La Louve blanche
 


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La Louve blanche



La Louve Blanche




Chapitre 1 : La reine du lyce





Vocabulaire thmatique


le lyce  ,  

la pom-pom girl  

l'entra?nement (m)  

le terrain de foot   

la popularit  

les gradins (m, pl)  

la routine (de danse)   , 

la capitaine (de l'quipe)   ()

le vestiaire  

les projecteurs (m, pl)  ,  

l'admiration (f)  

le couple parfait   

la rivale  

chuchoter  

avoir h?te de   ,   

Chlo Bennett ouvrit les yeux une seconde avant que son rveil ne sonne. Elle n'avait jamais besoin de l'alarme, mais elle la laissait quand m?me sonner, juste pour le plaisir d'appuyer sur le bouton et de commencer la journe comme il fallait. La lumi?re d'octobre entrait doucement par les rideaux blancs de sa chambre et dessinait des lignes p?les sur le tapis. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, les yeux fixs sur le plafond, et elle pensa exactement ce qu'elle pensait presque tous les matins depuis trois ans : sa vie tait en train de se drouler exactement comme elle l'avait imagine.

Elle se leva, s'tira, et se dirigea vers le miroir de sa salle de bain. Ses longs cheveux blond dor tombaient jusqu'? sa taille, m?me apr?s une nuit de sommeil, et ses yeux bleus, tr?s clairs, presque transparents ? la lumi?re du matin, la regardaient avec cette assurance tranquille qu'elle avait fini par considrer comme normale. Elle n'tait pas prtentieuse, du moins elle ne le pensait pas. Elle avait simplement grandi en sachant que les gens la remarquaient quand elle entrait quelque part, et elle avait appris ? vivre avec ce fait comme on vit avec la couleur de ses yeux : sans vraiment y rflchir.

Sa m?re l'appela depuis la cuisine. Chlo descendit l'escalier en enfilant sa veste d'uniforme, celle avec le grand B noir et blanc de Bellwood High sur la poitrine, et elle attrapa un toast au passage.

 Tu as ton sac de sport ? demanda sa m?re sans m?me lever les yeux de son ordinateur portable.

 Toujours, rpondit Chlo. L'entra?nement commence ? sept heures, tu le sais bien.

 Et Ethan passe te chercher ?

 Dans dix minutes.

Sa m?re sourit, ce sourire un peu fier qu'elle avait chaque fois qu'elle regardait sa fille partir pour le lyce. Chlo savait que, pour ses parents, elle reprsentait une sorte de russite silencieuse : la fille populaire, la capitaine des pom-pom girls, celle qui avait un petit ami parfait et un avenir qui semblait dj? tout trac. Personne dans la famille ne posait jamais de questions sur ce qu'elle voulait vraiment faire apr?s le lyce, parce que tout le monde supposait, y compris elle-m?me, que la rponse tait vidente : elle continuerait ? briller, quelle que soit la direction qu'elle prendrait.

La voiture d'Ethan Walker s'arr?ta devant la maison exactement ? l'heure. Il klaxonna deux fois, un vieux rituel entre eux depuis le dbut de leur relation, et Chlo sortit en courant, son sac de sport sur l'paule. Ethan portait son sweat-shirt de l'quipe de football amricain, celui avec son numro dans le dos, et il avait ce sourire dcontract qui faisait toujours battre un peu plus vite le cCur des filles de premi?re anne. Il se pencha pour l'embrasser rapidement avant qu'elle ne monte dans la voiture.

 Tu es pr?te pour la nouvelle routine ? demanda-t-il en dmarrant.

 Je l'ai rpte hier soir devant mon miroir jusqu'? minuit, dit Chlo en riant. Madison va ?tre jalouse.

 Madison est toujours un peu jalouse de toi, rpondit Ethan avec un sourire. C'est difficile de ne pas l'?tre.

Chlo ne rpondit rien, mais elle sourit intrieurement. Ce genre de phrase, elle l'entendait depuis si longtemps qu'elle avait cess de la remarquer vraiment. Elle faisait simplement partie du dcor de sa vie, comme les casiers bleus du couloir principal ou le drapeau de l'quipe accroch au-dessus de l'entre du lyce.

Quand ils arriv?rent sur le parking de Bellwood High, plusieurs l?ves les salu?rent de loin. Un groupe de filles de terminale, assises sur le capot d'une voiture, agit?rent la main dans leur direction. Deux gar?ons de l'quipe de football tap?rent dans la main d'Ethan en passant. Chlo avan?a dans le couloir principal avec cette dmarche presque automatique qu'elle avait dveloppe au fil des annes, celle qui disait, sans un mot, qu'elle savait exactement qui elle tait et o? elle allait.

Chlo ! cria une voix derri?re elle.

Elle se retourna et vit Madison Clark courir vers elle, ses cheveux bruns attachs en une queue de cheval parfaite. Madison faisait aussi partie de l'quipe de pom-pom girls, et malgr ce qu'Ethan avait dit dans la voiture, Chlo la considrait sinc?rement comme une amie, m?me si elle sentait parfois, sans vraiment y pr?ter attention, une certaine tension entre elles.

