Le Pacte des Ombres
 


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Le Pacte des Ombres








Le Coven Zro




Chapitre 1  Lenl?vement





   1 (15 )


le bal de promo   

un bandeau sur les yeux    

un Proviseur   ( )

un rengat / une rengate  , 

le pacte de sang   

effacer de la ralit    

un coup  

s'vanouir   

la douleur  

un sort  

se mfier de  ,  

une cicatrice  

un calme plat    (.  )

un mensonge  

la confiance  

(environ 2814 mots, niveau B1?B2)

Je mappelle Ella, jai dix-huit ans et je viens de finir mon lyce en Floride. Ce soir, cest le bal de promo. Je porte une robe bleue que ma m?re ma cousue pendant trois semaines, en piquant chaque perle ? la main. La salle sent le parfum bon march et le g?teau au chocolat. Des ballons argents flottent pr?s du plafond. Je danse avec mon ami Thomas, qui me marche sur les pieds en riant, quand dun coup la musique sarr?te net.

Une lumi?re blanche claire la salle, si forte que tout le monde plisse les yeux. Trois personnes en costumes noirs entrent par la grande porte. Elles marchent au m?me rythme, comme des soldats. Elles ne sourient pas. Lune delles tient une tablette lumineuse, elle regarde les l?ves un par un, puis elle pointe son doigt vers moi.

 Ella Vance ? dit-elle dune voix froide, sans une seule motion.

Je ne rponds pas. Mes jambes reculent toutes seules. Thomas veut me protger, il tend le bras devant moi, mais lhomme le pousse comme sil pesait dix kilos, et mon ami tombe entre deux tables. Deux autres agents attrapent mes bras. Je crie, mais personne ne bouge dans la foule ; les gens regardent, figs, comme sils voyaient un film. Ils mentra?nent vers la sortie, mon sac tombe par terre, ma robe se dchire sur le coin dune chaise en mtal.

 L?chez-moi ! Vous navez pas le droit !

Lhomme ? la tablette sapproche de mon oreille et murmure, tout pr?s, comme un secret :

 Le droit, nous le crons. Tu es une sorci?re, Ella. Et tu vas venir ? lAcadmie Whitehaven.

Je ne comprends pas ce mot. Sorci?re ? Je suis une fille tout ? fait ordinaire, qui aime les maths et la natation, et qui dteste les araignes. Je nai jamais vu de magie de ma vie, ? part dans les films. Mais ils ne mcoutent pas. On me met un bandeau sur les yeux, on me pousse dans une voiture dont le si?ge sent le cuir neuf. Le moteur ronronne, et je sens que nous roulons tr?s vite, pendant des heures, sur des routes qui tournent puis qui deviennent droites et longues.

Personne ne parle. Jessaie de compter les virages pour deviner la direction, mais je perds vite le compte. Le froid monte peu ? peu ; lair qui passe par une fen?tre entrouverte devient glacial.

Quand on enl?ve enfin le bandeau, je suis dans un hall immense, tout en verre et en acier. Ce nest pas un ch?teau gothique comme dans les films de sorci?res. Cest moderne, froid, lumineux, presque hostile. Des tudiants en uniforme gris marchent vite dans les couloirs, sans se regarder, sans se parler. Personne ne rit. Personne ne chuchote entre amis.

Un homme grand, avec des lunettes rondes et une veste noire boutonne jusquau cou, sapproche de moi. Il sappelle le Proviseur, on ne conna?t pas son vrai nom. Il me dit dune voix calme, presque douce, ce qui rend ses mots encore plus effrayants :

 Bienvenue ? Whitehaven. Ici, tu vas apprendre ? contr?ler ton don. Mais avant tout, tu vas apprendre ? tuer.

Mon cCur sarr?te une seconde. Je veux pleurer, mais je suis trop choque pour que les larmes sortent. Je demande, la voix tremblante :

 Pourquoi moi ? Je ne veux tuer personne. Je veux rentrer chez moi.

Le Proviseur secoue la t?te, comme si ma question tait na?ve.

 Ton sang est marqu. Tu es une sorci?re de la ligne Vance, la plus puissante depuis un si?cle. Nous avons besoin de toi pour une mission. Mais dabord, il faut te tester.

Il me conduit dans une salle blanche, sans fen?tres, claire par des nons trop blancs. Il y a cinq chaises en mtal, alignes en cercle. Quatre sont dj? occupes par des gar?ons de mon ?ge. Ils me regardent comme si jtais un insecte intressant pos sous un microscope.

Le premier est un grand brun aux yeux verts. Il a un sourire cruel, comme sil savait quelque chose que jignore encore. Cest Declan. Le deuxi?me est roux, avec des taches de rousseur et une cicatrice fine sur la joue ; il sappelle Leo et il menvoie un baiser moqueur, comme si toute cette sc?ne ntait quune plaisanterie. Le troisi?me est noir, muscl, il ne dit rien, il observe tout avec des yeux calmes ; cest Michael. Le dernier est petit, avec des lunettes paisses et un pull trop large, il tape sur un ordinateur portable sans lever la t?te ; cest Tyler.

Le Proviseur sinstalle devant nous et annonce, les mains croises derri?re le dos :

 Vous ?tes le Coven Zro. Vous ?tes les plus dangereux, les plus imprvisibles de votre gnration. Vous allez travailler ensemble pour retrouver une sorci?re rengate, Amelia Voss. Elle sest chappe il y a un an, un jour de temp?te, et personne ne la revue depuis. Vous avez trente jours pour la trouver et lliminer. Si vous chouez, vous serez effacs de la ralit. Comprenez-vous ?

Les gar?ons hochent la t?te, comme si ctait une consigne banale, presque scolaire. Moi, je sens mes jambes qui tremblent sous la chaise. Je l?ve la main, comme au lyce, ce qui para?t absurde ici.

 Et si je refuse ?

Le Proviseur sourit pour la premi?re fois, dun sourire fin, presque satisfait.

 Alors tu mourras ici, tout de suite. Mais je te conseille daccepter. Declan est notre meilleur lment. Il te montrera les r?gles.

Declan se l?ve et vient vers moi, les mains dans les poches, sans se presser. Il est plus grand que moi de toute une t?te. Il me prend le menton entre deux doigts et force mon regard ? croiser le sien.

 Tu as peur, dit-il doucement, presque comme un constat scientifique. Cest bien. La peur te rendra rapide. Mais ne fais pas lidiote. Suis mes ordres et tu survivras.

Je veux le frapper, mais je nose pas. Il sent ma faiblesse et ricane doucement, sans mchancet particuli?re, comme un professionnel qui conna?t dj? la fin de lhistoire.

On nous emm?ne ensuite dans une pi?ce sombre, aux murs de pierre. On nous demande de tendre le bras. Un infirmier silencieux nous fait une petite incision sur le poignet. Notre sang coule dans un bol en argent, goutte apr?s goutte. Le Proviseur rcite des mots dans une langue ancienne, peut-?tre du latin. Une douleur br?lante parcourt sans prvenir mon bras, et je vois une lueur rouge relier nos cinq corps, comme un fil tendu entre nous. Cest le pacte de sang. Si lun de nous meurt, les autres meurent aussi. Si nous tuons Amelia, nous sommes libres. Sinon, dans trente jours, notre cerveau fond, disent-ils, sans autre prcision.

