March conclu
 


            .        Saint-Clair,    ,    .        .   ,       .

    .        .  ,   ,      .

        ,      .

   .

 .

  ,  2-1.





 

March conclu








MARCH CONCLU

niveau A2-B1






Chapitre 1. La nouvelle l?ve





Vocabulaire du chapitre


la rentre    

l'uniforme (m)   

le lyce priv   

la bourse  

le proviseur   

la salle de classe   

inquiet / inqui?te  

se faire discr?te   

le pass  

promettre  

le silence  

la grille  , 

le portable   

la cour  

se prsenter  

le carton  

le tiroir   ()

la vitrine  

milie Moreau regarde le grand b?timent du lyce priv Saint-Clair depuis la voiture de sa m?re. Le ciel est gris, mais l'immeuble est impressionnant : de vieilles pierres, de hautes fen?tres, une grille noire et un jardin bien entretenu. Devant l'entre, plusieurs l?ves en uniforme discutent tranquillement. Certains descendent de voitures tr?s ch?res.

Elle remarque aussi, un peu plus loin, un grand panneau annon?ant fi?rement les rsultats du baccalaurat de l'anne prcdente : cent pour cent de russite, dont la majorit avec mention. Ce genre de statistique, affiche comme un trophe, ajoute encore ? la pression qu'elle ressent dj? rien qu'en descendant de la voiture.

 On est arrives, dit sa m?re avec un sourire nerveux. Tu es pr?te ?

Ce sentiment d'incertitude, mlang ? une pointe d'espoir fragile, l'accompagnera longtemps durant ces premi?res semaines ? Saint-Clair.

milie ne rpond pas tout de suite. Elle regarde son nouvel uniforme : une veste bleu marine, une jupe grise, une cravate raye. Tout est parfait, trop parfait peut-?tre.

Alors qu'elle cherche la salle 204, milie manque de percuter un professeur qui sort prcipitamment d'une salle voisine, une pile de copies dans les bras.

 Excusez-moi, dit-elle rapidement, en reculant d'un pas.

 Ce n'est rien, dit l'homme avec un sourire bienveillant. Tu es nouvelle, n'est-ce pas ? Je ne t'ai jamais vue dans les couloirs.

 Oui, monsieur. Je m'appelle milie Moreau.

 Bienvenue ? Saint-Clair, milie, dit-il chaleureusement. Je suis monsieur Lambert, j'enseigne les sciences conomiques. Si tu as besoin d'aide pour t'orienter, n'hsite pas ? demander, m?me si ce n'est pas mon cours. Cette gentillesse simple, inattendue en ce premier jour si difficile, rchauffe un peu le cCur d'milie. Elle le remercie timidement avant de reprendre son chemin, se sentant, l'espace de quelques secondes, un peu moins seule dans ce nouvel environnement si intimidant.

 Oui, dit-elle enfin. Je suis pr?te.

Ce jour marquera, d'une mani?re ou d'une autre, le vritable commencement de son histoire ? Saint-Clair.

En ralit, elle ne se sent pas pr?te du tout. Ses mains tremblent lg?rement sur ses genoux, et elle doit se concentrer pour respirer calmement. Mais elle a appris, ces derniers mois, ? cacher parfaitement ce genre de choses.

Elle sort de la voiture et sent immdiatement les regards sur elle. Personne ne la conna?t ici, et c'est exactement ce qu'elle voulait. Un nouveau lyce. Une nouvelle vie. Personne ne sait ce qui s'est pass dans son ancienne cole.

Apr?s les cours du matin, milie doit encore trouver son casier, situ dans un vestiaire aux portes mtalliques bleu marine, assorties aux couleurs du lyce. Une femme de mnage, occupe ? nettoyer le sol, lui indique gentiment le bon numro.

 Merci beaucoup, dit milie.

 Premi?re anne ici ? demande la femme avec un sourire fatigu mais sinc?re.

 Oui, dit milie.

 ?a va aller, ma belle, dit-elle simplement, avant de reprendre sa t?che. Ces quelques mots, prononcs sans grande crmonie, rconfortent trangement milie plus que n'importe quel discours officiel de bienvenue n'aurait pu le faire.

Dans sa t?te, elle repasse en boucle le jour o? elle a quitt son ancienne cole : les cartons empils dans sa chambre, le silence de ses anciens camarades qui ne sont pas venus la saluer, la sensation trange de dispara?tre sans que personne ne le remarque vraiment. Elle avait promis ? ses parents, et surtout ? elle-m?me, que Saint-Clair serait diffrent.

milie a obtenu une place ? Saint-Clair gr?ce ? ses excellents rsultats scolaires et ? une bourse partielle. Ses parents ont conomis pendant des mois pour payer le reste. Ils esp?rent que, dans ce nouvel endroit, leur fille pourra enfin ?tre heureuse.

Elle ressent le poids de cet espoir presque comme une responsabilit supplmentaire, celle de russir co?te que co?te, pour eux autant que pour elle-m?me.

Dans son ancienne cole, tout allait bien au dbut aussi. milie chasse cette pense. Elle ne veut plus y penser. Elle traverse la cour, son sac sur l'paule, et cherche le bureau du proviseur.

En traversant la cour ? la recherche du bureau du proviseur, elle entend deux l?ves discuter avec inquitude d'un contr?le de mathmatiques prvu la semaine suivante, se plaignant de la difficult du programme de terminale. Ce genre de conversation anodine, si banale qu'elle passerait inaper?ue n'importe o? ailleurs, rassure trangement milie : au moins, se dit-elle, les proccupations scolaires restent les m?mes, o? qu'elle aille.