 Tu as vu le tableau d'affichage ? demanda Madison, essouffle. L'entra?neuse a mis un mot pour la comptition rgionale. On doit ?tre parfaites la semaine prochaine.

 On sera parfaites, rpondit Chlo avec confiance. On l'est toujours.

Madison rit, mais Chlo remarqua, l'espace d'une seconde, quelque chose dans son regard qu'elle n'aurait pas su nommer. De l'admiration, peut-?tre. Ou autre chose. Elle n'y pensa pas plus longtemps ; la sonnerie venait de retentir, et elles se dirig?rent ensemble vers leur premier cours.

La matine passa comme toutes les matines passaient ? Bellwood High : les professeurs parlaient, les l?ves chuchotaient, et Chlo traversait chaque cours avec cette aisance particuli?re qui venait de savoir qu'elle n'avait jamais vraiment besoin de se battre pour occuper une place. M?me les professeurs semblaient plus indulgents avec elle qu'avec les autres, sans qu'elle sache vraiment pourquoi, ni qu'elle se pose la question.

Au deuxi?me cours, celui de littrature, madame Foster demanda ? la classe d'crire, avant la fin du semestre, une courte rdaction sur un th?me qu'elle avait crit au tableau en grosses lettres : Devient-on qui l'on est, ou qui les autres attendent que l'on soit ? Quelques l?ves grogn?rent, d'autres lev?rent les yeux au ciel, mais Chlo se contenta de noter le sujet dans son cahier sans vraiment y rflchir. Le sujet lui semblait presque absurde. Pour elle, la question n'avait aucun sens : elle avait toujours fait exactement ce qu'on attendait d'elle, et cela lui avait plut?t bien russi jusqu'ici. Elle tait Chlo Bennett, capitaine des pom-pom girls, petite amie d'Ethan Walker, future dipl?me avec les honneurs. Pourquoi chercher plus loin, quand tout semblait dj? si bien fonctionner ?

 Vous avez jusqu'? vendredi prochain, prcisa madame Foster en refermant son livre. Et j'attends de la sincrit, pas seulement de belles phrases.

Chlo referma son cahier et jeta un coup d'Cil discret vers le fond de la salle, o? Maya Rivera, une fille aux cheveux bruns boucls qu'elle connaissait de vue depuis des annes sans lui avoir presque jamais adress la parole, crivait dj? avec une concentration trange, comme si le sujet la touchait bien plus profondment que les autres. Chlo n'y pensa qu'une seconde. Maya faisait partie de ces l?ves qui existaient en priphrie de son monde, jamais vraiment au centre, jamais vraiment invisibles non plus, simplement l?, comme un dtail du dcor qu'on ne remarque jamais vraiment.

En sortant de la salle de littrature, Chlo croisa dans le couloir une fille de seconde qu'elle ne connaissait pas vraiment, qui la salua avec un enthousiasme presque exagr, comme si croiser la capitaine des pom-pom girls reprsentait, ? elle seule, le meilleur moment de sa journe.

 Salut Chlo ! J'adore ta veste, dit la fille, un peu trop vite.

 Merci, rpondit Chlo avec un sourire poli, avant de continuer son chemin sans vraiment s'arr?ter.

Ce genre de sc?ne se rptait plusieurs fois par jour, et Chlo n'y pr?tait presque plus attention. Elle avait fini par considrer cette petite admiration constante comme une sorte de bruit de fond agrable, comparable au bourdonnement des nons du couloir ou aux annonces du matin diffuses par les haut-parleurs. Elle ne se demandait jamais ce que cela faisait, de l'autre c?t, d'admirer quelqu'un sans jamais vraiment le conna?tre.

? midi, elle rejoignit sa table habituelle dans la caftria, celle du fond, pr?s des grandes fen?tres, o? s'asseyait toujours le m?me groupe : Ethan et les gar?ons de l'quipe de football, Madison et deux autres pom-pom girls, et quelques l?ves que tout le monde ? Bellwood connaissait de nom, m?me sans leur avoir jamais parl directement. C'tait une table ? part, presque une ?le au milieu de la caftria, entoure d'un ocan d'l?ves ordinaires qui, de temps en temps, levaient les yeux vers elle avec un mlange de curiosit et d'envie.

 Alors, la f?te de samedi, elle est confirme ? demanda un des gar?ons, la bouche pleine.

 Compl?tement, rpondit Ethan. Dans la for?t, pr?s du vieux pont. Comme d'habitude.

 Tu viens, Chlo ? demanda Madison.

 videmment, dit Chlo. C'est notre derni?re anne. Il faut en profiter.

 Il para?t que ton cousin conna?t un raccourci pour y aller en camion, dit une autre fille de l'quipe, Sarah, en se penchant par-dessus la table. Comme ?a on n'a pas besoin de marcher pendant une heure dans le noir.