Je sors de l? en courant, je cherche une sortie, nimporte laquelle. Mais toutes les portes sont verrouilles, et les couloirs se ressemblent tous, blancs et froids. Je me retrouve dans un couloir vide et je meffondre par terre, le dos contre le mur. Je pleure toutes les larmes de mon corps, sans bruit, la main sur la bouche.

Puis jentends des pas rguliers. Cest Declan. Il saccroupit ? c?t de moi, sans me toucher, en gardant une distance polie.

 Arr?te de pleurer, ?a ne sert ? rien ici. Les faibles meurent vite ? Whitehaven. Tu veux savoir comment jai survcu jusqu? dix-huit ans ? Jai appris ? ?tre plus froid que les autres, et plus rapide queux.

 Tu es un monstre, lui dis-je entre deux sanglots.

 Peut-?tre, rpond-il sans se vexer. Mais les monstres vivent longtemps. Alors essuie tes joues et viens. Je vais te montrer ta chambre.

Il me tend la main. Je ne la prends pas, je me rel?ve seule, en mappuyant sur le mur. Il hausse les paules, sans insister, et me guide dans les couloirs qui semblent tous identiques.

Ma chambre est petite, avec un lit fin, une table de bois, une fen?tre qui donne sur une for?t enneige ? perte de vue. Il neige au Vermont, m?me en avril, ce qui me semble absurde apr?s la chaleur de Floride. Il me dit, la main sur la poigne de la porte :

 Demain, ? six heures, premier entra?nement. Ne sois pas en retard, sinon tu vas souffrir. Et crois-moi, je sais exactement ce que cest que de souffrir.

Il sen va sans un mot de plus. Je reste assise sur le lit, je regarde mes mains, longtemps. Des mains normales, avec de petites taches de vernis qui restent de la manucure du bal. Mais le Proviseur a dit que jtais une sorci?re. Alors pourquoi je ne ressens rien de spcial dans ces doigts ? Peut-?tre quils se trompent de personne. Peut-?tre quils vont finir par me rel?cher, une fois lerreur dcouverte.

Mais au fond de moi, une certitude froide sinstalle : je ne reverrai sans doute plus jamais ma m?re, ni Thomas, ni les plages de Floride. Je suis prisonni?re, et je dois tuer une inconnue pour survivre. Cest injuste, mais personne ici ne semble intress par la justice.

Je narrive pas ? dormir. Je regarde le plafond blanc, je compte les minutes sur lhorloge murale. ? cinq heures, je me l?ve, je mets luniforme gris quon a dpos pendant la nuit devant ma porte, pli avec un soin presque militaire. Il est trop grand pour moi, mais je men fiche compl?tement.

Je vais au gymnase, en suivant les panneaux fixs au mur. Cest une salle immense avec des matelas bleus au sol et des cordes suspendues au plafond. Declan est dj? l?, en tenue noire, il schauffe en faisant des pompes rapides, sans effort apparent. Leo arrive en sifflant un air joyeux, compl?tement dcal avec lendroit. Michael est dj? en train de mditer, assis en tailleur, les yeux ferms. Tyler tapote encore sur son ordinateur, adoss contre un mur.

Linstructrice est une femme sv?re au dos tr?s droit, elle sappelle Madame Krauss. Elle nous montre des mouvements de combat sans magie, avec des gestes prcis et secs. Elle dit dune voix qui ne laisse aucune place au doute :

 La magie, cest votre dernier recours. Dabord, vous devez savoir briser un cou avec vos mains, sans hsiter. Declan, montre ? la nouvelle.

Declan sapproche de moi, un lger sourire aux l?vres. Il me dit :

 Ne bouge pas.

Il fait un geste rapide, je ressens une pression soudaine sur mon poignet, et crac ! Ma main est tordue vers larri?re. Je hurle de douleur. Il a dbo?t mon pouce, sans effort, comme un mouvement de routine.

 Tu vois ? ?a fait mal, mais ?a se remet. Maintenant, ? toi de faire pareil sur Leo.

Leo tend la main en ricanant, lair de samuser davance. Je tremble, je ne veux sinc?rement pas faire de mal ? quelquun, m?me ? lui. Mais Declan me pousse doucement dans le dos.

 Fais-le, ou je te casse lautre main.

Je ferme les yeux, jattrape le pouce de Leo, je tire dun coup sec. Je ne sais pas comment, mais ?a marche : il crie de surprise plus que de douleur. Madame Krauss approuve dun hochement de t?te.

 Bien. Tu es lente, mais tu apprends vite pour une dbutante.

Je me sens sale, presque coup able. Pour la premi?re fois de ma vie, jai fait mal ? quelquun expr?s, en connaissance de cause. Leo me regarde avec un sourire bizarre, mlange dadmiration et de moquerie.

 Pas mal, petite. Tu as du potentiel, on dirait.

Declan sapproche encore, il me murmure ? loreille, assez bas pour que Madame Krauss nentende pas :

 Ce nest que le dbut. Demain, tu apprendras ? trangler. Et apr?s, ? tuer avec des mots, ce qui est bien plus difficile que ?a en a lair.

Il dit ?a comme sil parlait du temps quil fait dehors, avec la m?me indiffrence tranquille. Je le dteste pour ?a. Mais en m?me temps, il est le seul, ici, ? me parler comme ? une gale et non comme ? un objet. Les autres mignorent presque totalement, sauf pour me juger du regard.

? midi, on va ? la cantine, une grande salle bruyante avec de longues tables. Les autres tudiants nous vitent comme si nous portions une maladie. On est le Coven Zro, les rebuts de lcole, les condamns en sursis. Personne ne veut sasseoir pr?s de nous, m?me par accident. Declan prend une assiette de steak froid, il mange en silence, le regard perdu dans le vague. Leo raconte des blagues un peu grasses pour dtendre latmosph?re, sans grand succ?s. Michael ne dit toujours rien, concentr sur son assiette. Tyler regarde des crans de code qui dfilent trop vite pour que je comprenne quoi que ce soit.

Moi, je nai pas faim du tout. Je demande ? Declan, en poussant ma fourchette dans mon assiette sans y toucher :

 Pourquoi Amelia Voss sest enfuie ?

Il l?ve les yeux vers moi, comme surpris par la question.

 Parce quelle avait trop de questions. Et ici, les questions tuent, littralement. Elle a dcouvert que Whitehaven ne forme pas des sorci?res pour se dfendre, mais pour servir une organisation secr?te, dans lombre. On est des armes, rien de plus.

 Alors pourquoi tu ne tenfuis pas, toi, si tu sais tout ?a ?

Il sourit, mais son sourire devient triste, presque cass.