Le lyce est immense. Les couloirs sont larges, les salles de classe modernes, les casiers en bois verni. Tout ici sent le luxe et l'ordre. Des photos d'anciens l?ves cl?bres dcorent les murs : mdecins, avocats, hommes politiques.

Elle remarque aussi une grande vitrine pr?s de l'accueil, remplie de coupes de sport, de mdailles acadmiques et de photos de classes enti?res souriantes. Tout ce prestige l'impressionne autant qu'il l'intimide. Elle se demande si elle sera un jour capable de se sentir vraiment ? sa place dans un endroit pareil.

 Tu dois ?tre milie Moreau, dit une secrtaire souriante. Bienvenue ? Saint-Clair.

Sur le mur du fond de la salle 204, une grande affiche cite une phrase de Victor Hugo sur l'importance de l'ducation, encadre avec soin comme toutes les dcorations de l'tablissement. milie la lit distraitement en attendant que le cours commence, sans se douter que cette salle deviendra, dans les mois ? venir, le th?tre de bien plus d'vnements qu'elle ne l'imagine actuellement.

Elle lui donne un plan de l'cole, un emploi du temps et un badge avec son nom.

milie regarde le badge un instant, son nom imprim en lettres noires bien nettes : milie Moreau, l?ve de terminale. ?a a l'air si simple, crit comme ?a, comme si son pass n'existait pas du tout.

 Ta salle de classe est au deuxi?me tage. Le cours commence dans dix minutes.

La veille au soir, sa m?re avait pass de longues minutes ? repasser son nouvel uniforme, avec un soin presque exagr, comme si un pli mal plac pouvait ? lui seul dterminer le succ?s de cette nouvelle rentre. milie l'avait regarde faire en silence, touche par cette attention mticuleuse qui trahissait, plus que n'importe quel mot, l'espoir sinc?re que ses parents pla?aient dans ce nouveau dpart.

milie la remercie et monte l'escalier, le cCur battant. Elle pense ? une seule chose : rester discr?te. Ne pas attirer l'attention. Ne rien dire sur son pass.

Elle se rp?te cette promesse en silence :  Cette fois, ce sera diffrent. Cette fois, je ne dirai rien. 

Elle remarque, en observant les autres l?ves autour d'elle, la diversit surprenante de leurs origines sociales malgr la rputation huppe de l'tablissement : certains, comme elle, bnficient visiblement de bourses, reconnaissables ? certains dtails discrets, un sac plus us, des chaussures manifestement plus anciennes que celles portes par la majorit. Ce constat, aussi minime soit-il, la rassure lg?rement : elle n'est peut-?tre pas si seule dans sa situation qu'elle ne le croyait en arrivant.

Elle sait que cette promesse est plus facile ? formuler qu'? tenir, mais elle s'y accroche comme ? une boue de sauvetage, la seule chose qui l'emp?che de faire demi-tour et de retourner immdiatement ? la voiture de sa m?re. Elle inspire profondment, redresse les paules, et pousse enfin la porte de la salle de classe.

Devant la salle 204, plusieurs l?ves attendent dj?. Ils parlent fort, rient, montrent leurs tlphones portables. Une fille aux cheveux blonds parfaitement coiffs observe milie de la t?te aux pieds.

milie ralentit le pas, hsitant ? s'approcher du petit groupe, se demandant si elle doit dire quelque chose ou simplement se glisser discr?tement ? l'intrieur de la salle.

 Tu es nouvelle ? demande-t-elle.

 Oui, rpond milie. Je m'appelle milie.

 Moi c'est Clara, dit la fille avec un sourire qui n'atteint pas ses yeux. Bienvenue ? Saint-Clair. Ici, tout le monde se conna?t depuis la maternelle... enfin, presque tout le monde.

milie sent une lg?re tension dans cette phrase, mais elle dcide de ne pas y penser. Elle entre dans la salle et cherche une place libre. Elle en trouve une pr?s de la fen?tre et s'assoit rapidement.

Le couloir menant ? sa salle rsonne du bruit de dizaines de conversations qu'elle ne comprend pas encore, des private jokes, des surnoms, toute une histoire commune ? laquelle elle n'a pas particip. Elle se sent, l'espace d'un instant, comme une trang?re dbarquant au milieu d'un film dj? commenc depuis longtemps.

La salle se remplit peu ? peu. Les l?ves parlent de leurs vacances, de leurs voyages, de nouvelles voitures. milie coute sans participer. Elle regarde par la fen?tre le beau jardin du lyce, essayant de calmer les battements de son cCur.

Le professeur arrive et demande le silence.

 Bonjour ? tous. J'esp?re que vous avez pass de bonnes vacances. Avant de commencer, nous avons une nouvelle l?ve. milie, tu peux te prsenter ?

milie sent tous les regards se tourner vers elle. Sa gorge se serre.

 Bonjour, dit-elle doucement. Je m'appelle milie Moreau. Je viens d'arriver ? Saint-Clair.

 Merci milie, dit le professeur. Installe-toi, nous allons commencer.

Elle s'assoit, soulage que ce moment soit termin. Mais elle sent encore le regard de Clara pos sur elle, curieux et un peu froid.