 Il conna?t surtout un bon moyen de nous perdre tous dans les bois, plaisanta un des gar?ons de l'quipe de football, ce qui fit rire toute la table.

 Ne t'inqui?te pas, dit Ethan en passant un bras autour des paules de Chlo. Tant que la reine du lyce est avec nous, rien ne peut mal tourner.

Toute la table rit ? nouveau, et Chlo leva les yeux au ciel en souriant, un peu amuse par ce surnom qu'on lui donnait depuis la classe de seconde et qu'elle avait fini par accepter comme un compliment plut?t que comme une moquerie. Elle aimait cette sensation d'?tre au centre, entoure, protge par ce petit cercle qui semblait, ? ce moment prcis, aussi solide qu'une forteresse.

Elle disait cela avec la certitude tranquille de quelqu'un qui pensait que le temps allait continuer ? s'couler exactement de la m?me mani?re, anne apr?s anne, sans jamais rien casser. Elle ne savait pas encore, bien s?r, que cette f?te allait devenir la nuit o? tout commencerait ? changer, la nuit o? sa vie, si soigneusement construite, allait se fissurer pour la premi?re fois.

L'apr?s-midi, l'quipe de pom-pom girls se retrouva sur le terrain pour l'entra?nement. Le ciel d'automne tait clair, presque dor, et l'air sentait dj? un peu le froid qui viendrait bient?t. Chlo se pla?a devant le groupe, comme toujours, et commen?a ? compter les temps de la nouvelle chorgraphie.

 Un, deux, trois, quatre ! Madison, ton bras gauche est en retard !

 Dsole, dit Madison en corrigeant son mouvement.

 Encore une fois, depuis le dbut !

Les filles reprirent la routine, leurs mouvements synchroniss, leurs pom-pons rouges et blancs brillant sous le soleil. Chlo aimait ce moment prcis, celui o? elle dirigeait l'quipe, o? tout le monde suivait son rythme, o? elle sentait, physiquement, le pouvoir tranquille d'?tre celle que les autres regardaient. Depuis les gradins vides, quelques l?ves qui tra?naient apr?s les cours les observaient, et Chlo sentait cette attention comme une chaleur famili?re sur sa peau.

Une fois l'entra?nement termin, Chlo resta encore quelques minutes sur le terrain pour regarder l'quipe de football commencer le sien. Ethan courait dj? des tours de terrain avec les autres joueurs, son maillot tremp de sueur, et il lui adressa un signe de la main en passant devant les gradins. L'entra?neur de football, un homme massif ? la voix rauque, criait des instructions que Chlo n'coutait qu'? moiti, plus occupe ? observer la mani?re dont Ethan bougeait, dont il riait avec ses coquipiers entre deux exercices, dont il semblait, lui aussi, parfaitement ? sa place dans cet univers bien rgl. Elle pensa, presque sans y pr?ter attention, qu'ils formaient vraiment le couple que tout le monde dcrivait : le genre de couple qu'on imaginait encore ensemble dix ans plus tard, sur une photo de mariage, avec les m?mes sourires faciles.

Apr?s l'entra?nement, alors que les filles se changeaient dans le vestiaire, Madison s'assit ? c?t d'elle sur le banc.

 Tu ne te demandes jamais ce que tu feras apr?s le lyce ? demanda Madison, presque timidement.

 Pourquoi tu demandes ?a ?

 Je ne sais pas. Tout le monde parle des universits, des projets, et toi, tu ne dis jamais rien.

 Parce que je n'ai pas besoin d'en parler, rpondit Chlo en haussant les paules. Je vais continuer ? faire ce que je fais. Peut-?tre ? l'universit, peut-?tre ailleurs. ?a viendra tout seul, comme toujours.

Madison ne rpondit rien, mais Chlo remarqua encore une fois ce petit silence, cette hsitation. Elle n'y accorda pas plus d'importance qu'auparavant. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Sa vie, jusqu'? prsent, avait toujours suivi la m?me logique simple : elle voulait quelque chose, et elle l'obtenait, presque sans effort, comme si le monde entier avait t construit pour lui faciliter la t?che.

En sortant du lyce, Ethan l'attendait devant sa voiture, les mains dans les poches, un sourire tranquille sur le visage. Le soleil commen?ait ? descendre derri?re les arbres, teintant le ciel de rose et d'orange.

 Tu as l'air fatigue, dit-il en la voyant approcher.

 Un peu. L'entra?neuse tait insupportable aujourd'hui.

 Elle veut juste qu'on gagne la rgionale.

 On va la gagner, dit Chlo avec assurance. On gagne toujours.

Ethan rit et ouvrit la porti?re pour elle, un geste qu'il rptait depuis presque deux ans et qui, chaque fois, donnait ? Chlo cette sensation confortable d'?tre exactement l? o? elle devait ?tre. Pendant le trajet, ils parl?rent de la f?te de samedi, de qui viendrait, de qui n'tait pas invit, des dtails sans importance qui, pourtant, semblaient ? ce moment-l? remplir toute leur existence.

