un peu uses par le temps : "Le Petit Matin".

 ?a a l'air sympa, dit Camille.

 C'est mon endroit prfr du quartier, dit Sylvie. Le patron fait un excellent chocolat chaud, avec de la vraie cr?me. Et en automne, avec les dcorations et les bougies, c'est encore mieux.

Camille observe le caf pendant quelques secondes, sans savoir qu'elle va bient?t conna?tre cet endroit par cCur. Pour l'instant, c'est juste un joli caf en face de son nouveau travail, rien de plus.

Elles mangent un sandwich rapide dans l'arri?re-boutique, assises sur des caisses de livres qui servent de tabourets improviss. Sylvie raconte l'histoire de la librairie, comment elle l'a ouverte avec ses conomies, comment elle a failli fermer une anne difficile, et comment les habitants du quartier l'ont aide ? continuer.

 Les gens sont fid?les, ici, dit-elle avec motion. C'est pour ?a que j'aime tellement ce mtier.

 Comment vous avez eu l'ide d'ouvrir une librairie, ? la base ? demande Camille, curieuse d'en savoir plus sur cette femme qui l'a accueillie si chaleureusement.

 J'tais professeure de fran?ais avant, explique Sylvie en mordant dans son sandwich. Pendant quinze ans, dans un coll?ge pas tr?s loin d'ici. Puis un jour, j'ai eu envie de faire quelque chose de plus... concret, je dirais. Quelque chose o? je pourrais voir directement l'effet de mon travail sur les gens.

 Vous ne regrettez jamais l'enseignement ?

 Parfois, avoue Sylvie avec un sourire nostalgique. Surtout en septembre, quand je vois les enfants repartir ? l'cole avec leurs nouveaux cartables. Mais ici, je continue ? transmettre l'amour des livres, juste diffremment. Et je n'ai plus de copies ? corriger le soir, ce qui n'est pas rien.

Camille rit, imaginant Sylvie devant une salle de classe pleine d'adolescents peu motivs.

 Vous deviez ?tre une bonne professeure, dit-elle.

 Je crois, oui, rpond Sylvie avec une fiert tranquille. Mais je suis une meilleure libraire, je pense. Ici, personne n'est oblig de venir. Les gens qui poussent cette porte le font parce qu'ils veulent vraiment ?tre l?, et ?a change tout.

Apr?s le djeuner, Camille continue son travail. L'apr?s-midi, d'autres clients arrivent : des tudiants qui cherchent un livre pour un cours, une dame ?ge qui vient chaque semaine juste pour discuter un peu, et un groupe de touristes qui photographient la devanture sans rien acheter. Camille aide chaque personne avec patience, m?me les plus indcis, et commence peu ? peu ? se sentir ? sa place.

Vers seize heures, une petite fille entre en courant dans la boutique, suivie d'un p?re visiblement essouffl d'avoir d? la rattraper dans la rue.

 Je veux le livre avec le dragon ! annonce-t-elle fi?rement, sans m?me dire bonjour.

Camille sourit et s'accroupit ? sa hauteur, un geste qui semble naturellement venir ? elle.

 Quel dragon, exactement ? Il y en a plusieurs ici.

 Le rouge, avec des ailes dores ! prcise l'enfant avec une conviction totale.

Apr?s quelques minutes de recherche dans la section jeunesse, Camille finit par trouver le livre en question, un conte illustr qu'elle ne connaissait pas encore elle-m?me. La petite fille repart en serrant le livre contre elle comme un trsor, pendant que son p?re remercie Camille avec un sourire fatigu mais reconnaissant.

 Vous avez l'air doue avec les enfants, remarque Sylvie qui a observ la sc?ne depuis le comptoir.

 J'ai trois neveux, explique Camille en riant. ?a aide beaucoup pour deviner ce qu'ils veulent avant m?me qu'ils sachent l'expliquer clairement.

 Vous les voyez souvent ? demande Sylvie, curieuse.

 Pas autant que je le voudrais, avoue Camille avec une pointe de nostalgie. Ils habitent pr?s de chez mes parents, ? quelques heures de route. Mais on s'appelle en visioconfrence, ?a aide un peu ? combler la distance.

 La famille, c'est prcieux, dit Sylvie avec une sincrit qui trahit une pense personnelle. M?me ? distance.

Vers dix-sept heures, Sylvie regarde l'horloge accroche au-dessus du comptoir.

 Bon travail aujourd'hui, Camille, dit-elle. Vous apprenez vite, et surtout, vous ?tes gentille avec les clients. C'est le plus important.

 Merci beaucoup, rpond Camille avec un grand sourire. J'ai vraiment aim cette premi?re journe.

 Demain, c'est pareil. Vous commencez ? neuf heures.

 Il y a un dress code particulier ? demande Camille avec un sourire, mi-srieuse mi-amuse.

 Juste d'?tre vous-m?me, rpond Sylvie en riant. C'est dj? suffisant, croyez-moi.

 D'accord. ? demain, Sylvie.

Camille sort de la librairie et ferme la porte doucement derri?re elle. Le ciel commence ? devenir orange, presque rose par endroits. L'automne ? Lyon est vraiment beau : les feuilles tombent lentement, l'air sent le caf et le pain frais, et les rues, malgr le bruit de la ville, gardent quelque chose de calme.

Avant de rentrer chez elle, Camille regarde encore une fois le petit caf en face. Une lumi?re chaude sort par les fen?tres, et elle aper?oit quelques silhouettes assises ? l'intrieur, un livre ou une tasse ? la main. Elle se dit qu'elle ira peut-?tre l?-bas un matin, avant le travail, juste pour essayer.

Sur le chemin du retour, elle s'arr?te dans une petite picerie pour acheter de quoi prparer son d?ner, un peu de p?tes et une sauce toute pr?te, rien de tr?s labor apr?s une journe aussi longue. Le propritaire, un homme ?g avec un fort accent du Sud, la salue chaleureusement, comme s'il la connaissait dj?, bien qu'elle ne soit venue qu'une seule fois auparavant.

Les tag?res de la petite picerie sont remplies ? ras bord, dans un dsordre organis qui donne l'impression que chaque produit a trouv sa place au fil des annes plut?t que par un plan prcis. Une odeur d'pices flotte dans l'air, mlange ? celle du caf fra?chement moulu, et Camille se sent immdiatement ? l'aise dans ce petit espace chaleureux.