Elle garde les yeux fixs sur son cahier pendant le reste du cours, esprant que l'attention se dtourne enfin d'elle.

Pendant le cours, milie remarque un gar?on assis au fond de la classe. Il ne prend aucune note. Il regarde son tlphone sous la table, discr?tement. Les autres l?ves semblent le conna?tre tr?s bien ; certains se retournent rguli?rement pour lui parler ou rire avec lui.

Elle ne sait pas encore qui il est. Elle ne sait pas encore que sa vie ? Saint-Clair va bient?t changer ? cause de lui.

? midi, milie dcouvre la cantine pour la premi?re fois : de longues tables en bois, un self-service proposant plusieurs plats, et une odeur de pain chaud qui flotte dans l'air. Elle prend un plateau, hsite devant les choix, puis s'installe seule ? l'extrmit d'une table, pr?s d'une fen?tre. Autour d'elle, les groupes se forment naturellement, comme s'ils existaient depuis toujours. Elle mange rapidement, les yeux baisss sur son assiette, en se rptant que ce n'est qu'un premier jour, que les choses s'arrangeront avec le temps.

Apr?s les cours, milie retrouve sa m?re devant la grille de l'cole.

 Alors ? demande sa m?re, pleine d'espoir. Comment s'est passe ta premi?re journe ?

 Bien, rpond milie avec un sourire forc. Tout va bien.

Elle ne veut pas inquiter sa m?re. Elle ne veut pas parler du regard insistant de Clara, ni du gar?on mystrieux au fond de la classe, ni de la boule d'angoisse qui reste dans son ventre depuis le matin.

 Tu t'es fait des amies ? demande sa m?re, pleine d'espoir, en dmarrant la voiture.

 C'est le premier jour, maman, rpond milie avec un petit sourire fatigu. Laisse-moi le temps.

 Bien s?r, dit sa m?re. Je suis juste... je veux tellement que ?a se passe bien pour toi, cette fois.

 Je sais, dit milie doucement, en regardant par la fen?tre pour cacher son expression.

Dans la voiture, elle regarde le lyce dispara?tre par la fen?tre. Elle se rp?te en silence :  Cette fois, ?a va aller. Cette fois, je ne laisserai rien arriver. 

Le soir, dans sa chambre, milie range ses nouveaux livres et prpare son sac pour le lendemain. Elle pense ? toutes les r?gles qu'elle s'est fixes : ne pas trop parler, ne pas se faire remarquer, ne jamais mentionner son ancienne cole.

Avant de s'endormir, elle prend son ancien carnet, celui qu'elle utilisait dans son ancienne cole, et le range tout au fond d'un tiroir, comme pour enfermer symboliquement cette partie de sa vie. Elle en sort un nouveau, encore vierge, et crit simplement la date du jour sur la premi?re page. Un nouveau dpart, se dit-elle. Vraiment, cette fois.

Elle teint la lumi?re et ferme les yeux, en esprant que Saint-Clair sera vraiment diffrent.

Elle sait que rien n'est encore gagn, que cette journe n'tait qu'un dbut parmi tant d'autres ? venir. Elle se surprend malgr tout ? esprer, contre toute raison, que cette nouvelle cole tiendra enfin sa promesse silencieuse d'un nouveau dpart vritable.

Elle repense, une derni?re fois avant de s'endormir, ? cette journe enti?re passe ? observer plus qu'? vivre, ? mesurer chacun de ses gestes, chacune de ses paroles. Demain, se dit-elle, elle essaiera d'?tre un peu plus elle-m?me. Juste un peu.

Elle ne sait pas encore ? quel point elle se trompe.




Chapitre 2. Saint-Clair





Vocabulaire du chapitre


la salle des professeurs  

populaire  

le r?glement intrieur   

se moquer de   

la cantine  

le carnet  , 

curieux / curieuse  

le clan  , 

remarquer  

viter  

la rputation  

desserr / desserre   ( )

s?r de soi    

chuchoter  

soupirer  

le trophe  

une moue   

Le lendemain matin, milie arrive plus t?t ? l'cole. Elle veut viter la foule devant l'entre et trouver sa salle de classe sans stress. Le lyce Saint-Clair, avec ses couloirs silencieux avant les cours, lui semble presque accueillant.

Elle prend aussi le temps, ce matin-l?, d'observer le tableau d'affichage pr?s de l'entre principale : les rsultats sportifs de l'quipe de rugby du lyce, les annonces du club de th?tre, les photos du dernier voyage scolaire en Italie. Toute une vie collective qui existait dj? bien avant son arrive, et qui continuera bien apr?s, quoi qu'il arrive.

Elle dcouvre peu ? peu l'organisation de l'cole : la cantine immense avec des tables en bois, la salle des professeurs au premier tage, la grande biblioth?que avec ses hautes tag?res. Tout est propre, calme, ordonn.

Chaque dtail nouveau, aussi minime soit-il, s'ajoute peu ? peu ? l'image qu'elle se construit de ce lyce si diffrent du prcdent.

Pendant la pause, milie s'assoit seule dans un coin de la cour, un livre ? la main. Elle prf?re observer avant de parler ? quelqu'un.

Elle dcouvre par hasard, en cherchant un raccourci vers la salle de sport, une petite terrasse extrieure derri?re la biblioth?que, amnage avec quelques tables en bois et des plantes en pot. Deux l?ves y sont installs, plongs dans leurs lectures, sans lui pr?ter la moindre attention. L'endroit, presque secret, loin de l'agitation de la cour principale, lui semble immdiatement prcieux. Elle s'y assoit quelques minutes, savourant ce court moment de tranquillit avant la sonnerie, se promettant d'y revenir d?s que l'occasion se prsentera ? nouveau.