 Madison a propos d'inviter toute l'quipe de football, dit Ethan en tournant dans la rue principale. Et une partie de la terminale B.

 Tant qu'elle ne parle pas encore de la comptition rgionale pendant la f?te, je suis d'accord avec tout, rpondit Chlo en riant.

 Elle t'admire beaucoup, tu sais.

 Je sais, dit Chlo, presque distraitement. Elle me le montre chaque jour.

Ethan la regarda un instant, comme s'il voulait ajouter quelque chose, puis il se concentra de nouveau sur la route. Chlo ne remarqua pas ce petit silence, ce moment suspendu o? il avait failli dire autre chose. Elle avait l'habitude que les conversations se terminent toujours de cette mani?re lg?re, sans jamais toucher ? rien de vraiment srieux, et elle n'imaginait pas qu'il puisse en ?tre autrement.

Chlo regarda par la fen?tre les arbres dfiler, leurs feuilles dj? teintes de rouge et d'orange par l'automne. Elle pensa vaguement ? la for?t qui bordait la ville, cette grande tendue sombre que tout le monde connaissait de loin sans jamais vraiment y entrer, sauf pour ces f?tes secr?tes que les terminales organisaient chaque anne. Elle n'y avait jamais pr?t beaucoup d'attention. Pour elle, ce n'tait qu'un dcor, un endroit o? on allumait un feu et o? on dansait jusqu'? ce que quelqu'un propose de rentrer.

Le soir, dans sa chambre, Chlo s'assit devant son bureau et regarda son tlphone se remplir de messages : des photos de l'entra?nement, des blagues sur la f?te du week-end, des compliments de filles qu'elle connaissait ? peine. Elle rpondit ? quelques-uns, ignora les autres, et resta un moment assise, immobile, ? regarder par la fen?tre le ciel qui devenait peu ? peu violet, puis noir.

Sa m?re passa la t?te par la porte entrouverte, un verre de th ? la main.

 Tu as mang quelque chose ce soir ? demanda-t-elle.

 Une salade, avec Ethan. On a aussi parl de la f?te de samedi.

 Sois prudente l?-bas, dit sa m?re avec un petit sourire. Cette for?t me donne toujours des frissons, m?me en plein jour.

 Maman, tout le monde y va depuis des annes. Il ne se passe jamais rien.

 Je sais, je sais. C'est juste une intuition de m?re.

Sa m?re referma doucement la porte, et Chlo resta seule avec cette derni?re phrase flottant encore un peu dans l'air de sa chambre. Elle n'y accorda pas beaucoup d'importance. Les m?res s'inquitaient toujours pour tout, pensa-t-elle, c'tait presque leur fonction officielle. Elle reprit son tlphone, envoya un dernier message ? Madison pour confirmer l'heure de la f?te, puis le posa sur sa table de nuit.

Elle repensa bri?vement au sujet de rdaction de madame Foster, devient-on qui l'on est, ou qui les autres attendent que l'on soit, et elle faillit sourire en trouvant le sujet toujours aussi inutile. Elle ouvrit son cahier, crivit une phrase, la relut, et la trouva tellement vidente qu'elle referma le cahier presque aussit?t. Je suis exactement celle que tout le monde attend que je sois, avait-elle crit, et c'est tr?s bien comme ?a.

Elle pensa ? sa journe, comme elle le faisait souvent, en essayant de trouver un seul moment o? les choses ne s'taient pas droules exactement comme elle l'avait prvu. Elle n'en trouva aucun. Sa vie ressemblait ? une chorgraphie parfaitement rpte : chaque pas au bon endroit, chaque sourire au bon moment, chaque relation soigneusement entretenue. Elle avait dix-sept ans et l'impression, presque physique, que rien ne pourrait jamais venir briser cet quilibre.

Dehors, le vent commen?ait ? se lever, faisant bruisser les derni?res feuilles accroches aux branches du grand ch?ne devant sa fen?tre. Quelque part au loin, au-del? des toits du quartier rsidentiel, la ligne sombre de la for?t se dcoupait contre le ciel violet, silencieuse et immobile, comme elle l'avait toujours t. Chlo ferma les yeux sans m?me y penser.

Elle teignit la lumi?re, se glissa sous sa couette, et s'endormit avec la certitude tranquille que le lendemain ressemblerait ? aujourd'hui, et qu'apr?s-demain ressemblerait au lendemain. Elle avait raison, pour l'instant. Mais dans la for?t, sous la pleine lune qui grossissait chaque nuit un peu plus, quelque chose attendait dj?.




Exercices de vocabulaire


Exercice 1. Compltez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Chlo est la _______ de l'quipe de pom-pom girls.

2. Le samedi, tout le monde a _______ d'aller ? la f?te dans la for?t.

3. Apr?s l'entra?nement, les filles se changent dans le _______.

4. Madison est officiellement l'amie de Chlo, mais elle est aussi un peu sa _______.

5. Pendant le match, tout le monde regarde les pom-pom girls depuis les _______.

Exercice 2. Trouvez l'quivalent russe de chaque mot fran?ais.