 Vous ?tes nouvelle dans le quartier ? demande-t-il en emballant ses achats.

 Depuis deux mois, rpond Camille. Je travaille ? la librairie, juste ? c?t du Petit Matin.

 Ah, chez Sylvie ! dit l'homme avec un sourire encore plus large. Une femme formidable. Vous verrez, dans ce quartier, tout le monde finit par se conna?tre.

Camille sourit en repensant ? cette remarque tout le long du chemin jusqu'? son appartement. Elle commence ? comprendre ce que Sylvie voulait dire par la fidlit des gens d'ici, cette petite communaut qui semble l'accueillir peu ? peu, un sourire apr?s l'autre.

Elle ne sait pas encore que ce caf va changer beaucoup de choses dans sa vie. Pour l'instant, elle rentre chez elle, fatigue mais heureuse, avec l'impression d'avoir enfin trouv sa place dans cette nouvelle ville.




Chapitre 2 : Le caf d'? c?t





Vocabulaire


t?t  

la tasse  

commander  

se presser  

renverser   / 

dsol(e)  ()

la table  

le sac  

s'excuser  

la chaise  

attendre  

le sourire (nom)  

en retard  

maladroit(e)  

essuyer  

Le lendemain matin, Camille se rveille t?t, presque avant son rveil. Elle a encore un peu de temps avant le travail, alors elle dcide d'aller au petit caf en face de la librairie, celui que Sylvie lui a montr la veille. Elle veut essayer ce fameux chocolat chaud dont tout le quartier semble parler.

Elle prend le temps de choisir ses v?tements avec un peu plus de soin que d'habitude, sans se l'expliquer compl?tement ? elle-m?me, optant pour un pull qu'elle apprcie particuli?rement plut?t que le premier v?tement venu. Ce petit geste anodin la fait sourire une fois dans la rue, consciente du lger ridicule de la situation pour une simple sortie caf.

Il fait frais dehors, mais le soleil brille entre les nuages, et la lumi?re du matin donne aux rues une couleur presque dore. Camille marche tranquillement, les mains dans les poches de son manteau. Les feuilles jaunes et orange couvrent le trottoir, et quelques-unes tourbillonnent doucement autour de ses pieds quand le vent souffle.

Elle croise un boulanger qui sort justement ses premi?res fournes, l'odeur du pain frais se rpandant dans toute la rue et lui donnant instantanment faim malgr son petit-djeuner rcent. Un peu plus loin, une fleuriste dispose ses bouquets d'automne devant sa boutique, chrysanth?mes orangs et dahlias pourpres, crant une explosion de couleurs qui contraste joliment avec le gris des fa?ades environnantes.

Elle arrive devant "Le Petit Matin" et pousse la porte. Une petite cloche annonce son entre. ? l'intrieur, l'ambiance est chaleureuse : une odeur de caf frais et de pain chaud flotte dans l'air, mlange ? quelque chose de sucr, peut-?tre de la cannelle. Des petites tables en bois sont installes pr?s des fen?tres, chacune avec une bougie teinte au centre, pr?te pour le soir.

Derri?re le comptoir, un homme d'une cinquantaine d'annes s'active avec des gestes prcis, prparant les premi?res commandes de la journe. Il porte un tablier vert fonc et des lunettes rondes qui glissent rguli?rement sur son nez. C'est sans doute le fameux patron dont Sylvie a parl la veille, pense Camille en l'observant discr?tement.

Camille choisit une table tranquille, pas trop loin de la porte, avec une bonne vue sur la rue. Une serveuse arrive rapidement, un carnet ? la main et un crayon coinc derri?re l'oreille.

Elle a un badge accroch ? son tablier avec son prnom crit ? la main, "La", et un sourire naturel qui donne immdiatement l'impression qu'elle aime vraiment son travail, contrairement ? tant de serveuses presses qu'on croise habituellement.

 Bonjour, qu'est-ce que je vous sers ?

 Un chocolat chaud, s'il vous pla?t, dit Camille.

 Tr?s bon choix pour un matin comme celui-ci, rpond la serveuse avec un sourire.

Camille sort un livre de son sac, un roman qu'elle a commenc la semaine derni?re. Elle aime lire le matin, avant le travail : c'est un moment pour elle, un petit sas tranquille avant que la journe commence vraiment. Elle ouvre son livre ? la page marque et commence ? lire, oubliant peu ? peu le bruit lger du caf autour d'elle.

C'est un roman qu'elle a trouv par hasard dans les cartons de la librairie, un livre lg?rement ab?m que Sylvie lui a offert en disant qu'il ne se vendrait probablement jamais avec sa couverture dchire. L'histoire parle d'une jeune femme qui quitte tout pour recommencer ailleurs, un th?me qui rsonne trangement avec sa propre situation, et Camille se surprend ? s'identifier ? cette hro?ne de papier plus qu'elle ne l'aurait imagin.

Le caf autour d'elle continue de s'animer doucement : un homme d'affaires commande un espresso qu'il boit debout, press, avant de repartir vers son bureau ; une m?re avec une poussette s'installe pniblement ? une table, jonglant entre son caf et son bb qui commence ? s'agiter. Camille observe ces petites sc?nes du quotidien entre deux paragraphes, apprciant cette ambiance vivante sans ?tre bruyante.

Elle repense bri?vement ? sa ville natale, o? les cafs fermaient tous vers dix-neuf heures et o? l'on connaissait rarement ce genre d'effervescence matinale. Lyon, avec cette vie qui grouille d?s l'aube, lui semble dcidment un monde ? part, plus vaste et plus vivant que tout ce qu'elle connaissait auparavant.

Soudain, la porte s'ouvre brusquement, presque violemment. Un jeune homme entre en courant, ou presque. Il a les cheveux bruns un peu en dsordre, comme s'il venait de sortir du lit, et porte un grand sac avec un appareil photo qui dpasse. Il regarde sa montre avec une inquitude visible.

La petite cloche au-dessus de la porte tinte violemment sous le choc de son entre prcipite, attirant l'attention de plusieurs clients qui l?vent les yeux avec curiosit vers cette apparition bruyante et essouffle.

 Non, non, non, dit-il tout bas, pour lui-m?me. Pas encore en retard !

Il se dirige vers le comptoir d'un pas rapide, mais dans sa prcipitation, il oublie de regarder autour de lui. Son sac heurte la table de Camille, un coin dur contre le bord en bois. La tasse de chocolat chaud vacille dangereusement, et un peu de liquide se renverse sur la table, juste ? c?t du livre.