Elle a dcouvert un peu plus t?t la biblioth?que du lyce, une salle immense aux hauts plafonds, avec des ranges de livres qui semblent remonter jusqu'au ciel. Une odeur de vieux papier et de bois cir flotte dans l'air. Elle s'est dj? promis d'y revenir chaque jour, pendant les pauses, loin du bruit et des regards curieux de la cour.

C'est l? qu'elle le voit vraiment pour la premi?re fois : Maxime Delcourt, entour d'un groupe d'l?ves qui rient ? chacune de ses blagues. Il porte son uniforme d'une fa?on un peu nglige, la cravate desserre, la veste ouverte. Il a l'air s?r de lui, presque trop.

Rien, ce jour-l?, ne laissait prsager tout ce qui allait suivre.

Elle se surprend ? l'observer plus longtemps qu'elle ne le voudrait, fascine malgr elle par cette aisance naturelle qu'elle n'a jamais connue, cette facilit ? occuper l'espace sans jamais sembler douter de sa place. Elle se demande ce que ?a doit faire, de traverser la vie avec autant d'assurance, sans jamais avoir ? rflchir ? chaque mot avant de le prononcer.

 Tu le regardes bizarrement, dit une voix derri?re elle.

La, l'une des filles qui accompagnent Clara ce jour-l?, semble hsiter un instant avant de suivre le groupe, lan?ant ? milie un petit sourire presque timide, comme pour s'excuser silencieusement du comportement de Clara. milie ne sait pas encore, ? ce stade, si elle doit y voir un signe encourageant ou une simple politesse sans consquence.

milie sursaute. C'est Clara, accompagne de deux autres filles.

 Je ne le regardais pas, dit milie rapidement.

Le cours d'histoire, donn par un professeur ? la voix pose et mthodique, porte sur les prmices de la rvolution industrielle en Europe. milie, habitue ? prendre des notes exhaustives, remplit rapidement plusieurs pages, pendant que d'autres l?ves, autour d'elle, semblent bien moins concentrs sur le sujet du jour.

 Tout le monde le regarde, dit Clara avec un petit rire. C'est Maxime Delcourt. Son p?re est propritaire de la moiti des immeubles du centre-ville. Il fait ce qu'il veut ici.

 D'accord, rpond milie, qui ne sait pas quoi ajouter.

En passant devant les terrains de sport extrieurs, elle aper?oit l'quipe de rugby en plein entra?nement, dirige par un coach ? la voix tonitruante. Ce genre d'infrastructure, digne d'un petit club professionnel, contraste violemment avec le simple terrain en bitume de son ancienne cole.

Clara s'assoit ? c?t d'elle sans y ?tre invite.

milie sent immdiatement une tension famili?re s'installer dans ses paules, ce rflexe de prudence qu'elle a dvelopp au fil des mois difficiles dans son ancienne cole.

 Alors, dis-moi, tu viens d'o? exactement ? Pourquoi tu as chang de lyce en cours d'anne ?

Ce soir-l?, dans son nouveau carnet encore presque vierge, elle note quelques observations sur sa premi?re vraie journe : les noms de quelques professeurs, la position de la biblioth?que, et, tout en bas de la page, presque comme une note ? elle-m?me, le nom de Maxime Delcourt, suivi d'un simple point d'interrogation.

milie sent son cCur se serrer. Elle a prpar une rponse simple, sans dtails.

 Mes parents voulaient un meilleur lyce pour moi, dit-elle. C'est tout.

Elle repense, en fin de journe, ? la remarque de Clara sur les gens qui se connaissent depuis la maternelle. Elle se demande combien de temps il lui faudra, elle aussi, pour tisser ne serait-ce qu'une fraction de ces liens qui semblent si naturels et vidents pour tous les autres l?ves de sa classe.

 Mmh, fait Clara, pas vraiment convaincue. Et ton ancienne cole, c'tait comment ?

milie sent son estomac se nouer lg?rement face ? cette question, redoutant dj? o? pourrait mener la conversation si elle n'y met pas fin rapidement.

 Normale, rpond milie. Rien de spcial.

Elle esp?re que Clara va changer de sujet, mais celle-ci continue ? poser des questions, sur ses amis, sur ses notes, sur pourquoi elle a une bourse. milie rpond le moins possible, avec des phrases courtes.

Elle observe aussi, avec un mlange de fascination et de malaise, la facilit avec laquelle certains l?ves passent d'un groupe ? l'autre, saluant tout le monde, connus de tous, alors qu'elle-m?me peine encore ? retenir les prnoms de ses camarades de classe.

 Tu joues d'un instrument ? Tu fais du sport ? continue Clara, encha?nant les questions sans laisser ? milie le temps de respirer.

 Je lis beaucoup, rpond milie prudemment.

 Ah, dit Clara avec une moue ? peine dissimule, comme si cette rponse confirmait quelque chose qu'elle soup?onnait dj?. Original.

Heureusement, la sonnerie interrompt la conversation.

 On se reparle plus tard, dit Clara avec un sourire qui ne rassure pas du tout milie.

En cours d'histoire, milie est place juste devant Maxime. Elle l'entend chuchoter avec son voisin, rire doucement, ignorer compl?tement le professeur.