 Parce que jai une sCur. Ils la tiennent en otage quelque part, je ne sais m?me pas o? exactement. Si je dsobis, elle meurt dans lheure. Alors je fais le sale boulot, sans discuter.

Je sens mon cCur se serrer dun coup. Il nest pas juste un psychopathe entra?n ? tuer, il est aussi prisonnier, ? sa mani?re, comme moi. Mais cela nexcuse pas tout ce quil fait.

Lapr?s-midi, on a un cours de thorie dans une salle aux murs couverts de schmas. On apprend les types de sorts, les potions, les protections magiques lmentaires. Cest intressant, en un sens, mais je suis puise par cette nuit sans sommeil. Je mendors presque sur mon cahier. Declan me donne un coup de pied discret sous la table.

 Rveille-toi. Demain, on a notre premi?re mission sur le terrain, et ce nest pas le moment de dormir en cours. On va dans une ancienne clinique psychiatrique o? Amelia a laiss une trace, il y a un an. Si tu veux survivre, il faut ?tre concentre, tout le temps.

Je lui demande, curieuse malgr la fatigue :

 Pourquoi tu tiens ? ce que je survive, toi prcisment ? Tu pourrais me laisser mourir, ?a te ferait un concurrent de moins dans cette histoire.

Il plonge ses yeux verts dans les miens, un long moment avant de rpondre.

 Parce que jai besoin de quelquun qui ait encore un peu dhumanit ? c?t de moi, ici. Sinon, je deviens un vrai monstre, compl?tement. Et jai peur de ?a, plus que de mourir.

Cette dclaration me surprend, venant de lui. Je ne mattendais pas ? une telle honn?tet, aussi soudaine. Peut-?tre que derri?re son masque froid, il cache des blessures profondes, comme tout le monde ici, finalement.

La nuit tombe t?t, sur les toits couverts de neige. Je retourne dans ma chambre, puise. Je regarde la neige tomber par la fen?tre, en silence. Je pense ? ma m?re, ? ses mains sur le tissu bleu de ma robe. Elle va sinquiter, elle va appeler la police, mais personne ne la croira, personne ne cherchera franchement. Je suis seule, ? des milliers de kilom?tres de chez moi, avec des gens qui veulent faire de moi une tueuse professionnelle.

On frappe ? ma porte, doucement. Cest Declan. Il tient un petit flacon bleu entre deux doigts.

 Tiens, bois ?a. Cest un calmant, rien de plus. Tu as lair puise, ?a se voit sur ton visage.

 Pourquoi tu es gentil tout ? coup, apr?s aujourdhui ?

 Parce que demain, je vais te mettre en danger, volontairement, et je veux que tu aies confiance en moi avant ?a. Sinon, tu vas paniquer sur le terrain et tout faire rater, pour nous cinq.

Je prends le flacon et je le bois dun trait, sans rflchir davantage. Une chaleur douce envahit peu ? peu mon corps, mes paules se dtendent. Je me sens mieux, malgr tout.

 Merci, dis-je, presque surprise moi-m?me de le penser sinc?rement.

Il sourit, un vrai sourire cette fois, presque humain, sans ironie.

 Dors bien, Ella. Demain, la chasse commence, et il ny aura pas de retour en arri?re possible.

Il part, referme doucement la porte derri?re lui. Je mallonge sur le lit troit. Les paupi?res lourdes, je sombre dans un sommeil agit, peupl de r?ves o? je cours dans une for?t sombre, poursuivie par une ombre qui ressemble trangement ? Declan, et qui, parfois, dans mon r?ve, tend la main pour maider plut?t que pour me rattraper.




Chapitre 2  La clinique abandonne





   2 (15 )


une clinique psychiatrique   

un golem   ( )

un sortil?ge  , 

se mfier  ,  

un pi?ge  

un couloir  

une blessure  

sauver  

un test  , 

les motions  

ressentir  , 

la peur  

la col?re  

le calme  

un clair   (, )

(environ 2995 mots, niveau B1?B2)

Je me rveille en sursaut, le corps couvert de sueur froide malgr la temprature de la chambre. Il fait encore nuit, mais une lumi?re blafarde entre par la fen?tre, rflchie par la neige. La neige tombe toujours, paisse et silencieuse. Mon pouls bat vite dans mes tempes. Jai r?v de Declan, de ses yeux verts, de sa voix froide qui rptait des mots que je narrivais pas ? comprendre. Je secoue la t?te pour chasser cette image. Pourquoi est-ce que je pense encore ? lui, ? peine rveille ?

Je regarde mon rveil pos sur la table de bois : cinq heures du matin, pile. Je dois me prparer sans tra?ner. Aujourdhui, cest notre premi?re mission sur le terrain. Declan a dit quon allait dans une ancienne clinique psychiatrique, l? o? Amelia Voss a laiss une trace, il y a un an. Jai peur, une peur sourde qui me serre le ventre, mais je sais que je nai pas le choix, ici, ? Whitehaven.

Je mets mon uniforme gris, je brosse mes cheveux longs devant un petit miroir fendu et je sors dans le couloir. Les couloirs de lacadmie sont vides et silencieux ? cette heure, clairs seulement par des veilleuses. Seul le bruit de mes pas rsonne sur le sol en marbre froid. Devant la grande porte dentre, Declan est dj? l?, appuy contre le mur, les bras croiss. Il mange une pomme dun air totalement dtach, comme sil attendait un bus et non une mission mortelle.

 Tes en retard, dit-il sans m?me me regarder.

 Il est cinq heures cinq, je rponds, agace.

 ? Whitehaven, cinq heures cinq, cest dj? trop tard. Mais bon, pour ta premi?re fois, je vais faire une exception et te pardonner.

Leo arrive en courant, essouffl, une sacoche en bandouli?re qui rebondit sur son paule. Michael le suit ? pas lents, toujours silencieux, le visage ferm. Tyler est dj? install dans le fourgon, son ordinateur portable ouvert sur les genoux, les yeux fixs sur lcran. Le Proviseur sapproche de nous dun pas mesur, une mallette noire ? la main.

 Vous allez ? lh?pital Ridgewood, dit-il sans prambule. Cest un b?timent abandonn, ferm depuis vingt ans, au milieu dune ancienne zone industrielle. Amelia y a sjourn deux mois avant sa fuite, sous une fausse identit. Nous pensons quelle y a cach un journal ou un objet magique important. Trouvez-le. Et si elle est encore l?, ce dont je doute, tuez-la sans hsiter. Vous avez vingt-quatre heures, pas une de plus.

Declan hoche la t?te, comme si ctait une simple promenade dominicale. Leo rigole nerveusement. Michael ne ragit pas, comme dhabitude. Moi, jai des sueurs froides qui coulent le long de mon dos, malgr le froid extrieur.