1. la popularit

2. chuchoter

3. le couple parfait

4. l'admiration

5. les projecteurs

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre rponse avec une phrase du texte.

1. Chlo doute souvent de sa popularit.

2. Ethan est le petit ami de Chlo.

3. Madison ne fait pas partie de l'quipe de pom-pom girls.

4. La f?te aura lieu dans la for?t, pr?s du vieux pont.




Rponses


Exercice 1 (vocabulaire, phrases ? trous) :

1. capitaine 2. h?te 3. vestiaire 4. rivale 5. gradins

Exercice 2 (traduction) :

1. la popularit: 

2. chuchoter: 

3. le couple parfait:  

4. l'admiration: 

5. les projecteurs: ,  

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Faux. Chlo est s?re d'elle-m?me : "elle savait exactement qui elle tait et o? elle allait."

2. Vrai. "Ethan Walker tait son petit ami."

3. Faux. "Madison faisait aussi partie de l'quipe de pom-pom girls."

4. Vrai. "Dans la for?t, pr?s du vieux pont."




Chapitre 2 : La f?te dans les bois





Vocabulaire thmatique


le feu de camp  

la clairi?re  

les haut-parleurs (m, pl)  

ivre / enivr(e)  

flirter  

la pleine lune  

le sentier  

frissonner  , 

l'obscurit (f)  

craquer  , 

s'loigner  , 

le clair de lune   

une gorge  

le silence pesant  ,  

rsonner  ,  

Le samedi soir, Chlo passa presque une heure devant son miroir avant de se dcider enfin sur sa tenue. Elle avait essay trois vestes diffrentes, deux paires de bottes, et elle avait fini par choisir un jean dchir aux genoux et un pull noir assez large pour qu'elle puisse bouger librement, mais assez ajust pour rester elle-m?me, celle qu'on regardait quand elle entrait quelque part. Elle attacha ses cheveux en une queue de cheval haute, se recula d'un pas, et sourit ? son reflet.

Toute la semaine, elle avait attendu cette soire avec une impatience qu'elle n'aurait pas su expliquer compl?tement. Les cours lui avaient paru interminables, les entra?nements encore plus exigeants que d'habitude, et chaque conversation dans les couloirs semblait finir, t?t ou tard, par revenir sur la f?te du samedi. C'tait la derni?re grande sortie de ce genre avant que les comptitions rgionales n'absorbent tout son temps libre, et elle comptait bien en profiter pleinement, sans penser une seule seconde aux obligations qui l'attendaient d?s la semaine suivante.

Son tlphone vibra sur son lit. Un message de Madison.

 Tu es pr?te ? On part dans vingt minutes.

 Presque, rpondit Chlo. J'arrive avec Ethan.

 Il y aura tellement de monde ce soir. Toute la terminale, je crois.

 Alors il faut absolument qu'on soit les premi?res arrives.

Elle attrapa sa veste en jean, glissa son tlphone dans sa poche, et descendit l'escalier en courant. Sa m?re leva ? peine les yeux de son livre, habitue depuis longtemps ? ces dparts prcipits du samedi soir.

 Sois rentre avant deux heures, dit sa m?re sans conviction. Et rponds si je t'appelle.

 Promis, maman.

 Prends une veste plus chaude. Il va faire froid pr?s de la rivi?re.

 Celle-ci suffira, dit Chlo en ouvrant dj? la porte d'entre.

Ethan l'attendait dans sa voiture, le moteur dj? allum, la musique s'chappant faiblement des vitres entrouvertes. Il portait un sweat-shirt gris et cette expression lg?rement excite qu'il avait toujours avant une soire qui promettait d'?tre mmorable. Chlo monta et l'embrassa rapidement avant de boucler sa ceinture.

 Tu as apport quelque chose ? boire ? demanda-t-elle.

 Mon cousin s'occupe de tout. Il para?t qu'il a trouv une glaci?re enti?re.

 Parfait. J'ai eu une semaine horrible avec les rvisions.

 Ce soir, on oublie les rvisions, dit Ethan en dmarrant. Ce soir, c'est notre derni?re grande f?te avant les comptitions.

Ils roul?rent une vingtaine de minutes, quittant progressivement les lumi?res de la ville pour s'enfoncer dans une route de campagne borde d'arbres de plus en plus hauts. La radio jouait doucement, et Chlo regardait par la fen?tre le paysage devenir plus sombre, plus dense, plus silencieux. Elle n'avait jamais vraiment pr?t attention ? cette for?t, mais ce soir-l?, pour une raison qu'elle n'aurait pas su expliquer, elle lui sembla trangement vaste, presque vivante sous le ciel qui commen?ait ? s'assombrir.

 On y est presque, dit Ethan en tournant sur un chemin de terre ? peine visible entre les arbres. Mon cousin a marqu le chemin avec des lanternes.