Elle essaie de ne pas se laisser distraire par ces murmures constants derri?re elle, concentrant son attention sur son cahier, m?me si une partie d'elle reste malgr tout curieuse de ce qui les fait autant rire.

 Monsieur Delcourt, dit le professeur d'une voix fatigue. Vous m'coutez ?

 Toujours, monsieur, rpond Maxime avec un sourire charmeur.

Toute la classe rit. Le professeur soupire et continue son cours sans insister. milie remarque que personne ne semble surpris. C'est comme si Maxime avait le droit de faire ce qu'il veut, sans consquence.

milie observe ce jeu silencieux entre Maxime et le professeur avec une certaine fascination. Dans son ancienne cole, un tel comportement aurait t puni immdiatement. Ici, tout semble fonctionner selon des r?gles diffrentes, des r?gles qu'elle ne comprend pas encore tout ? fait.

? la fin du cours, en rangeant ses affaires, milie laisse tomber son stylo. Avant qu'elle ne puisse le ramasser, une main le fait pour elle.

 Tiens, dit Maxime en lui tendant le stylo.

 Merci, dit milie, surprise.

Elle range rapidement le stylo dans sa trousse, comme pour effacer toute trace de ce court instant de g?ne.

Il la regarde un instant, comme s'il essayait de la reconna?tre, puis il hausse les paules et rejoint ses amis sans un mot de plus.

milie reste immobile quelques secondes, le stylo dans la main. Elle ne sait pas pourquoi, mais ce court moment la trouble lg?rement.

Ce soir-l?, en repensant ? sa journe, elle se surprend ? sourire lg?rement en se rappelant ce geste simple. Elle se gronde intrieurement : elle est ici pour tudier, pas pour remarquer les petites attentions d'un gar?on populaire qu'elle conna?t ? peine.

Le reste de la journe se passe sans incident. milie assiste ? ses cours, prend des notes soigneusement, mange seule ? la cantine, en observant les diffrents groupes d'l?ves : les sportifs, les musiciens, les premiers de la classe, et le groupe de Clara et Maxime, toujours au centre de l'attention.

Elle remarque aussi, avec un peu d'tonnement, qu'aucun des professeurs ne semble s'inquiter de la voir toujours seule. ? Saint-Clair, l'excellence scolaire semble compter plus que le bien-?tre social des l?ves, du moins en apparence.

En rentrant chez elle, milie pense ? cette premi?re vraie journe ? Saint-Clair. Les questions de Clara l'inqui?tent un peu, mais elle se dit que c'est normal, que tout le monde est curieux au dbut.

La journe, somme toute, ne s'est pas si mal passe, se dit-elle en teignant sa lampe de chevet. Elle referme les yeux avec l'trange sentiment d'avoir survcu ? quelque chose, sans savoir encore exactement ? quoi.

Elle se couche ce soir-l? en repensant ? ce stylo tendu par Maxime, ? ce geste minuscule qui, contre toute logique, continue d'occuper une place disproportionne dans ses penses.

Elle ne sait pas encore que la curiosit de Clara ne va pas s'arr?ter l?.




Chapitre 3. Une photo





Vocabulaire du chapitre


publier  

le groupe de discussion   

la rumeur  

g?nant / g?nante  

dcouvrir  

effacer  , 

la honte  

le message  

partager  

la panique  

cacher  

deviner  

la lgende (photo)   ( )

dform / dforme  

inaudible  

dessiner  

le carnet ? dessin    

Quelques jours passent. milie commence ? se sentir un peu plus ? l'aise ? Saint-Clair. Elle a trouv sa place ? la biblioth?que pendant les pauses, loin du bruit de la cour. Elle pense parfois que, peut-?tre, cette fois, tout ira bien.

La matine avait pourtant si bien commenc : un expos russi en cours de fran?ais, un sourire chang avec In?s en passant devant la biblioth?que, l'impression fragile que les choses commen?aient enfin ? s'arranger.

Mais un mardi matin, tout change.

Ce genre de moment, aussi bref soit-il, laisse toujours une trace plus profonde qu'on ne le voudrait.

En arrivant devant sa salle de classe, milie remarque immdiatement que quelque chose ne va pas. Plusieurs l?ves la regardent et chuchotent en m?me temps. Certains sourient d'une fa?on trange, presque cruelle.

Ce soir-l?, avant de s'endormir, elle ouvre malgr elle sa conversation avec Lna, sa meilleure amie de son ancienne cole, celle avec qui elle partageait tout avant que tout ne s'effondre. Le dernier message, envoy plusieurs semaines auparavant, reste sans rponse. Elle referme l'application sans rien crire de plus, comprenant une fois de plus que cette amiti, comme tant d'autres choses de son ancienne vie, ne survivra probablement pas au dmnagement.

 Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-elle ? voix basse, en s'approchant de sa place.

Personne, ? cet instant prcis, ne mesurait encore les consquences de ce simple message partag.

Personne ne lui rpond directement. Une fille de la classe, La, lui tend son tlphone sans un mot.

Elle passe une partie de la soire ? dresser mentalement une liste de suspects possibles : Clara, videmment, en t?te de liste, mais aussi certains de ses amis, ou m?me un simple l?ve cherchant ? se faire remarquer en partageant un scandale qui ne le concerne pas. Cette recherche silencieuse, aussi vaine soit-elle, lui donne au moins l'impression de reprendre un peu de contr?le sur une situation qui, autrement, lui chappe compl?tement.