On monte dans le fourgon, tasss sur des banquettes dures. Le trajet dure pr?s de deux heures, dans un silence pesant, coup  seulement par le bruit du moteur. Je regarde par la fen?tre : les arbres enneigs dfilent dabord, denses et sombres, puis on arrive peu ? peu dans une zone industrielle, borde dusines rouilles et de grillages tordus. Au bout dune route dfonce, pleine de nids-de-poule, on voit enfin le b?timent : grand, sombre, avec des fen?tres casses qui ressemblent ? des yeux vides. Il y a une cl?ture rouille tout autour et une pancarte ? moiti efface qui dit encore  Interdit dentrer .

Declan saute du vhicule le premier. Il allume une petite lampe torche fixe ? sa ceinture.

 On y va. Restez groups, quoi quil arrive. Tyler, tu dtectes des signes magiques dans le coin ?

Tyler tape rapidement sur son clavier, sans lever les yeux.

 Oui, une faible rmanence magique au sous-sol, assez ancienne. Mais attention, il y a aussi des signes de golems actifs. Ils ont t activs rcemment, dans les derni?res semaines je dirais.

 Des golems ? je demande, sans savoir de quoi il sagit exactement.

Leo ricane, amus par mon ignorance.

 Des statues en argile qui bougent et qui tuent, ? peu pr?s. Tas jamais lu un livre de magie basique, petite ?

 Non, je suis nouvelle, on te la pas dit ?

Declan nous fait taire dun simple geste de la main, sans hausser le ton.

 coutez-moi bien. Les golems prot?gent probablement quelque chose dimportant, sinon on ne les aurait pas envoys ici. Ils ne sont pas tr?s intelligents, mais ils sont extr?mement forts et lents ? se fatiguer. On va les viter, pas les combattre de front. Cest compris pour tout le monde ?

On entre par une porte latrale, presque arrache de ses gonds. Lintrieur est poussireux, lair sent le renferm et la moisissure. Il y a des chaises renverses un peu partout, des papiers jaunis qui tra?nent au sol, des dossiers mdicaux ventrs. Les couloirs sont longs et sombres, clairs seulement par nos lampes. Ma lampe claire des peintures cailles sur les murs, des visages effacs par le temps.

Tyler regarde son cran, dont la lumi?re bleue claire son visage inquiet.

 La signature magique est en bas, au deuxi?me sous-sol, assez profondment. Mais il y a un probl?me : le chemin direct est bloqu par des dbris, un plafond qui sest effondr probablement.

 On passe par les escaliers de service, alors, dit Declan sans hsiter. Suivez-moi, et gardez le silence.

On marche en file indienne, presque colls les uns aux autres. Le silence est lourd, presque physique. Sans prvenir, jentends un grincement derri?re moi, net et proche. Je me retourne dun coup : rien, seulement lobscurit. Mais jai la sensation dsagrable quon nous observe depuis les murs eux-m?mes.

Declan sarr?te net et l?ve la main pour nous stopper.

 Attendez. Il y a quelque chose devant nous.

Une ombre bouge au bout du couloir, massive et lente. On distingue peu ? peu une forme grise, paisse, qui avance sans h?te. Cest un golem, comme Tyler lavait annonc. Il est fait de pierre et dargile compacte, avec des yeux rouges qui brillent faiblement dans le noir. Il mesure facilement deux fois la taille dun homme adulte.

 Ne bougez pas, murmure Declan, la voix ? peine audible. Il fonctionne par vibration, pas par la vue. Si on reste parfaitement immobiles, il ne nous reprera pas.

On retient tous notre souffle en m?me temps. Le golem passe devant nous, ? deux m?tres ? peine, dans un silence de pierre. Je sens mon pouls battre violemment dans ma gorge, pr?te ? trahir ma prsence. Il sarr?te un instant, tourne lentement la t?te vers nous, puis continue son chemin, indiffrent.

Declan souffle, soulag.

 OK, ctait chaud, sinc?rement chaud. Venez, on continue.

On descend les escaliers de service, dont les marches sont partiellement casses ; il faut poser chaque pied avec soin. Au deuxi?me sous-sol, il y a une porte en mtal rouill, ferme par un gros cadenas. Leo sort un petit outil de sa sacoche et croch?te la serrure en quelques secondes seulement, avec une dextrit surprenante.

 Entrez, dit-il fi?rement, en scartant pour nous laisser passer.

La pi?ce est une ancienne salle de soins, avec des lits mtalliques rouills aligns le long des murs, des instruments mdicaux abandonns sur des plateaux poussireux, et au milieu, une petite table sur laquelle repose un journal ouvert, comme oubli l?. Declan le prend dlicatement et lit quelques lignes ? voix haute, dans le silence de la pi?ce.

  Ils mont enferme ici parce que je posais trop de questions. Mais jai fini par trouver la vrit : Whitehaven ne forme pas des guerriers pour protger qui que ce soit, il fabrique des esclaves obissants. Je dois menfuir avant quils ne me volent mon esprit tout entier. 

Cest lcriture dAmelia, fine et nerveuse. Elle tait franchement ici, dans cette pi?ce, elle a crit ces mots avec ses propres mains.

Leo veut prendre le journal pour le feuilleter, mais Declan le range directement dans sa veste intrieure.

 On le garde prcieusement. Maintenant, on cherche dautres indices avant de partir.

Je me prom?ne lentement dans la salle, en observant chaque dtail. Il y a une armoire entrouverte avec des flacons de potions aligns sur une tag?re. Je prends lun deux avec prcaution : il est tiquet  Vrit , lencre presque efface. Peut-?tre quAmelia a dlibrment laiss des indices utiles pour quiconque suivrait sa trace un jour.

Un bruit sourd rsonne soudain dans le couloir. Les golems ont fini par retrouver notre trace, malgr nos prcautions. Deux dentre eux entrent lourdement par la porte que nous venions de franchir, bloquant compl?tement lissue derri?re nous. Leurs yeux rouges nous fixent, sans une once dexpression.

 Merde, dit Leo, la voix sans crier gare tendue. Maintenant, on fait quoi, chef ?

Declan attrape une chaise mtallique et la jette de toutes ses forces sur lun des golems. La chaise se brise en morceaux au contact de la pierre, mais le golem ne recule m?me pas dun centim?tre. Il avance mthodiquement, un bras massif lev au-dessus de sa t?te.

 Courez ! crie Declan, en poussant Leo devant lui.

On se prcipite vers lautre sortie de la pi?ce, mais elle est aussi bloque, cette fois par un troisi?me golem, sorti de nulle part. On est compl?tement pigs entre les murs de bton.

 Utilisez la magie, bon sang ! crie Michael, qui parle enfin depuis le dbut de la matine.

 Je ne sais m?me pas comment faire ! je rponds, la panique montant dans ma voix.

Declan fait un geste rapide et prcis, ses mains silluminent dune lumi?re bleue intense. Il lance un sort qui frappe un golem en plein torse, dans un clair sourd. La crature vacille sous le choc, mais elle ne tombe toujours pas. Elle pousse un grognement de pierre frotte et charge Declan, t?te baisse.