 Oh non ! dit le jeune homme, s'arr?tant net.

Camille recule sa chaise rapidement pour viter que le chocolat n'atteigne ses v?tements. Elle regarde la tache brune qui s'tend lentement sur le bois clair de la table.

 Excusez-moi, vraiment dsol ! dit-il, l'air sinc?rement g?n. Je ne regardais pas o? j'allais, comme d'habitude.

 Ce n'est rien, rpond Camille, un peu surprise par tant d'agitation d?s le matin.

Le jeune homme attrape rapidement des serviettes en papier poses sur le comptoir et commence ? essuyer la table, avec des gestes un peu maladroits qui font glisser encore plus de chocolat vers le bord.

 Attendez, laissez-moi faire, dit Camille en riant malgr elle, prenant elle-m?me une serviette.

 Je suis vraiment un danger public le matin, dit-il avec un sourire penaud. Surtout quand je suis en retard, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le pense.

 Vous ?tes toujours en retard ? demande Camille, un peu amuse sans vraiment le vouloir.

 Presque toujours, avoue-t-il. C'est un vrai probl?me dans ma vie. Mes amis disent que je serais en retard ? mon propre enterrement.

Camille ne peut s'emp?cher de sourire face ? cette phrase absurde. Le jeune homme la regarde un instant, et quelque chose dans son visage se dtend, comme s'il tait soulag de la voir sourire plut?t que se f?cher.

 Encore dsol pour votre table, dit-il. Je m'appelle Lucas.

 Camille, rpond-elle simplement, en essuyant les derni?res gouttes de chocolat.

 Enchant, Camille. Bon, je dois vraiment y aller, sinon je vais rater mon rendez-vous, et ce serait la troisi?me fois ce mois-ci.

Lucas commande rapidement un caf ? emporter, paie sans m?me vrifier sa monnaie, et sort presque en courant du caf. La porte se referme derri?re lui avec un petit bruit sec.

Camille reste assise, un peu tonne par cette rencontre rapide et bruyante. Elle regarde la tasse de chocolat chaud, encore un peu renverse sur le bord de la table, et sourit malgr elle. Cet homme est vraiment maladroit, pense-t-elle, mais pas dsagrable, curieusement.

La serveuse revient avec de nouvelles serviettes propres.

 Vous connaissez Lucas ? demande-t-elle en essuyant les derni?res traces.

 Non, pas du tout, rpond Camille. On vient juste de se rencontrer, si on peut appeler ?a une rencontre.

 Ah, dit la serveuse en riant doucement. Il vient tr?s souvent ici. Toujours press, toujours en retard, toujours en train de renverser quelque chose. Mais il est tr?s gentil, tout le monde l'aime bien dans le quartier.

 Il fait quoi dans la vie ? demande Camille, un peu curieuse malgr elle.

 Il est photographe, je crois. Il prend des photos de la ville, pour des magazines, et parfois pour des expositions dans une petite galerie pr?s d'ici.

 Il en vit vraiment, de la photographie ? demande Camille, un peu surprise. ?a ne doit pas ?tre facile, comme mtier.

 Il se dbrouille, dit la serveuse en haussant les paules. Il travaille beaucoup, il faut dire, toujours entre deux rendez-vous, toujours avec ce sac plein d'appareils. Mais il aime ce qu'il fait, ?a se voit.

 C'est dj? beaucoup, ?a, dit Camille pensivement, se souvenant de sa propre chance d'avoir trouv un mtier qui lui pla?t vraiment.

 Vous voulez autre chose ? demande la serveuse, son carnet toujours ? la main.

 Non merci, ?a ira, dit Camille en regardant sa montre. Il faut que j'y aille bient?t.

 ? bient?t alors, j'imagine qu'on vous reverra, dit la serveuse avec un clin d'Cil, comme si elle savait dj? quelque chose que Camille elle-m?me ignore encore.

Camille sourit sans trop savoir quoi rpondre ? cette remarque, et retourne ? son livre pour les quelques minutes qu'il lui reste avant de partir. Autour d'elle, le caf continue de se remplir doucement : deux femmes discutent bruyamment pr?s de la porte, un homme seul lit son journal en buvant un espresso, et un couple partage un croissant en se souriant.

Camille hoche la t?te, sans vraiment savoir pourquoi cette information l'intresse autant. Elle finit tranquillement son chocolat chaud, qui a un peu refroidi pendant l'agitation, et termine quelques pages de son livre avant de regarder l'heure.

Elle paie, remercie la serveuse, et sort du caf. En traversant la rue vers la librairie, elle repense encore ? cette petite sc?ne du matin : un homme press, un sac maladroit, un sourire sympathique malgr le chaos. Rien de spcial, se dit-elle, essayant de se convaincre elle-m?me.

Sur le trottoir, elle croise un livreur qui dcharge des cartons devant une boutique voisine, et une dame ?ge qui prom?ne un petit chien rcalcitrant, refusant obstinment d'avancer plus vite qu'un escargot. Le quartier s'anime peu ? peu ? mesure que la matine avance, les commer?ants relevant leurs rideaux les uns apr?s les autres.

Pourtant, en entrant dans la librairie, elle a encore ce sourire lger sur les l?vres, presque sans s'en rendre compte.

Sylvie l'accueille avec une tasse de caf fumante ? la main.

 Bonjour Camille ! Vous avez l'air de bonne humeur aujourd'hui.

 Oui, dit Camille. J'ai essay le caf en face, comme vous me l'aviez conseill. C'tait tr?s agrable, malgr un petit incident.

 Un incident ? demande Sylvie, curieuse.

 Un client un peu press a renvers mon chocolat chaud, explique Camille en riant.

 Ah, ?a, ?a doit ?tre Lucas, dit Sylvie sans m?me hsiter. Il fait ?a au moins une fois par semaine, le pauvre gar?on.

Camille est surprise que Sylvie le connaisse aussi bien, mais elle ne pose pas plus de questions pour l'instant. La journe de travail commence, tranquille et occupe ? la fois. Camille range des livres, aide des clients, prpare une commande pour un habitu. Le temps passe vite quand on aime son travail.

Mais de temps en temps, entre deux t?ches, elle regarde par la fen?tre vers le petit caf. Elle se demande, presque malgr elle, si elle reverra ce Lucas maladroit et toujours press.