Effectivement, quelques minutes plus tard, de petites lumi?res oranges apparurent entre les troncs, indiquant le chemin vers la clairi?re. Ethan gara la voiture derri?re une dizaine d'autres vhicules dj? stationns le long du sentier, et ils continu?rent ? pied, guids par la musique qui rsonnait de plus en plus fort ? mesure qu'ils avan?aient.

La clairi?re s'ouvrit devant eux comme une sc?ne de th?tre. Un immense feu de camp br?lait au centre, projetant des ombres dansantes sur les visages de la cinquantaine d'l?ves dj? rassembls autour. Des enceintes portables, poses sur le capot d'un pick-up, diffusaient une musique lectro qui faisait vibrer l'air, et des rires fusaient de partout, m?ls au crpitement du feu. Des couvertures avaient t tales sur l'herbe autour du feu, et quelques tentes lg?res avaient m?me t montes ? la lisi?re de la clairi?re pour ceux qui comptaient passer une partie de la nuit ici.

 Chlo ! cria une voix famili?re.

Madison courut vers elle, un gobelet en plastique ? la main, ses joues dj? rougies par l'excitation ou peut-?tre par l'alcool.

 Tu es enfin l? ! Viens, tout le monde te cherche.

 On vient d'arriver, dit Chlo en riant. Laisse-moi au moins respirer une seconde.

 Pas le temps de respirer ce soir, dit Madison en l'entra?nant par le bras vers le groupe principal.

Chlo se laissa guider, saluant au passage des visages familiers : des camarades de classe, des joueurs de l'quipe de football, quelques l?ves de premi?re anne qui semblaient particuli?rement impressionns de se trouver l?. Quelqu'un lui tendit un gobelet, et elle en but une gorge sans vraiment rflchir, la boisson ?cre lui br?lant lg?rement la gorge.

 Alors, comment tu trouves la clairi?re ? demanda un gar?on qu'elle reconnut comme le cousin d'Ethan. C'est moi qui ai trouv cet endroit l'anne derni?re. Personne ne vient jamais jusqu'ici.

 C'est parfait, dit Chlo en regardant autour d'elle. On dirait un endroit sorti d'un film.

Le cousin d'Ethan sourit, visiblement fier de son effet, et s'loigna pour accueillir d'autres invits qui arrivaient par le sentier. Chlo resta un moment pr?s du feu, sentant la chaleur des flammes sur son visage tandis que la nuit s'installait compl?tement autour de la clairi?re. Au-dessus des arbres, le ciel devenait d'un bleu de plus en plus profond, et les premi?res toiles commen?aient ? appara?tre.

La musique changea, et un groupe de danseurs se forma spontanment devant les enceintes. Madison entra?na Chlo par la main, et elles dans?rent ensemble un moment, riant, criant les paroles des chansons qu'elles connaissaient par cCur. Ethan les observait de loin, en riant avec ses coquipiers, levant son gobelet vers Chlo chaque fois qu'elle croisait son regard.

 Tu as vu comme Jason regarde Sarah ? chuchota Madison ? l'oreille de Chlo, entre deux chansons.

 Depuis le dbut de l'anne, rpondit Chlo en riant. Elle ne remarque m?me pas qu'il flirte avec elle depuis des mois.

 Les gar?ons sont tellement transparents.

 Sauf Ethan, dit Chlo avec un sourire fier. Lui, au moins, il sait ce qu'il veut.

Madison ne rpondit rien immdiatement, et Chlo remarqua, l'espace d'une seconde, quelque chose passer dans son regard, une ombre fugace qu'elle attribua ? la fatigue de la soire plut?t qu'? autre chose. Elle n'y pensa pas davantage ; quelqu'un venait de proposer un jeu ? boire pr?s du feu, et tout le groupe s'y prcipita en riant.

Les heures pass?rent ainsi, entre danses, jeux et conversations qui s'entrem?laient sans vraiment de logique, comme cela arrive toujours dans ce genre de soire. Chlo sentait l'alcool commencer ? lui brouiller lg?rement les ides, mais d'une mani?re agrable, lg?re, qui rendait tout un peu plus lumineux, un peu plus dr?le. Elle riait facilement, dansait sans se soucier de son image, et pour la premi?re fois depuis longtemps, elle avait l'impression de vivre pleinement l'instant prsent, sans penser aux entra?nements, aux comptitions ou ? l'avenir.

? un moment, alors qu'elle reprenait son souffle apr?s plusieurs chansons danses d'affile, elle se retrouva assise pr?s du feu ? c?t de Maya Rivera, qui semblait, comme toujours, observer la sc?ne plut?t que d'y participer activement. Chlo fut presque surprise de la trouver l?, cette fille qu'elle croisait pourtant tous les jours en cours de littrature sans jamais vraiment lui parler.

 Je ne savais pas que tu venais ? ce genre de f?te, dit Chlo, plus par politesse que par rel intr?t.

 Mon fr?re conna?t quelqu'un qui conna?t le cousin d'Ethan, rpondit Maya avec un petit sourire nigmatique. Je viens surtout pour observer.

 Observer quoi ?

 Les gens, dit Maya en regardant les danseurs autour du feu. C'est fascinant, la fa?on dont tout le monde se transforme un peu, la nuit, loin de la ville.