Il esquive de justesse, roule sur le sol poussireux et se rel?ve en une seconde, souple malgr le danger. Leo tire une petite dague en argent de sa botte, mais elle ne fait rien contre la pierre compacte. Michael tente de ralentir les golems avec des sorts de glace lancs du bout des doigts, mais leurs mouvements restent trop lents pour ?tre vraiment utiles maintenant.

Un golem sapproche de moi, indiffrent au chaos ambiant. Son poing de pierre se l?ve, pr?t ? mcraser dun seul coup. Je recule contre le mur froid, je ferme les yeux tr?s fort. Je ne peux pas mourir ici, pas comme ?a, pas apr?s une seule journe dentra?nement.

Mais je ressens tout ? coup une pousse violente sur le c?t. Declan est devant moi maintenant, il me prot?ge de tout son corps, sans hsiter une seconde. Le poing du golem le frappe en plein ? lpaule, il grince de douleur entre ses dents serres. Mais il profite de cet instant pour planter un sortil?ge en pleine lumi?re dans les yeux rouges de la crature. Le golem sarr?te net, comme paralys, puis seffondre soudain en un tas de poussi?re fine.

 Maintenant, pars, vite ! me crie-t-il, une main sur son paule blesse.

Il saisit fermement mon bras et me tire ? travers un trou dans le mur, ouvert par le premier golem quelques minutes plus t?t. On tombe littralement dans un autre couloir, les autres nous suivent de pr?s, dans un bruit de course dsordonne. On court longtemps, sans se retourner, jusqu? ce quon soit certains d?tre hors datteinte des cratures.

On sarr?te enfin dans une salle vide, ? bout de souffle. Je suis compl?tement essouffle, mes jambes tremblent sous mon poids. Declan sappuie contre le mur, il tient fermement son paule blesse. Du sang coule lentement entre ses doigts serrs.

 Tes bless, dis-je, en mapprochant de lui malgr la fatigue.

 Ce nest rien, une simple gratignure, dit-il entre ses dents, visiblement pour minimiser la douleur.

Mais je vois bien que ?a saigne encore, en un filet continu. Je mapproche et jexamine la plaie de plus pr?s. La pierre a dchir sa veste et entaill profondment la peau en dessous. Je dchire un morceau de mon chemisier sans rflchir et je lui fais un bandage serr. Il me regarde avec une surprise sinc?re, presque dsarm.

 Pourquoi tu fais ?a, Ella ?

 Parce que tu mas sauve ? linstant, rponds-je simplement. Je ne vais pas te laisser mourir juste apr?s.

Il sourit faiblement, malgr la douleur vidente sur son visage.

 Tes na?ve, Ella. Mais cest touchant, je dois ladmettre.

Les autres nous rejoignent enfin, essouffls eux aussi. Leo est furieux, il parle fort, trop fort pour lendroit.

 Ctait compl?tement dangereux ! On aurait pu tous y rester ! Declan, taurais d? nous prvenir quil y avait autant de golems dans ce b?timent !

 Je ne savais pas non plus, rpond Declan calmement, sans se justifier davantage. Maintenant, on a le journal, cest lessentiel. On rentre ? lacadmie sans tra?ner.

Mais je ressens alors quelque chose de effectivement bizarre, une sorte de chaleur diffuse dans ma poitrine, qui ne mappartient pas totalement. Je regarde Declan fixement et sans prvenir, je ressens une vague de col?re, de peur, mais aussi de tristesse profonde. Ce ne sont pas mes motions ? moi, jen suis certaine. Ce sont les siennes, comme si elles passaient directement de lui ? moi.

Je le regarde fixement, sans pouvoir dtourner les yeux.

 Tu as peur, dis-je tout bas, presque malgr moi.

Il sursaute franchement, surpris.

 Quoi ? Comment ?a ?

 Tu as peur pour ta sCur, en ce moment prcis. Et tu es en col?re contre toi-m?me parce que tu nas pas pu la protger, aujourdhui comme avant.

Il devient p?le dun coup, presque livide.

 Comment tu sais tout ?a, Ella ?

 Je je le sens, littralement. Je ressens ce que tu ressens, comme si ctait moi.

Il reste muet un long moment, le visage ferm. Puis il se tourne brusquement vers les autres et change de sujet, sans transition.

 On rentre, maintenant. On discutera de tout ?a plus tard, entre nous.

Le retour en fourgon se fait dans un silence complet. Declan ne me regarde pas une seule fois. Il est troubl, ?a se voit ? sa m?choire serre. Moi aussi, je suis profondment trouble. Pourquoi est-ce que je ressens ses motions ? lui, prcisment les siennes ? Est-ce un pouvoir nouveau qui se rveille ? Ou bien un effet secondaire du pacte de sang qui nous lie tous les cinq ?

En arrivant ? lacadmie, sous la neige qui tombe encore, on donne le journal directement au Proviseur, dans son bureau glacial. Il le feuillette lentement, page apr?s page, puis hoche la t?te dun air satisfait.

 Bon travail, pour une premi?re mission. Vous avez trouv des indices utiles pour la suite. Reposez-vous cette nuit, demain on analysera tout ?a en dtail.

On sort de son bureau les uns apr?s les autres. Leo et Michael partent rapidement vers leurs chambres respectives. Tyler sclipse sans un mot, comme dhabitude. Je reste seule avec Declan dans le couloir vide.

 Il faut quon parle, dis-je fermement, en le regardant droit dans les yeux.

Il soupire longuement, rsign.

 OK. Viens avec moi.

Il memm?ne dans une petite salle de classe vide, au bout du couloir. Il ferme la porte derri?re nous et sassoit sur une table, les bras croiss.

 Alors, dis-moi tout. Quest-ce que tu as ressenti exactement, tout ? lheure ?

 Quand tu tes fait frapper par le golem, jai senti ta douleur, mais pas seulement la douleur physique. Jai senti ta col?re intense, ta peur pour ta sCur, et aussi ta solitude, tr?s profonde. Cest comme si je lisais directement dans ton cCur, sans le vouloir.

Il frotte son visage des deux mains, visiblement dpass.

 Merde. Cest un don extr?mement rare, ?a. ?a sappelle lempathie magique, dans les livres anciens. Tu peux capter les motions des autres, surtout quand elles sont tr?s intenses, comme dans le danger. Le Proviseur ne doit absolument pas le savoir, tu mentends. Sil apprend que tu as ce pouvoir prcis, il va sen servir contre toi, ou pire, contre nous tous.

 Pourquoi tu me dis tout ?a, alors ? Tu nes m?me pas mon ami, officiellement.

 Peut-?tre que non, effectivement. Mais je naime pas particuli?rement quon utilise les gens comme des outils. Et toi, tu es beaucoup trop gentille pour devenir une simple arme entre leurs mains.

Il se l?ve et se dirige vers la porte, puis sarr?te sur le seuil, sans se retourner compl?tement.

 Sois prudente, Ella. Cache ce don prcieusement. Et ne le montre ? personne dautre ici, jamais.

Il sort en silence, me laissant seule avec mes penses qui tourbillonnent.