Sur l'cran, milie voit une photo. Une vieille photo d'elle, prise dans son ancienne cole, avec un message mchant crit ? c?t, publi dans le groupe de discussion de la classe. La lgende parle de son ancienne cole, de la raison pour laquelle elle est partie, avec des dtails dforms et exagrs.

Le cCur d'milie s'arr?te un instant.

Ce matin-l? encore, avant de partir pour le lyce, son p?re lui avait souhait une bonne journe avec un sourire confiant, convaincu que les choses allaient enfin s'arranger pour sa fille. Ce souvenir, tout simple soit-il, rend la journe qui suit encore plus difficile ? supporter pour milie.

Pendant une seconde, la salle enti?re semble tourner autour d'elle. Elle a l'impression de revivre exactement le m?me instant que des mois plus t?t, dans une autre salle de classe, avec d'autres visages, mais la m?me sensation de trahison et d'humiliation.

 O?... o? avez-vous trouv ?a ? demande-t-elle, la voix tremblante.

Sa voix se brise lg?rement sur les derniers mots, trahissant une panique qu'elle ne parvient plus ? cacher compl?tement.

 Quelqu'un l'a trouve sur internet, dit La, presque dsole. Ce n'est pas moi qui l'ai publie.

Le professeur d'anglais, remarquant la nervosit inhabituelle de sa classe ce jour-l?, fronce lg?rement les sourcils sans toutefois chercher ? en comprendre la cause, poursuivant son cours comme si de rien n'tait.

milie regarde autour d'elle. Clara, un peu plus loin, observe la sc?ne avec un sourire satisfait, sans rien dire. milie comprend immdiatement.

Ce sourire silencieux, plus que n'importe quelle parole, confirme ? milie tout ce qu'elle avait dj? devin sans oser se l'avouer compl?tement.

Elle sent la panique monter en elle. Tout ce qu'elle voulait viter, tout ce qu'elle avait espr laisser derri?re elle, est maintenant affich devant toute la classe.

Un gar?on assis non loin, qu'elle n'a jamais remarqu auparavant, marmonne ? l'attention de ses voisins :

 C'est vraiment pas cool, ce que vous faites. Personne ne lui rpond, mais milie, qui a entendu malgr elle, garde ce court commentaire prcieusement, comme une preuve que tout le monde, ? Saint-Clair, ne partage pas la cruaut ambiante.

 Ce n'est pas ce que vous croyez, dit-elle doucement, mais sa voix est presque inaudible dans le bruit des chuchotements.

Le professeur arrive et demande le silence. Les l?ves rangent rapidement leurs tlphones, mais les regards et les sourires moqueurs restent.

Elle se demande, en repensant ? toute cette journe, si elle aurait d? ragir diffremment, rpondre quelque chose, n'importe quoi, plut?t que de rester silencieuse comme elle l'a toujours fait. Mais les mots, comme toujours dans ce genre de moment, lui avaient manqu au moment prcis o? elle en aurait eu le plus besoin.

Elle se souvient, avec une clart douloureuse, du jour exact o? cette m?me photo avait t prise, dans la cour de son ancienne cole, un jour ordinaire, sans qu'elle se doute un instant qu'elle referait un jour surface dans un endroit aussi loign.

Pendant tout le cours, milie fixe son cahier sans russir ? se concentrer. Elle entend des murmures derri?re elle, des petits rires touffs. Elle sent son visage devenir rouge.

Elle griffonne des mots sans queue ni t?te sur son cahier, incapable de suivre la moindre explication du professeur, uniquement concentre sur l'effort de ne pas s'effondrer devant tout le monde. Chaque minute qui passe lui semble durer une ternit, et elle guette la sonnerie comme une dlivrance.

? la pause, elle se rfugie dans les toilettes, ferme la porte d'une cabine et respire profondment. Elle ne veut pas pleurer ici, pas maintenant.

 Encore une fois,  pense-t-elle.  ?a recommence encore une fois. 

Elle repense ? toutes les techniques qu'elle avait apprises pour survivre dans son ancienne cole : ne jamais ragir, ne jamais pleurer devant les autres, toujours garder un visage neutre. Elle les remet en pratique presque automatiquement, comme des rflexes qu'elle n'a jamais vraiment perdus.

Elle repense ? son ancienne cole, aux mois de moqueries, aux messages cruels, ? la peur d'aller en cours chaque matin. Elle pensait avoir laiss tout ?a derri?re elle en changeant de lyce. Elle s'tait trompe.

Quand elle sort enfin des toilettes, elle croise le regard de Maxime dans le couloir. Il ne dit rien, mais il la regarde plus longtemps que d'habitude, comme s'il avait entendu parler de la photo, lui aussi.

milie baisse les yeux et continue son chemin, le cCur lourd.

Le reste de la journe, elle sent les regards sur elle partout : dans les couloirs, ? la cantine, m?me dans le bus du retour. Personne ne lui parle directement, mais elle sait que tout le monde a vu la photo, ou du moins en a entendu parler.

Elle essaie de se concentrer sur autre chose, sur ses cours, sur les devoirs ? faire, mais son esprit revient sans cesse ? cette photo, ? ce message, ? la certitude gla?ante que son pass vient de la rattraper, une fois de plus.

En rentrant chez elle, sa m?re lui demande, comme d'habitude, comment s'est passe sa journe.