Vers midi, alors qu'elle range des ouvrages de cuisine, un vieux monsieur habitu de la librairie s'approche du comptoir, un livre de mots croiss sous le bras.

 Vous ?tes la nouvelle, n'est-ce pas ? demande-t-il avec un sourire dent mais chaleureux.

 Oui, c'est moi, rpond Camille. Camille, enchante.

 Marcel, dit l'homme en tendant une main un peu tremblante. Je viens ici depuis que Sylvie a ouvert la boutique. Vous verrez, c'est un bon endroit pour travailler, les gens sont gentils dans ce quartier.

 On me le dit souvent, dit Camille en souriant, pensant ? la fois ? Sylvie, ? la serveuse du caf, et maintenant ? ce vieux monsieur si aimable.

 Sylvie a bon go?t pour choisir ses employs, ajoute Marcel avec un clin d'Cil avant de s'loigner vers la section des mots croiss, sa canne cognant doucement le sol ? chaque pas.

Camille le regarde s'installer confortablement dans le fauteuil le plus proche de la fen?tre, celui qu'il occupe visiblement depuis des annes au vu de la fa?on naturelle dont il s'y assoit, ouvrant son livre de mots croiss avec la satisfaction tranquille d'un rituel bien tabli.

Elle ne le sait pas encore, mais la rponse arrivera bien plus vite qu'elle ne le pense, d?s le lendemain matin.




Chapitre 3 : Encore lui !





Vocabulaire


reconna?tre  

froid(e)  

plaisanter  

rpondre  

occup(e)  

le client  

gentil(le)   / 

la journe   (  )

poli(e)  

trange  

la boisson  

srieux / srieuse  

viter  

dr?le  

sec / s?che (ton)   ()

Le jour suivant, Camille retourne au Petit Matin avant le travail, un peu plus t?t m?me que la veille. Elle a bien aim le chocolat chaud, malgr l'incident, et surtout, elle a aim ce petit moment calme avant sa journe de travail. C'est devenu, sans qu'elle le dcide vraiment, une nouvelle habitude.

En chemin, elle se surprend ? esprer croiser ? nouveau ce Lucas maladroit, une pense qu'elle chasse rapidement, un peu g?ne par sa propre curiosit. Elle se dit que c'est simplement le caf qui l'attire, rien de plus, essayant de se convaincre elle-m?me avec une conviction qui sonne un peu faux m?me ? ses propres oreilles.

Elle s'installe ? la m?me table que la veille, pr?s de la fen?tre, comme si cette place lui appartenait dj?. Le caf est presque vide ? cette heure, seulement deux hommes d'affaires parlant ? voix basse au fond de la salle. Camille commande un th cette fois, pour changer, et sort un nouveau livre de son sac, un recueil de nouvelles qu'elle vient de commencer.

Le patron du caf, celui que Camille avait aper?u la veille derri?re le comptoir, s'approche cette fois pour prendre sa commande lui-m?me, la serveuse habituelle tant visiblement occupe en cuisine.

 Un th, comme d'habitude dj? ? demande-t-il avec un sourire amus, comme s'il avait dj? remarqu sa prsence rpte malgr son unique visite prcdente.

 On peut dire ?a, rpond Camille en souriant, un peu surprise qu'il se souvienne d'elle apr?s une seule visite.

 Je me souviens de tous mes clients, dit l'homme avec fiert. C'est le secret d'un bon caf : conna?tre les gens qui passent la porte, pas seulement leur commande.

Camille trouve cette philosophie touchante, songeant que c'est exactement ce genre de dtail qui rend cet endroit si diffrent des grandes cha?nes impersonnelles qu'elle connaissait dans sa ville natale.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre. Camille l?ve les yeux, presque instinctivement, avant m?me de rflchir. C'est lui. Lucas entre dans le caf, encore une fois press, avec son ternel sac d'appareil photo sur l'paule et une charpe ? moiti noue autour du cou.

 Ah non, pas encore en retard, murmure-t-il pour lui-m?me en regardant sa montre.

Il regarde autour de lui et remarque Camille pr?s de la fen?tre. Un sourire appara?t immdiatement sur son visage, comme s'il venait de trouver quelque chose d'agrable dans sa matine complique.

Ses yeux s'illuminent d'une fa?on presque enfantine, sans aucune retenue ni calcul, cette expression sinc?re et spontane qui, Camille commence ? le remarquer, semble ?tre sa marque de fabrique dans toutes les situations, m?me les plus stressantes.

 Tiens, la fille d'hier ! dit-il joyeusement, en s'approchant sans hsiter. On dirait que le destin nous runit.

Camille l?ve un sourcil, gardant volontairement un ton froid.

Elle a rpt cette expression plusieurs fois devant son miroir, sans se l'avouer compl?tement, un petit geste th?tral cens dcourager les inconnus trop entreprenants.

 Ou peut-?tre que vous venez toujours au m?me caf ? la m?me heure, rpond-elle s?chement, sans lever compl?tement les yeux de son livre.

 C'est possible aussi, admet Lucas avec un petit rire. Mais "le destin" sonne quand m?me beaucoup mieux, non ?

Camille ne rpond pas tout de suite. Elle retourne ? sa lecture, esprant qu'il comprenne le message silencieux. Mais Lucas, visiblement, n'est pas tr?s dou pour ce genre de messages.

Elle fixe intensment les mots de son livre sans vraiment les lire, consciente malgr tout de la prsence de Lucas ? quelques m?tres, comme un aimant discret qui capte une partie de son attention sans qu'elle puisse totalement l'ignorer.

 Je peux m'asseoir ? demande-t-il en dsignant la chaise vide en face d'elle, dj? ? moiti assis.

 Il y a beaucoup d'autres tables libres, rpond Camille sans lever les yeux.

 Oui, mais aucune n'a une aussi bonne compagnie, dit-il avec un clin d'Cil et un sourire un peu trop confiant.

 C'est une phrase que vous dites ? toutes les inconnues des cafs ? demande Camille, un sourcil lev.

 Seulement ? celles qui me trouvent maladroit et qui me le disent en face, rpond Lucas sans se dmonter, s'installant dfinitivement.

Camille soupire intrieurement. Cet homme est vraiment s?r de lui, pense-t-elle. Elle dcide de l'ignorer poliment et continue sa lecture. Lucas, sans se dcourager le moins du monde, s'installe finalement ? la table juste ? c?t, pas tr?s loin, mais pas non plus directement en face.