Chlo ne sut pas vraiment quoi rpondre ? cette remarque, qui lui parut ? la fois trange et trangement pertinente. Elle regarda ? son tour le groupe qui dansait, les visages clairs par les flammes, et pendant une seconde, elle eut l'impression fugace que Maya avait raison, que quelque chose de diffrent flottait effectivement dans l'air de cette soire, quelque chose qu'elle n'aurait pas su nommer.

 Tu ne bois pas ? demanda Chlo en remarquant que Maya tenait seulement une bouteille d'eau.

 Jamais les soirs de pleine lune, rpondit Maya avec un sourire mystrieux, avant de se lever et de s'loigner vers un autre groupe, laissant Chlo lg?rement perplexe face ? cette rponse qu'elle mit rapidement sur le compte d'une plaisanterie qu'elle n'avait pas comprise.

Vers onze heures, alors que le feu commen?ait ? baisser un peu et que certains l?ves s'taient loigns vers les voitures pour discuter plus tranquillement, Ethan vint s'asseoir pr?s d'elle sur un tronc d'arbre couch.

 Tu t'amuses ? demanda-t-il en passant un bras autour de ses paules.

 normment, dit Chlo en posant sa t?te contre son paule. C'est exactement la soire qu'il nous fallait.

 On devrait faire ?a plus souvent, l'anne prochaine. Enfin, si on reste dans la m?me ville pour l'universit.

 On en reparlera ? ce moment-l?, dit Chlo, un peu vasive.

 Tu vites toujours cette question, remarqua Ethan avec un petit rire, pas vraiment agac. C'est presque un talent chez toi.

 Ce n'est pas que je l'vite. C'est juste que je prf?re profiter de maintenant plut?t que de tout planifier ? l'avance.

 Moi, j'ai dj? tout planifi, dit Ethan fi?rement. Bourse de football, universit d'tat, et toi ? mes c?ts sur les gradins.

 On verra bien ce que la vie nous rserve, dit Chlo en riant, sans vraiment prendre la remarque au srieux.

Ethan n'insista pas, et ils rest?rent silencieux un moment, regardant les flammes danser devant eux. Au-dessus de la clairi?re, la lune commen?ait tout juste ? appara?tre au-dessus de la ligne des arbres, immense et presque parfaitement ronde, d'une blancheur si intense qu'elle semblait presque irrelle.

 Regarde la lune, dit Chlo, fascine malgr elle. Elle est norme ce soir.

 Pleine lune, dit Ethan sans grand intr?t. Mon oncle dit toujours que ?a rend les gens un peu fous.

 Peut-?tre que c'est pour ?a que tout le monde est aussi survolt ce soir, dit Chlo en riant.

Elle continua pourtant ? observer la lune quelques secondes de plus que ncessaire, incapable d'expliquer pourquoi cette image, ce disque blanc suspendu au-dessus de la for?t, lui donnait une sensation trange, presque un frisson qui n'avait rien ? voir avec le froid de la nuit.

Un peu plus tard, quelqu'un proposa un jeu de vrit ou de dfi, et tout le groupe se rassembla plus troitement autour du feu, les visages clairs par les flammes basses. Chlo participa deux ou trois tours, riant aux dfis ridicules que ses amis devaient accomplir, comme imiter le cri d'un animal ou raconter leur pire moment de g?ne au lyce. Quand vint son tour, quelqu'un lui demanda quelle serait la seule chose qu'elle changerait dans sa vie si elle le pouvait, et elle resta silencieuse une seconde de trop, cherchant une rponse qui ne venait pas vraiment, avant de rpondre finalement, en plaisantant, qu'elle voudrait gagner la comptition rgionale sans avoir ? rpter la chorgraphie une seule fois de plus. Tout le monde rit, et le jeu continua sans qu'elle s'attarde sur l'trange vide qu'elle avait ressenti, l'espace d'un instant, en cherchant vraiment une rponse sinc?re.

Un peu plus tard, alors que Madison proposait une nouvelle chanson et que la majorit du groupe se remettait ? danser pr?s du feu, Chlo sentit soudain le besoin de s'loigner un peu, de retrouver un peu de calme apr?s des heures de musique et de bruit. Elle se leva, tapota l'paule d'Ethan.

 Je reviens, dit-elle. Je vais juste marcher un peu vers la rivi?re.

 Tu veux que je vienne avec toi ?

 Non, ?a va. J'ai juste besoin de deux minutes de silence.

Ethan hocha la t?te, dj? happ de nouveau par la conversation avec ses coquipiers, et Chlo s'loigna seule vers le sentier qui longeait la clairi?re. La musique diminua progressivement derri?re elle ? mesure qu'elle avan?ait entre les arbres, remplace peu ? peu par les bruits de la for?t : le bruissement des feuilles, le murmure lointain de l'eau, et ce silence pesant, particulier, qu'on ne trouve que loin de toute agitation humaine.