 Bien, rpond milie, avec un sourire fatigu. Comme d'habitude.

Elle monte directement dans sa chambre, ferme la porte et s'assoit sur son lit. Elle prend son tlphone et regarde ? nouveau la photo, le message cruel, les quelques commentaires ajouts par certains l?ves.

Elle efface l'application, comme si cela pouvait effacer aussi ce qui vient de se passer.

Le sommeil tarde ? venir, son esprit refusant de l?cher prise sur les vnements de la journe. Elle se dit, avant de sombrer enfin, que demain sera forcment diffrent, m?me si une partie d'elle n'y croit qu'? moiti.

La nuit tombe sans qu'elle ait vraiment avanc dans ses devoirs, son cahier rest ouvert ? la m?me page depuis des heures, son esprit occup ailleurs, bien loin des exercices de mathmatiques qui l'attendent.

Le geste, aussi symbolique soit-il, ne suffit videmment pas ? calmer le tumulte qui continue d'agiter son esprit.

Elle sait, au fond d'elle, que ce n'est que le dbut.

Le lendemain, en arrivant un peu plus t?t ? la biblioth?que pour viter les regards, elle trouve une fille qu'elle n'a jamais vraiment remarque, assise seule ? une table pr?s de la fen?tre, en train de dessiner dans un carnet.

 Tu es milie, non ? demande la fille, sans lever compl?tement les yeux de son dessin. Moi c'est In?s. On est dans la m?me classe d'anglais.

 Oui, dit milie, surprise qu'on lui adresse la parole gentiment pour une fois.

 J'ai vu ce qui s'est pass avec la photo, dit In?s doucement. C'est vraiment nul. Les gens ici peuvent ?tre horribles quand ils s'ennuient.

milie ne sait pas quoi rpondre, mais elle sent, pour la premi?re fois depuis son arrive ? Saint-Clair, qu'elle n'est peut-?tre pas compl?tement seule.

 Merci, dit-elle simplement.

 Tu peux t'asseoir ici, si tu veux, propose In?s avec un lger sourire. Je ne mords pas.

milie hsite un instant, puis s'installe timidement ? la table. Ce n'est qu'un petit geste, mais il compte plus qu'elle ne saurait le dire.




Chapitre 4. Encore une fois





Vocabulaire du chapitre


harceler  , 

cacher (des affaires)   ()

le casier  

ignorer  

se taire  

la solitude  

pleurer  

se sentir mal    

garder le silence   

mentir  

la peur  

recommencer   

la fatigue  

le cadenas   

puis / puise  

l'?lot (m)  

dlibrment  

Les jours suivants sont difficiles. La photo et le message ont fait le tour de la classe, puis du niveau entier. milie sent maintenant des regards partout o? elle va.

Les moqueries, comme une maladie sournoise, semblent se propager plus vite qu'milie n'aurait pu l'imaginer, touchant des l?ves qu'elle n'avait encore jamais croiss, qui la regardent maintenant avec une curiosit malsaine dans les couloirs.

Les moqueries commencent doucement, presque invisibles au dbut. Un rire moqueur quand elle rpond en cours. Un commentaire chuchot quand elle passe dans le couloir. Puis, peu ? peu, cela devient plus direct.

Elle apprend, malgr elle, ? vivre avec cette tension permanente, comme un bruit de fond auquel on finit par s'habituer sans jamais vraiment s'y rsigner.

Un matin, en arrivant ? son casier, milie dcouvre que son cadenas a t chang. Elle essaie plusieurs fois son code, sans succ?s.

Le professeur d'ducation physique, monsieur Roux, remarque bien, sans jamais rien dire, qu'milie est systmatiquement la derni?re choisie pour les quipes. Il hsite parfois ? intervenir, avant de se raviser, se disant que ce genre de dynamique sociale finit toujours par se rsoudre d'elle-m?me. milie, de son c?t, ne s'attend ? aucune aide de ce c?t-l?, ayant depuis longtemps appris ? ne compter que sur elle-m?me dans ce genre de situation.

 Besoin d'aide ? demande une voix moqueuse derri?re elle.

Chaque jour semblait ajouter une pierre de plus ? cet difice fragile qu'elle tentait de maintenir debout.

C'est Clara, accompagne de ses amies, qui observe la sc?ne avec un sourire satisfait.

Un jour, In?s propose spontanment de raccompagner milie jusqu'? l'arr?t de bus, prolongeant ainsi leur temps ensemble au-del? des murs de la biblioth?que.

 ?a te drange pas ? demande In?s.

 Non, dit milie, surprise et touche par cette attention simple. Pas du tout. Elles marchent en silence pendant une bonne partie du trajet, un silence confortable, tr?s diffrent de tous les autres silences pesants qu'milie a connus ces derni?res semaines.

 Qu'est-ce que tu as fait ? demande milie, essayant de garder son calme.

 Moi ? Rien du tout, rpond Clara, innocente. Peut-?tre que tu as juste oubli ton code.

Les jours raccourcissent rapidement en cette fin octobre, et une pluie fine commence ? tomber rguli?rement sur la cour du lyce, assortissant parfaitement son humeur maussade ? celle du ciel gris qui s'tend au-dessus de Saint-Clair.

milie sait que ce n'est pas vrai, mais elle n'a aucune preuve. Elle dcide finalement d'aller voir le gardien, qui l'aide ? ouvrir le casier avec un outil spcial. ? l'intrieur, ses affaires sont en dsordre, certaines pages de son cahier sont froisses.