 Vous travaillez dans le quartier ? demande-t-il, curieux, en commandant son caf habituel d'un simple signe de la main ? la serveuse, qui semble dj? savoir ce qu'il veut.

 Oui, ? la librairie en face, rpond Camille bri?vement, sans dtacher les yeux de sa page.

 Ah, "Les Pages Bleues" ! J'adore cette librairie. Sylvie est adorable, et c'est le meilleur endroit du quartier pour se perdre entre les rayonnages de livres.

Camille est un peu surprise qu'il connaisse Sylvie si bien, mais elle ne le montre pas.

 Vous la connaissez ? demande-t-elle, malgr elle intresse.

 Bien s?r. J'ai grandi dans ce quartier, ou presque. Je connais ? peu pr?s tout le monde ici, des boulangers aux libraires.

 Vous ?tes n ici, ? Lyon ? demande Camille, curieuse malgr elle d'en apprendre davantage.

 Dans le quartier m?me, prcise Lucas avec fiert. Mes parents habitent toujours ? dix minutes ? pied d'ici. Ma m?re fait ses courses au m?me march depuis trente ans, elle conna?t tous les commer?ants par leur prnom.

 ?a doit ?tre agrable, d'avoir des racines aussi profondes quelque part, dit Camille, un peu songeuse.

 Parfois, admet Lucas. Parfois aussi un peu touffant, quand tout le monde conna?t vos affaires avant m?me que vous les racontiez vous-m?me.

 Intressant, dit Camille, toujours d'un ton un peu distant, mais avec moins de froideur que la phrase prcdente.

Lucas continue de parler, m?me si Camille rpond de fa?on assez br?ve. Il parle de la ville, du quartier, de la lumi?re du matin qui est parfaite pour les photos en automne, et d'un projet sur lequel il travaille depuis quelques semaines.

 C'est quoi, ce projet exactement ? demande Camille malgr elle, sa curiosit prenant momentanment le dessus sur sa froideur affiche.

 Une srie sur les petits commerces du quartier, explique Lucas, ses yeux s'illuminant immdiatement. Les boulangers, les fleuristes, les libraires aussi, d'ailleurs. Sylvie a accept que je vienne photographier la boutique la semaine prochaine.

 Ah bon ? dit Camille, surprise. Elle ne m'a rien dit.

 C'est tout rcent, je lui ai propos hier soir. Vous verrez, ?a pourrait ?tre intressant pour vous aussi, votre premier mois de travail immortalis en photo.

 Je ne suis pas s?re d'aimer cette ide, dit Camille, un peu mal ? l'aise ? la pense d'?tre photographie sans prvenir.

 On verra bien, rpond Lucas avec un sourire mystrieux qui n'aide pas vraiment ? la rassurer.

 Vous ?tes toujours aussi srieuse le matin ? demande-t-il enfin, avec un sourire amus, presque taquin.

 Je ne suis pas srieuse, rpond Camille. Je suis occupe.

 Occupe ? lire un livre dans un caf, avant m?me d'aller travailler ? dit Lucas, un peu taquin.

Camille ferme son livre d'un coup sec, un peu agace par cette remarque.

 coutez, je viens ici pour ?tre tranquille avant le travail. Pas pour bavarder avec un inconnu qui renverse mon chocolat.

Lucas l?ve les mains en signe de paix, un sourire un peu g?n aux l?vres.

 D'accord, d'accord. Je comprends. Je ne voulais pas vous dranger, vraiment.

Il y a un silence. Camille se sent un peu mal d'avoir t aussi directe, presque dure. Apr?s tout, il n'a rien fait de vraiment terrible, juste beaucoup parl, ce qui n'est pas un crime.

 Ce n'est rien, dit-elle finalement, d'une voix un peu plus douce. Je ne suis pas tr?s sociable le matin, c'est tout. Ce n'est pas contre vous personnellement.

 ?a arrive, dit Lucas avec comprhension. Moi, c'est plut?t l'inverse. Le matin, j'ai besoin de parler pour me rveiller vraiment, sinon je reste dans le brouillard jusqu'? midi.

Camille esquisse un petit sourire, presque malgr elle. Lucas le remarque immdiatement, comme s'il attendait ce moment depuis le dbut de la conversation.

 Ah, un sourire ! dit-il, triomphant. Je savais que vous n'tiez pas compl?tement froide sous cette carapace.

 Ne vous rjouissez pas trop vite, rpond Camille, mais avec beaucoup moins de scheresse cette fois, presque en jouant le jeu.

Ils restent silencieux un moment. Lucas boit son caf rapidement, comme d'habitude press par le temps. Il regarde sa montre et se l?ve brusquement, manquant de renverser sa chaise dans le mouvement.

 Bon, je dois vraiment partir cette fois, dit-il. J'ai un rendez-vous photo dans le parc, et si je suis encore en retard, mon client va finir par me remplacer.

 Encore en retard ? demande Camille avec un sourire lger, presque involontaire.

 Toujours, rpond Lucas en riant. C'est ma marque de fabrique, comme une signature.

Il prend son sac et se dirige vers la porte, puis se retourne une derni?re fois, la main sur la poigne.

 ? bient?t, peut-?tre, Camille de la librairie.

 Peut-?tre, rpond-elle simplement, sans plus de froideur cette fois.

Il sort, et le caf redevient calme. Camille reste seule avec son livre ferm sur la table, sans vraiment avoir envie de le rouvrir tout de suite. Elle repense ? cette conversation trange, un peu chaotique. Cet homme est bavard, un peu trop confiant, mais il n'est pas dsagrable, finalement, m?me si elle n'aurait jamais admis ?a devant lui.

La serveuse, celle qui l'a servie la veille, s'approche pour dbarrasser sa tasse vide.

 Il vous a encore emb?te ? demande-t-elle avec un sourire complice.

 Un peu, avoue Camille en riant. Mais moins qu'hier, je dois dire.

 C'est bon signe, alors, dit la serveuse avec un clin d'Cil avant de retourner derri?re son comptoir, laissant Camille seule avec ses penses un peu confuses.

Elle secoue la t?te, comme pour chasser cette pense, et se remet ? lire, essayant d'ignorer le petit sourire qui reste accroch ? son visage sans qu'elle sache vraiment pourquoi.