Je reste assise longtemps sur cette table froide. Je touche ma poitrine du bout des doigts. Ce pouvoir est ? la fois effrayant et trangement fascinant. Si je peux ressentir ce que les autres ressentent, je peux peut-?tre mieux les comprendre, deviner leurs intentions avant quils nagissent. Mais en m?me temps, je deviens aussi terriblement vulnrable, expose ? toutes leurs motions sans filtre.

Je me l?ve enfin et je retourne dans ma chambre, puise par cette journe interminable. Je regarde par la fen?tre : la neige tombe toujours, rguli?re et silencieuse. Demain, on analysera le journal en dtail. Peut-?tre quon trouvera enfin des indices prcis sur lendroit o? se cache Amelia.

Mais une question continue de me hanter, plus forte que la fatigue : pourquoi Declan tient-il tant ? me protger, moi prcisment ? Est-ce uniquement parce que je suis utile ? sa mission personnelle ? Ou bien y a-t-il autre chose, de plus compliqu, derri?re ce geste ?

Je ne trouve aucune rponse satisfaisante. Je mallonge sur mon lit troit et je ferme les yeux, puise. Dans mes r?ves confus, je revois Declan, son visage ferm habituellement, mais ses yeux tristes, presque suppliants cette fois. Il a peur, lui aussi, malgr toute son assurance apparente. Peut-?tre quon est tous les deux prisonniers, finalement, chacun ? notre mani?re, dans cette acadmie glaciale.




Chapitre 3  Le journal dAmelia





   3 (15 )


un journal intime   

un indice  , 

une biblioth?que  

un archiviste  

une carte   ()

un refuge  

un mensonge  

la mfiance  , 

une menace  

un soup?on  

la vrit  

se mfier de  

un alli  

une trahison  

un complot  

(environ 2484 mots, niveau B1?B2)

Je me rveille avec une migraine sourde, derri?re les yeux. La nuit a t courte et pleine de cauchemars dsordonns. Dans mes r?ves, les golems me poursuivaient sans jamais me rattraper sinc?rement, et Declan se transformait peu ? peu en statue de pierre, sous mes yeux impuissants. Je me l?ve lentement, je bois un verre deau ti?de au robinet et je regarde par la fen?tre. La neige a enfin cess de tomber, mais le ciel reste gris et lourd, comme un couvercle pos sur toute la valle.

Aujourdhui, nous devons analyser le journal dAmelia avec le Proviseur, dans son bureau. Jesp?re sinc?rement que cela nous donnera des indices utiles sur sa cachette. Mais une partie de moi, plus discr?te, esp?re aussi quon ne la trouvera pas trop vite. Apr?s tout, elle sest enfuie parce quelle avait dcouvert des secrets terribles sur cette cole. Peut-?tre quelle a raison de se cacher, loin de tous ces gens en costume noir.

Je mhabille en vitesse et je vais ? la salle de runion, au bout du couloir principal. Declan est dj? l?, assis ? une grande table en bois massif. Il a lair fatigu, avec des cernes marqus sous les yeux, comme sil navait pas dormi lui non plus. Il ne me regarde pas quand jentre. Leo arrive en faisant du bruit, en tra?nant une chaise sur le sol. Michael et Tyler sont dj? installs, chacun devant son propre ordinateur.

Le Proviseur entre sans frapper, le journal dAmelia ? la main. Il le pose sur la table avec une certaine solennit et louvre directement ? une page marque dun signet.

 Jai lu une partie de ce journal, dit-il de sa voix pose. Amelia y raconte son sjour ? la clinique Ridgewood, mais aussi ses dcouvertes sur lhistoire relle de Whitehaven. Apparemment, elle a trouv des documents secrets dans les archives de lacadmie, en fouillant l? o? elle naurait pas d?. Elle parle dun  refuge  o? elle aurait cach des preuves compromettantes.

Il nous montre une page o? Amelia a dessin une carte, ? la main, avec un trait nerveux. Cest un plan sommaire dun b?timent inconnu, avec des indications crites en latin dans les marges. Il y a une croix rouge trace exactement au milieu du dessin.

 Ce refuge, poursuit le Proviseur, pourrait ?tre un ancien entrep?t situ dans la for?t, ? environ cinquante kilom?tres dici. Vous irez demain matin, t?t. Mais avant cela, je veux que vous tudiiez ce journal dans le moindre dtail. Cherchez des indices sur ce qui sy trouve exactement, et sur les ventuels pi?ges qui pourraient vous y attendre.

Il nous laisse le journal sur la table et sort de la pi?ce sans un mot de plus. Les quelques minutes de silence qui suivent son dpart sont lourdes, presque touffantes. Declan finit par prendre le journal et le feuillette lentement, page apr?s page.

 Il y a beaucoup de passages cods, dit-il en fron?ant les sourcils. Tyler, tu penses pouvoir les dcrypter rapidement ?

Tyler examine attentivement les pages, en zoomant avec son tlphone sur certaines lignes.

 Oui, cest un code relativement simple, bas sur des dcalages de lettres, un syst?me assez ancien en fait. Donne-moi une heure, tout au plus.

 Pendant ce temps, dit Leo avec un sourire en coin, on pourrait aller fouiller les archives nous-m?mes, discr?tement. Peut-?tre quon trouvera des informations que le Proviseur prf?re ne pas nous montrer directement.

Declan hoche la t?te, visiblement daccord avec lide.

 Bonne ide, en effet. Mais il faut ?tre tr?s discrets. Les archives sont surveilles par des camras, ? chaque coin de couloir. Ella, tu viens avec moi, on va faire diversion ? la biblioth?que pendant que Leo et Michael entrent par le c?t.

Je suis surprise quil me choisisse pour ?a, moi la nouvelle, la moins entra?ne du groupe. Mais je ne refuse pas, curieuse de voir comment tout cela fonctionne.

On se spare en deux groupes distincts. Declan et moi, on se dirige vers la biblioth?que principale, un b?timent spar reli par une passerelle vitre. Il marche vite, sans me parler, les mains enfonces dans ses poches. Je ressens malgr moi son motion : il est nerveux, impatient, presque lectrique. Peut-?tre quil a peur de ce quon sappr?te ? dcouvrir dans ces vieux dossiers.

Dans la biblioth?que, il y a plusieurs tudiants qui lisent en silence, penchs sur leurs cahiers. Declan sassoit ? une table pr?s de la fen?tre et prend un livre au hasard sur ltag?re la plus proche. Je fais de m?me, en choisissant un ouvrage sur les potions mdicinales. On fait semblant dtudier attentivement, mais en ralit, on surveille discr?tement les alles pour voir si quelquun nous observe dun peu trop pr?s.

Au bout de dix longues minutes, mon tlphone vibre dans ma poche. Un message de Leo saffiche :  On est entrs sans probl?me, on a trouv des dossiers entiers sur Amelia. On sort dans vingt minutes maximum. 

Declan lit le message par-dessus mon paule et me fait un signe de t?te discret. On reste encore un peu ? la biblioth?que, pour ne pas veiller les soup?ons, puis on finit par quitter les lieux ensemble.