Le gardien, un homme ?g au visage bienveillant, lui propose gentiment de signaler l'incident, mais milie refuse poliment, prfrant ne pas attirer davantage l'attention sur elle.

Elle range tout en silence, sans rien dire ? personne.

Dans sa chambre, entoure de ses cahiers ouverts sur son bureau, milie peine ? se concentrer sur ses exercices de physique, son esprit sans cesse ramen aux vnements de la journe, malgr tous ses efforts pour les ignorer.

In?s, qu'elle recroise ? la biblioth?que les jours suivants, devient peu ? peu une prsence rguli?re dans son quotidien. Elles ne parlent pas beaucoup, mais In?s a une fa?on tranquille d'?tre l?, de proposer une place ? c?t d'elle sans poser de questions, qui apaise un peu la solitude d'milie.

Les jours suivants, les petites humiliations continuent. Des messages anonymes apparaissent dans le groupe de discussion de la classe, avec des blagues sur son ancienne cole. Pendant les cours de sport, personne ne veut ?tre dans son quipe. ? la cantine, quand elle s'assoit ? une table, les l?ves autour se l?vent discr?tement pour aller ailleurs.

Certains professeurs remarquent bien un changement dans son comportement, cette mani?re de toujours s'asseoir au premier rang, de ne jamais lever la main, de partir d?s la sonnerie sans un mot ? personne. Mais personne ne pose vraiment de questions, et milie ne cherche pas ? en provoquer.

milie apprend vite ? devenir invisible. Elle mange rapidement, seule, la t?te baisse. Elle vite les couloirs bonds. Elle range ses affaires en dernier, pour ne croiser personne au vestiaire.

Un soir particuli?rement difficile, elle va jusqu'? sortir un sac de sport de son placard, envisageant srieusement de tout abandonner, de convaincre ses parents de la rinscrire ailleurs. Mais elle range finalement le sac, consciente qu'un nouveau dmnagement ne garantirait en rien une situation diffrente, et que fuir, une fois de plus, ne rsoudrait probablement rien de fondamental.

Une fois, pourtant, une exception : In?s s'assoit dlibrment ? c?t d'elle ? la cantine, ignorant les regards surpris des autres l?ves.

 Ils ne me font pas peur, dit-elle simplement en haussant les paules, avant de commencer ? manger comme si de rien n'tait.

milie ne sait pas comment la remercier pour ce petit acte de courage tranquille.

Chaque soir, elle rentre chez elle puise, non pas physiquement, mais motionnellement. Chaque sourire forc, chaque  tout va bien  qu'elle dit ? sa m?re lui co?te un peu plus d'nergie.

Elle dveloppe, sans m?me s'en rendre compte, tout un arsenal de petites stratgies de survie : changer d'itinraire pour viter certains couloirs, arriver quelques minutes en avance pour choisir une place isole, garder toujours un livre ? porte de main comme prtexte ? ne parler ? personne.

Elle a l'impression de jouer un r?le du matin au soir, un r?le puisant qui ne lui laisse aucun rpit, pas m?me dans l'intimit de sa propre maison, o? elle continue de sourire pour rassurer des parents qui n'imaginent pas ? quel point la situation s'est dj? dgrade.

 Tu es s?re que tout va bien ? l'cole ? lui demande sa m?re un soir, inqui?te. Tu sembles fatigue ces derniers temps.

Elle commence, sans vraiment s'en rendre compte, ? perdre un peu d'apptit, sautant parfois le djeuner simplement pour viter la cantine et ses regards indiscrets. Personne, pour l'instant, ne semble remarquer ce dtail, pas m?me ses parents, trop rassurs par ses sourires soigneusement entretenus chaque soir.

 Je m'adapte, c'est tout, rpond milie. Nouveau lyce, nouveau rythme.

Le mensonge sort plus facilement qu'elle ne le voudrait, presque naturellement, comme si elle s'tait entra?ne toute sa vie ? dire exactement ce que les autres avaient besoin d'entendre.

Elle ne veut pas inquiter ses parents. Ils ont fait tellement d'efforts pour l'inscrire ? Saint-Clair, ils ont conomis, ils esp?rent tellement que cette nouvelle cole sera la solution ? tous ses probl?mes. Elle ne veut pas leur dire que la m?me histoire recommence.

Elle se rp?te, presque comme une pri?re :  ?a va passer. Il faut juste tenir. ?a va passer. 

Elle pense aussi ? In?s, ? ce petit ?lot de gentillesse au milieu de tout ce chaos, et se dit que peut-?tre, cette fois, elle n'est pas compl?tement seule ? affronter la situation, m?me si elle n'ose pas encore vraiment y croire.

Mais au fond d'elle, une petite voix lui dit que ce n'est pas si simple. Que le silence ne suffit pas toujours ? arr?ter les gens comme Clara.

Cette petite voix, aussi discr?te soit-elle, refuse obstinment de se taire compl?tement, m?me quand milie essaie de l'ignorer.

Un jour, en sortant du cours de mathmatiques, elle entend clairement deux filles parler d'elle juste derri?re son dos, sans se cacher.

 Tu as vu comment elle s'habille ? Elle porte les m?mes chaussures depuis la rentre.

 Normal, avec une bourse, elle ne doit pas avoir beaucoup d'argent.

Elles rient. milie continue ? marcher, le visage br?lant de honte, sans se retourner.




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