Plus tard, ? la librairie, Sylvie remarque quelque chose de diffrent chez Camille, une sorte de lg?ret inhabituelle dans sa fa?on de bouger.

 Vous semblez pensive aujourd'hui, dit Sylvie en rangeant des livres sur l'tag?re du bas.

 J'ai encore crois ce Lucas, le photographe, dit Camille. Il est... particulier.

 Ah, Lucas ! dit Sylvie avec un sourire complice, presque amus. Il est tr?s sympathique, non ? Un peu fatigant parfois, mais sympathique.

 Il parle beaucoup, rpond Camille, sans grande conviction dans le reproche.

 C'est vrai, dit Sylvie en riant franchement. Mais il a bon cCur. Vous verrez, avec le temps.

 Vous semblez bien le conna?tre, remarque Camille, curieuse de cette familiarit entre Sylvie et Lucas.

 Je le connais depuis qu'il est enfant, confirme Sylvie avec tendresse. Il venait dj? ici avec sa m?re, ? l'poque, pour choisir des livres d'images. Il a beaucoup grandi depuis, mais au fond, c'est rest le m?me petit gar?on curieux de tout.

Camille ne rpond rien, mais elle se demande, en silence, si Sylvie n'a pas un peu raison. Peut-?tre que Lucas n'est pas si insupportable, apr?s tout. Peut-?tre m?me qu'elle a, sans le vouloir, un peu apprci cette petite conversation matinale.

Elle range encore quelques livres, perdue dans ses penses, quand Sylvie l'interpelle ? nouveau depuis le fond de la boutique.

 Vous savez, dit Sylvie en s'approchant avec deux tasses de caf, Lucas n'a pas toujours t aussi bavard. Quand il est revenu de Paris, il tait plut?t renferm, presque triste pendant des mois.

 Ah bon ? demande Camille, surprise par cette rvlation, imaginant mal ce gar?on si expansif dans un tat si diffrent.

 Il traversait une priode difficile, explique Sylvie sans entrer dans les dtails, un peu comme si elle protgeait une confidence. Le voir plaisanter et parler ? tout le monde comme il le fait maintenant, c'est plut?t bon signe, je trouve.

Camille hoche la t?te, touche par cette information qui donne une nouvelle profondeur au personnage de Lucas, une couche cache derri?re son nergie dbordante et ses retards chroniques.

 Merci de me dire ?a, dit-elle doucement.

 Ce n'est pas un secret, juste une observation, dit Sylvie avec un clin d'Cil, avant de retourner s'occuper d'un client qui vient d'entrer.




Chapitre 4 : Une photo dans la rue





Vocabulaire


la promenade  

l'appareil photo (m)  

prendre une photo  

le pont  

le fleuve  

la lumi?re  

beau / belle   / 

le parc  

observer  

capturer  

le moment  

expliquer  

naturel(le)  

proposer  

le reflet  

Apr?s le travail, Camille aime se promener dans les rues de Lyon avant de rentrer chez elle. C'est sa fa?on prfre de terminer la journe : marcher lentement, sans but prcis, et regarder la ville changer de couleur avec le coucher du soleil. Depuis son arrive, cette habitude est devenue presque sacre.

Ce petit rituel personnel lui permet de digrer sa journe, de laisser son esprit vagabonder librement apr?s des heures passes ? servir les clients et ranger des livres. C'est aussi, elle doit se l'avouer, un moment o? elle se sent compl?tement elle-m?me, sans les responsabilits du travail ni les attentes de personne d'autre.

Ce jour-l?, elle dcide de descendre vers le fleuve, en passant par de petites rues qu'elle ne conna?t pas encore tr?s bien. L'automne a transform les arbres le long des quais en une explosion de jaune, d'orange et de rouge. La lumi?re du soir est douce et dore, exactement le genre de lumi?re qui donne envie de s'arr?ter et de simplement regarder.

Camille marche lentement, les mains dans les poches de son manteau. Elle observe les reflets du fleuve, les bateaux qui passent doucement, les gens qui courent ou qui se prom?nent avec leur chien, les tudiants assis sur les marches avec un livre ou une bi?re. Lyon en automne est vraiment magnifique, pense-t-elle, encore surprise par cette beaut qu'elle dcouvre chaque jour un peu plus.

Elle s'arr?te un instant pr?s d'un vendeur de marrons chauds install au coin d'une rue, hsitant ? s'offrir ce petit plaisir simple. L'odeur sucre et fume qui s'chappe du petit stand mtallique lui rappelle les marchs de No?l de son enfance, ces souvenirs chaleureux d'une poque o? tout semblait plus simple. Elle ach?te finalement un petit cornet, rchauffant ses mains contre le papier chaud tout en poursuivant sa promenade.

Plus loin, un groupe de musiciens de rue joue un air entra?nant, un accordon accompagn d'une guitare, attirant un petit attroupement de passants qui s'arr?tent pour couter quelques instants avant de reprendre leur chemin. Camille reste elle aussi un moment, apprciant cette parenth?se musicale improvise, avant de continuer vers le fleuve, l'esprit lger et le cCur ouvert ? cette nouvelle vie qu'elle construit peu ? peu, un jour apr?s l'autre.

En traversant le pont, elle remarque une silhouette famili?re, accroupie pr?s du bord du quai. Un homme est pench, un appareil photo devant les yeux, compl?tement concentr, presque immobile. Camille reconna?t immdiatement les cheveux bruns en dsordre.

Elle s'arr?te un instant, l'observant ? distance avant de se manifester. Il y a quelque chose de touchant dans sa concentration totale, cette fa?on qu'il a d'oublier compl?tement le monde autour de lui quand il travaille, immobile comme une statue pendant de longues secondes avant de bouger lg?rement pour ajuster son cadrage.

 Encore vous, dit-elle en s'approchant, un sourire dans la voix.

Lucas sursaute lg?rement et baisse son appareil photo, se retournant avec surprise.

Pendant un bref instant, avant de la reconna?tre, son visage affiche l'expression mfiante de quelqu'un drang en plein travail, puis s'illumine aussit?t en ralisant qui vient de l'interrompre.

 Camille ! dit-il, rellement content de la voir. Le monde est vraiment petit, ou alors vous me suivez.

 Ou peut-?tre que Lyon n'est pas si grand que ?a, finalement, rpond-elle avec un sourire, sans relever la plaisanterie.

Lucas se rel?ve, poussetant son pantalon, et montre son appareil photo avec un air presque fier.