Dans le couloir de retour, il me prend dun coup par le bras et mattire dans une petite alc?ve, ? lcart du passage principal.

 coute-moi, dit-il ? voix basse, presque un murmure. Je sais que tu ressens les motions des autres, ce don trange que tu as. Alors dis-moi franchement : quest-ce que tu ressens en ce moment prcis ? Est-ce que le Proviseur te semble sinc?re, dans tout ce quil nous raconte ?

Je ferme les yeux un instant et je me concentre de mon mieux. Je ne sens pas le Proviseur directement, puisquil nest pas physiquement prsent pr?s de nous. Mais je sens Declan, tr?s nettement : sa peur latente, sa col?re contenue, et aussi une trange douceur inattendue, quand il me regarde comme il le fait maintenant.

 Toi, tu as peur, dis-je doucement. Tu as peur que le Proviseur nous utilise tous comme de simples cobayes, sans nous le dire clairement. Et tu as peur, surtout, pour ta sCur, quelque part.

Il serre les m?choires, un muscle tressaute sur sa joue.

 Oui, exactement. Cest pour ?a que je veux trouver Amelia avant lui, avant que le Proviseur ne mette la main sur elle en premier. Elle sait peut-?tre o? ils cachent ma sCur, elle a peut-?tre des preuves concr?tes. Si on la tue tout de suite, comme prvu, je ne saurai jamais rien de plus.

 Alors on ne la tuera pas, dis-je fermement, presque surprise moi-m?me de ma dtermination soudaine. On la trouvera, on lui parlera calmement, et on la protgera de toutes nos forces.

Il me regarde intensment, un long moment, comme sil cherchait ? valuer ma sincrit.

 Tes srieuse, l? ? Tu veux franchement dsobir aux ordres directs du Proviseur, d?s notre deuxi?me mission ?

 Je veux faire ce qui est juste, tout simplement. Et je pense que toi aussi, au fond de toi.

Il sourit, un sourire fatigu mais parfaitement sinc?re cette fois, sans aucune ironie.

 Tes vraiment na?ve, Ella, compl?tement. Mais peut-?tre que jai justement besoin de ?a en ce moment, de quelquun comme toi ? c?t de moi.

On sort de lalc?ve discr?tement et on rejoint les autres dans une salle vide au sous-sol. Leo et Michael sont l?, avec des dossiers entiers tals sur une grande table mtallique. Tyler est dj? en train de les scanner un par un avec son tlphone.

 Regardez un peu ?a, dit Leo, en tendant plusieurs feuilles. On a trouv les rapports mdicaux complets dAmelia. Elle tait officiellement traite pour des  dlires  et des  hallucinations  rptes. Mais en ralit, ? lire entre les lignes, elle tait victime dexpriences mentales pousses. Lacadmie essayait ouvertement de contr?ler son esprit, de le remodeler.

Je regarde les papiers avec attention. Il y a des graphiques compliqus, des notes manuscrites en marge, des schmas dtaills du cerveau humain, annots de fl?ches. Cest franchement horrible ? voir. Elle a beaucoup souffert, seule, et personne ne la jamais effectivement aide dans cette clinique.

 Et ce nest pas tout, ajoute Michael, dune voix plus grave que dhabitude. On a aussi trouv une liste compl?te dautres tudiants qui ont subi exactement les m?mes traitements, sur plusieurs annes. Certains sont morts pendant les expriences. Dautres ont simplement disparu, sans aucune explication officielle.

Declan se penche sur la liste, ligne par ligne. Son visage devient sans prvenir blanc, presque livide.

 Ma sCur est sur cette liste, dit-il dune voix trangle, presque mconnaissable. Elle est marque comme  disparue , depuis maintenant trois ans, sans aucune autre mention.

Le silence qui suit est lourd, presque solide. Je ressens sa douleur comme si ctait la mienne propre, dans ma poitrine. Je pose doucement ma main sur son bras, sans rflchir.

 On va la retrouver, dis-je avec conviction. Je te le promets, sinc?rement.

Il ne rpond pas tout de suite, mais il ne retire pas son bras non plus, ce qui, venant de lui, en dit long.

Tyler parle soudain, en levant les yeux de son cran :

 Jai fini de dcrypter une partie du journal, pendant que vous discutiez. Amelia mentionne ? plusieurs reprises un endroit appel  La Crypte . Cest apparemment situ sous lacadmie elle-m?me, dans les fondations. Elle dit que l?-bas, il y a un ancien artefact qui pourrait briser le pacte de sang qui nous lie tous les cinq. Si on parvient ? le trouver, on pourrait tous se librer dfinitivement.

 Alors cest ?a notre vritable objectif, dit Declan, avec une nouvelle nergie dans la voix. On doit absolument trouver cette crypte, quel quen soit le prix.

 Mais le Proviseur nous a explicitement dit daller au refuge dans la for?t, objecte Leo, un peu perdu.

 On fera les deux ? la fois, tranche Declan sans hsiter. Dabord, on ira au refuge pour faire semblant de suivre ses ordres ? la lettre. Mais en ralit, on cherchera aussi des indices prcis sur la crypte, discr?tement. Et si on trouve Amelia l?-bas, on ne la tuera pas, quoi quil arrive. On laidera, co?te que co?te.

Les autres hsitent visiblement, changeant des regards, mais ils finissent par accepter lun apr?s lautre. M?me Leo, ? contrecCur, hoche finalement la t?te en soupirant.

La soire tombe doucement sur lacadmie silencieuse. On range soigneusement tous les dossiers et on retourne chacun vers nos chambres respectives. Je suis puise par cette journe dense, mais trangement excite aussi. On a enfin un plan concret, un objectif commun, et pour la premi?re fois depuis mon arrive ici, je me sens un peu moins seule au milieu de tout ce chaos.

Dans le couloir, juste avant que je natteigne ma porte, Declan me rattrape en quelques pas rapides.

 Ella, merci, dit-il simplement. Pour ce que tu as dit tout ? lheure, ? propos de ma sCur.

 De rien, rponds-je, un peu g?ne par sa gratitude sinc?re.

 Je peux te demander un service, un peu particulier ? Ce soir, avant de dormir, viens dans ma chambre un moment. Je veux te montrer quelque chose dimportant pour moi.

Je suis un peu surprise par cette demande inattendue, mais jaccepte sans trop rflchir, pousse par une curiosit que je ne mexplique pas compl?tement.

? onze heures prcises, je frappe doucement ? sa porte. Il ouvre presque aussit?t, en simple t-shirt, les cheveux en dsordre comme sil venait de se passer la main dedans plusieurs fois. Sa chambre est petite, comme la mienne, mais avec des livres empils un peu partout et quelques affiches de groupes de rock accroches au mur. Il me fait asseoir au bord de son lit, sans fa?on.

 Je veux te montrer une photo de ma sCur, dit-il en fouillant dans un tiroir. Elle sappelle Lily. Elle avait seize ans, la derni?re fois que je lai vue.