 Je travaille sur un projet de photos, explique-t-il. Des images de Lyon en automne, pour un magazine local. Ils veulent quelque chose de vivant, pas juste des cartes postales.

 C'est pour ?a que vous ?tes toujours press le matin ? demande Camille, curieuse, en s'appuyant contre le parapet du pont.

 Exactement. La lumi?re du matin est parfaite pour certaines photos, surtout au bord du fleuve. Et le soir aussi, comme maintenant, mais diffremment.

Camille regarde autour d'elle, essayant de voir ce que Lucas voit ? travers son objectif, cherchant ce qui rend ce moment si spcial pour lui.

 Qu'est-ce que vous photographiez exactement ? demande-t-elle.

 Venez voir, propose Lucas, en tendant son appareil vers elle.

Il lui montre l'cran arri?re. Sur l'image, on voit le fleuve, les arbres colors, et un reflet presque parfait du pont dans l'eau calme, comme un miroir lg?rement flou.

Camille se penche un peu plus pr?s pour mieux voir les dtails, son paule fr?lant celle de Lucas dans ce mouvement naturel, aucun des deux ne semblant vouloir s'carter de cette proximit soudaine.

 C'est magnifique, dit Camille, sinc?rement impressionne. On dirait une peinture.

 Merci. J'aime capturer les moments simples, dit Lucas, une lumi?re, une couleur, un instant qui ne reviendra jamais exactement pareil. Dans une heure, cette lumi?re aura dj? chang.

Camille regarde Lucas diffremment maintenant. Ce n'est plus juste l'homme maladroit et bavard du caf. Il y a quelque chose de srieux et de passionn dans sa fa?on de parler de son travail, une concentration qu'elle n'avait pas vue avant.

Elle ralise que cette dualit fait toute sa personnalit : cet homme capable d'une distraction presque comique un instant, puis d'une attention totale et presque solennelle l'instant suivant, d?s qu'il s'agit de son art. Elle se demande combien d'autres facettes de lui restent encore ? dcouvrir.

 Vous faites ?a depuis longtemps ? demande-t-elle, en reprenant leur marche le long du quai.

 Depuis toujours, presque, rpond Lucas, en rangeant son appareil dans son sac. Mon p?re m'a offert mon premier appareil photo quand j'avais douze ans, un vieux mod?le qu'il n'utilisait plus. Depuis, je n'ai jamais vraiment arr?t.

 C'est beau, d'avoir une passion comme ?a, qui dure depuis l'enfance.

 Et vous ? demande Lucas. Les livres, c'est votre passion depuis toujours aussi ?

 Oui, dit Camille avec un sourire nostalgique. Depuis que je suis toute petite. Ma m?re me lisait des histoires tous les soirs, m?me quand elle tait fatigue apr?s le travail.

 C'est joli, dit Lucas, d'une voix plus douce que d'habitude.

Ils marchent ensemble le long du quai, sans vraiment dcider de le faire, comme si c'tait naturel, presque vident. Lucas continue de prendre quelques photos de temps en temps, expliquant chaque fois pourquoi tel angle ou telle lumi?re l'intresse particuli?rement.

Leur rythme de marche s'accorde naturellement, sans que ni l'un ni l'autre n'ait besoin de ralentir ou d'acclrer pour rester ensemble, comme si leurs pas avaient trouv d'eux-m?mes une cadence commune.

 Regardez cet arbre, dit-il en s'arr?tant soudainement. Les feuilles jaunes contre le mur en pierre grise, juste l?. C'est parfait, le contraste est exactement ce que je cherche.

Il l?ve son appareil et prend la photo rapidement, presque sans rflchir, puis se tourne vers Camille avec une ide visible dans les yeux.

 Est-ce que je peux vous prendre en photo ? demande-t-il.

Camille rougit lg?rement, surprise par la question directe.

 Moi ? Pourquoi moi ?

 Parce que la lumi?re est belle sur vous en ce moment, dit-il simplement, sans intention de flatterie vidente, juste avec une honn?tet un peu dsarmante.

 Je ne suis pas tr?s photognique, dit Camille, un peu g?ne, en reculant lg?rement.

 Laissez-moi juger ?a moi-m?me, rpond Lucas avec un sourire encourageant, pas insistant, juste patient.

Camille hsite, regarde autour d'elle comme pour vrifier que personne ne les observe, puis accepte finalement. Elle se tient pr?s du parapet, un peu raide au dbut, les bras croiss comme pour se protger.

 Dtendez-vous, dit Lucas doucement. Regardez juste le fleuve, comme vous le faisiez avant que j'arrive et que je vous drange avec mon appareil.

Camille suit son conseil. Elle regarde l'eau, oublie presque la prsence de l'appareil photo, et pense simplement ? la beaut du moment : l'automne, la lumi?re dore, le calme du fleuve qui coule lentement.

Lucas prend plusieurs photos rapidement, en silence, sans dranger ce moment naturel qui s'installe entre eux.

 Voil?, dit-il enfin, en baissant son appareil. Je crois que c'est parfait.

Il lui montre la photo sur l'cran. Camille est surprise de se voir ainsi : naturelle, dtendue, presque belle sous cette lumi?re d'automne, avec le fleuve en arri?re-plan comme un tableau.

 C'est... vraiment joli, dit-elle, un peu mue par cette image d'elle-m?me qu'elle ne reconna?t pas tout ? fait.

 Je vous l'avais dit, rpond Lucas, fier mais sans arrogance, plut?t content d'avoir eu raison.

Ils continuent leur promenade, parlant de tout et de rien : les livres prfrs de Camille, les endroits prfrs de Lucas pour photographier la ville, les petits restaurants du quartier qu'il faut absolument essayer. Le temps passe sans qu'ils s'en rendent vraiment compte, comme s'il s'tait arr?t pour eux.

 Vous avez un restaurant prfr, alors ? demande Camille, curieuse d'en apprendre davantage sur ses habitudes.

 Un petit bouchon lyonnais pr?s de la place Bellecour, dit Lucas avec enthousiasme. Le patron me conna?t depuis des annes, il me garde toujours une table m?me quand c'est complet.

 Vous devrez me montrer ?a un jour, dit Camille, presque sans rflchir, puis rougissant lg?rement en ralisant ce qu'elle vient de suggrer.

 C'est une promesse, dit Lucas avec un sourire, sans faire de commentaire sur sa g?ne, ce qui la soulage intrieurement.

Ils passent devant une petite guinguette au bord de l'eau, ferme pour la saison, ses chaises empiles et ses tables recouvertes de b?ches. Lucas s'arr?te un instant pour la photographier, trouvant quelque chose de potique dans cette dsolation temporaire.

 Pourquoi photographier un endroit ferm ? demande Camille, intrigue.

 Parce que dans quelques mois, ce sera plein de vie, de rires, de gens qui boivent un verre au soleil, explique Lucas. J'aime montrer les contrastes, les saisons qui passent. Cette photo n'aura de sens que si on la regarde apr?s, au printemps.

Camille trouve cette ide belle, une fa?on de voir le temps qui passe qu'elle n'avait jamais vraiment considre avant.

Quand le soleil commence vraiment ? se coucher, peignant le ciel de rose et d'orange, Camille regarde l'heure sur son tlphone.

 Je devrais rentrer, dit-elle, un peu ? contrecCur.

 Moi aussi, dit Lucas. Merci pour cette promenade improvise. C'tait une belle fin de journe.

 Merci pour la photo, rpond Camille avec un sourire sinc?re, plus dtendu qu'au dbut de leur rencontre.

Ils se sparent au coin de la rue, chacun de son c?t, avec un petit signe de la main. En marchant vers chez elle, Camille repense ? cette soire inattendue. Elle sourit sans m?me s'en rendre compte, un sourire qui reste sur son visage tout le long du chemin.

En chemin, elle croise sa voisine de palier, une femme d'une soixantaine d'annes toujours curieuse des alles et venues de l'immeuble.

 Vous avez l'air de bonne humeur ce soir, remarque la voisine avec un sourire entendu.

 Il fait beau, rpond simplement Camille, ne voulant pas s'tendre sur les raisons relles de son sourire.

 Il fait surtout froid, corrige la voisine en riant, mais je ne vais pas vous contredire si ?a vous rend heureuse.

Camille rit et monte les escaliers jusqu'? son appartement, encore un peu tourdie par cette belle fin de journe passe au bord du fleuve.

Peut-?tre que Lucas n'est pas seulement bavard et maladroit. Peut-?tre qu'il y a chez lui quelque chose de sinc?re et de doux, quelque chose qui mrite d'?tre dcouvert un peu plus, pense-t-elle en ouvrant la porte de son appartement.

Une fois chez elle, Camille prpare un th et s'installe ? sa petite table de cuisine, sortant son carnet personnel, celui o? elle note parfois ses penses avant de dormir, une habitude hrite de sa m?re. Elle hsite un moment, puis crit quelques lignes sur cette rencontre inattendue au bord du fleuve, sur cette photo qu'elle n'aurait jamais imagin accepter quelques jours plus t?t.

Elle relit ce qu'elle vient d'crire, un peu surprise par le ton presque enthousiaste de ses propres mots. D'habitude, son carnet contient plut?t des rflexions sur les livres qu'elle lit, des citations qui l'ont marque, parfois quelques inquitudes sur son nouveau dpart ? Lyon. Ce soir, c'est diffrent : elle parle d'un homme, de son rire, de sa fa?on de voir la lumi?re.

Elle referme le carnet avec un petit sourire g?n, comme si elle venait de se surprendre elle-m?me en flagrant dlit de sentiment naissant. Elle se l?ve, range sa tasse vide, et se prpare pour la nuit, le cCur trangement lger.




Chapitre 5 : Le livre oubli





Vocabulaire


oublier  

le comptoir   / 

le carnet  

remarquer  

rendre  

laisser  

retrouver   

s?rement  

appartenir  

feuilleter  

la couverture  

la page  

ranger   / 

dcider  

tonn(e)  

Le lendemain apr?s-midi, la librairie est particuli?rement calme, comme si le quartier entier faisait une pause. Camille profite de ce moment tranquille pour ranger les nouvelles arrives de livres sur les tag?res, un carton entier de romans qui vient d'arriver le matin m?me. Sylvie est partie chercher des fournitures chez le grossiste, laissant Camille seule pour quelques heures, avec les cls et la responsabilit de la boutique.

Seule dans la boutique, Camille profite de ce calme inhabituel pour observer les lieux avec un Cil diffrent, plus attentif. Elle remarque des dtails qui lui avaient chapp jusqu'ici : une petite fissure dans le plafond au-dessus de la section posie, une photo ancienne de la rue accroche pr?s de la caisse, montrant le quartier tel qu'il tait plusieurs dcennies auparavant. Elle se sent trangement responsable de cet endroit, comme si la confiance de Sylvie lui donnait des racines nouvelles dans cette ville encore un peu trang?re.

Elle profite aussi de ce moment pour rorganiser lg?rement la vitrine, changeant l'arrangement des livres mis en avant, ajoutant quelques feuilles d'automne ramasses la veille pour donner une touche saisonni?re ? la prsentation. Satisfaite du rsultat, elle recule de quelques pas pour admirer son travail, se sentant fi?re de cette petite initiative personnelle.

Vers quinze heures, la petite cloche de la porte sonne. Camille l?ve les yeux et voit un client qu'elle ne reconna?t pas immdiatement : un homme d'une trentaine d'annes, un livre dj? sous le bras, qui regarde attentivement les tag?res de romans avec une concentration presque religieuse.

L'homme reste presque une heure dans la librairie, feuilletant plusieurs livres, posant quelques questions ? Camille sur des auteurs contemporains qu'elle conna?t bien gr?ce ? ses propres lectures. Finalement, il ach?te deux romans et repart avec un sourire satisfait, promettant de revenir bient?t.

Peu apr?s son dpart, une petite averse surprend le quartier, faisant courir les passants vers les porches et les auvents. Deux jeunes femmes trempes entrent dans la librairie en riant, cherchant simplement un abri plut?t qu'un livre. Camille les accueille avec un sourire, leur proposant m?me une serviette pour scher leurs cheveux, et les deux inconnues finissent par repartir avec un roman chacune, conquises malgr elles par l'ambiance chaleureuse de la boutique.

Camille range la serviette humide en souriant, satisfaite de cette petite victoire commerciale improvise. Elle se dit que Sylvie serait fi?re de voir comment elle a gr la situation, transformant un simple abri contre la pluie en deux ventes inattendues.




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   ,     (https://www.litres.ru/book/raznoe/un-cafe-en-octobre-74431217/)  .

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