Il sort une photo froisse de son portefeuille us. Une jeune fille rousse y sourit largement, avec des taches de rousseur sur le nez et les joues. Elle ressemble beaucoup ? Declan, en plus lumineuse, presque insouciante sur cette image fige.

 Elle a t enleve il y a trois ans exactement, dit-il dune voix plus basse que dhabitude. Lacadmie a officiellement racont quelle tait  en stage ? ltranger , pendant des mois. Mais moi, je sais bien quils lont enferme quelque part parce quelle avait dcouvert, elle aussi, la vrit sur ces expriences.

 Et tu veux absolument la sauver, dis-je doucement.

 Oui, compl?tement. Cest pour ?a que jaccepte toutes les missions quon me confie, sans jamais discuter, que je joue depuis trois ans le r?le du tueur parfaitement sans cCur. Pour quils continuent ? me faire confiance aveuglment, et quun jour, peut-?tre, ils finissent par me dire o? elle se trouve.

Il a les yeux brillants dans la faible lumi?re de la chambre, mais il ne pleure pas ouvertement. Il est sans doute trop fier, ou trop entra?n ? se contr?ler, pour se laisser aller ? ?a devant moi.

Je prends sa main dans la mienne, doucement, sans calculer le geste.

 On va la sauver, Declan, tous les deux ensemble. Je te le jure sur tout ce que jai.

Il me regarde longuement, en silence, puis il pose sa t?te sur mon paule, avec une fatigue soudaine et visible. Je sens son souffle rgulier contre mon cou, son poids qui se rel?che un peu. Je ne bouge pas dun centim?tre. Je le laisse simplement se reposer contre moi, quelques minutes.

Il murmure, presque inaudible :

 Pourquoi tu es gentille avec moi, franchement ? Je tai fait mal d?s le premier jour, je tai cass le pouce sans aucune hsitation

 Parce que tu nes pas un monstre, malgr ce que tu voudrais me faire croire. Tu es juste un gar?on qui a tr?s peur, depuis trop longtemps.

Il ne rpond rien ? ?a, mais il serre un peu plus fort ma main dans la sienne, comme pour saccrocher ? quelque chose de stable.

On reste ainsi, immobiles, pendant un long moment. Puis je me l?ve doucement, sans brusquer ce moment fragile.

 Il faut dormir maintenant. Demain, on a une longue journe qui nous attend, avec le refuge et tout le reste.

 Oui, tu as raison, dit-il en se redressant. Merci, Ella, sinc?rement.

Je sors de sa chambre, le cCur battant fort dans ma poitrine, pour des raisons qui nont plus grand-chose ? voir avec la peur cette fois. Je ne sais pas exactement ce qui se passe entre nous deux, ni o? cela nous m?nera. Mais je sais que je commence srieusement ? lui faire confiance, malgr tout ce quil reprsente. Et cest peut-?tre dangereux, terriblement dangereux m?me dans ce lieu, mais cest plus fort que moi ce soir.




Chapitre 4  Le refuge dans la for?t





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un entrep?t  , 

une for?t  

un chemin  , 

se cacher  

un bruit  

un pi?ge  

se blesser  

un cadavre  

une preuve  

une clef  

un passage secret   

la prudence  

un danger  

un clat  , 

se dp?cher  

(environ 2163 mots, niveau B1?B2)

Le lendemain matin, je me rveille avec une trange sensation despoir, presque oublie depuis mon arrive ici. Nous avons enfin un plan, un vrai, et pour la premi?re fois depuis que je suis ? Whitehaven, je ne me sens plus compl?tement impuissante face ? tout ce qui marrive. Je mhabille rapidement, je prends un petit djeuner expdi ? la cantine, ? peine un caf et un morceau de pain, puis je retrouve les autres devant le fourgon, dans le froid du matin.

Declan est dj? l?, le visage ferm comme dhabitude, mais ses yeux me cherchent bri?vement dans la cour. Quand il me voit arriver, il fait un petit signe de t?te, presque imperceptible. Leo, Michael et Tyler montent dans le vhicule sans un mot. Le Proviseur sapproche ? grands pas et nous donne une derni?re instruction, comme chaque fois, sur un ton qui nadmet aucune discussion :

 Le refuge se trouve ? cinquante kilom?tres dici, dans une for?t particuli?rement dense. Il y a l?-bas danciennes installations militaires dsaffectes. Amelia y a probablement cach des documents importants, peut-?tre des preuves. Ramenez-les intacts, et si vous croisez Amelia sur place, neutralisez-la immdiatement. Vous avez vingt-quatre heures, pas une minute de plus.

Il nous remet une carte en papier, dessine ? la main sur certains passages. Apparemment, il ny a aucun signal GPS fiable dans cette rgion recule. Le Proviseur insiste lourdement sur le fait quil faut agir vite, car dautres chasseurs de sorci?res pourraient dj? ?tre sur la m?me piste que nous.

On monte dans le fourgon, chacun ? sa place habituelle. Tyler conduit, Declan est assis ? c?t de lui, moi je suis ? larri?re avec Leo et Michael. Le trajet est particuli?rement cahoteux d?s quon quitte la route principale. La route goudronne devient vite un chemin de terre, puis une piste boueuse qui serpente entre les arbres serrs. La neige a fondu en partie ces derniers jours, et le sol reste dtremp, collant sous les roues.

Leo casse une barre de chocolat en deux et men offre un morceau, sans un mot dexplication particuli?re.

 Tiens, petite. Tu vas avoir besoin dnergie pour la suite, crois-moi.

Je prends le chocolat et je le remercie sinc?rement. Il nest peut-?tre pas aussi mchant quil en a lair en surface, avec ses blagues faciles. Peut-?tre quil cache lui aussi des blessures anciennes, comme tous les autres ici.

Declan se tourne vers nous, une main sur le dossier du si?ge avant.

 coutez-moi une seconde. Le Proviseur nous a parl dun simple entrep?t militaire abandonn. Mais jai vrifi discr?tement les archives hier soir : ce b?timent a en ralit t utilis par lacadmie comme centre de recherche secret, il y a une vingtaine dannes. Amelia a peut-?tre dcouvert des choses prcises l?-bas, ? lpoque.

 Et elle a tr?s bien pu y laisser des pi?ges avant de partir, ajoute Michael, toujours aussi calme dans sa mani?re de parler. Il faudra ?tre prudents ? chaque pas, sans exception.

Tyler gare finalement le fourgon ? lore de la for?t, l? o? la piste devient trop troite pour continuer en vhicule. ? partir dici, on doit poursuivre ? pied, sacs sur le dos. La carte indique un sentier qui m?ne vers une clairi?re isole. On marche en file indienne, Declan ouvrant la marche, Leo fermant la n?tre, moi restant au milieu du groupe, comme protge sans quon me le dise sinc?rement. Le silence de la for?t est pesant, presque total ; seuls les oiseaux au loin et le craquement des branches sous nos bottes viennent troubler ce calme irrel.




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   ,     (https://www.litres.ru/book/raznoe/le-pacte-des-ombres-74431219/)  .

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