Elle marcha ainsi pendant plusieurs minutes, suivant vaguement le sentier ? la lumi?re du clair de lune qui filtrait entre les branches. L'air tait frais, et elle frissonna lg?rement en resserrant sa veste autour d'elle, regrettant presque de ne pas avoir cout sa m?re. Autour d'elle, les arbres semblaient de plus en plus hauts, de plus en plus proches les uns des autres, et le bruit de la f?te, derri?re elle, devenait de plus en plus faible, comme s'il appartenait dj? ? un autre monde. Elle remarqua, sans vraiment y accorder d'importance, que les oiseaux nocturnes qu'on entendait habituellement dans ce genre de for?t semblaient trangement silencieux ce soir, comme si toute la nature retenait son souffle en attendant quelque chose. M?me le vent, qui avait fait bruire les feuilles pendant tout le trajet en voiture, semblait s'?tre calm d'un coup, laissant place ? une immobilit presque parfaite.

Elle atteignit finalement la rivi?re, un mince filet d'eau qui coulait tranquillement entre des rochers couverts de mousse, et elle s'assit un moment sur une grosse pierre plate, laissant le silence l'envelopper compl?tement. La pleine lune se refltait sur l'eau, crant un long ruban argent qui semblait presque vivant, ondulant doucement au rythme du courant. Elle ferma les yeux quelques secondes, respirant profondment l'air frais de la nuit, savourant ce moment de calme absolu apr?s des heures d'agitation joyeuse.

C'est alors qu'elle entendit, quelque part derri?re elle, une branche craquer.

Elle se retourna instinctivement, le cCur soudain acclr, mais elle ne vit rien d'autre que les troncs sombres des arbres et les jeux d'ombres crs par le clair de lune. Elle resta immobile quelques secondes, coutant attentivement, mais seul le silence lui rpondit, un silence si complet qu'il en devenait presque assourdissant.

 Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle doucement, sa propre voix lui semblant trangement fragile dans cette obscurit.

Personne ne rpondit. Elle se dit que c'tait sans doute un animal, un cerf ou un raton laveur drang par sa prsence, et elle se leva, dcidant qu'il tait temps de retourner vers la clairi?re, vers la chaleur du feu et le bruit rassurant de la musique. Mais alors qu'elle se retournait pour reprendre le sentier, elle sentit quelque chose d'indfinissable, une sensation presque physique d'?tre observe, comme si des yeux invisibles suivaient chacun de ses mouvements depuis l'obscurit entre les arbres.

Elle pressa le pas, essayant de se convaincre que son imagination lui jouait des tours, que la fatigue et l'alcool de la soire expliquaient facilement cette sensation dsagrable. Pourtant, alors qu'elle s'loignait de la rivi?re, elle entendit de nouveau ce bruit, plus proche cette fois, un mlange de branches qui craquaient et de quelque chose qui semblait se dplacer entre les arbres avec une rapidit presque impossible.

Elle acclra encore, son cCur battant maintenant violemment dans sa poitrine, et elle ne s'arr?ta de marcher rapidement qu'en apercevant enfin, au loin, la lueur orange du feu de camp et les silhouettes famili?res de ses amis dansant encore dans la clairi?re. Elle s'arr?ta un instant ? la lisi?re des arbres, reprenant son souffle, se sentant presque ridicule d'avoir eu si peur pour si peu de chose.

 Tout va bien ? demanda Madison en la voyant arriver, un peu essouffle.

 Oui, oui, dit Chlo en essayant de sourire naturellement. J'ai juste cru entendre quelque chose dans les bois.

 S?rement un animal, dit Madison en haussant les paules. Cette for?t est pleine de cerfs.

Chlo hocha la t?te, acceptant cette explication rassurante, et elle se laissa entra?ner de nouveau vers le groupe, vers la musique et la chaleur du feu. Elle but encore un peu, rit encore avec ses amis, et essaya de chasser cette sensation trange qui persistait malgr tout au fond d'elle, cette impression tenace que quelque chose, dans l'obscurit de cette for?t, l'avait regarde d'une mani?re qu'aucun cerf n'aurait pu le faire.

Ethan la rejoignit pr?s du feu, lui tendant un gobelet rempli d'eau plut?t que d'alcool, comme s'il avait devin, sans qu'elle ait besoin de le dire, qu'elle avait besoin de reprendre un peu ses esprits.

 Tu es toute p?le, dit-il en fron?ant les sourcils. Tu es s?re que ?a va ?

 Oui, juste un peu fatigue d'un coup, rpondit Chlo en buvant une gorge d'eau fra?che. La marche m'a fait du bien, en fait.

 On peut rentrer si tu veux.

 Pas encore. Je veux profiter encore un peu de cette soire.

Elle se rassit pr?s du feu, laissant la chaleur des flammes chasser peu ? peu le froid trange qui s'tait install en elle depuis la rivi?re. Autour d'elle, la f?te continuait, insouciante, et elle finit par se laisser reprendre par l'ambiance, riant de nouveau aux blagues de ses amis, dansant encore une ou deux chansons avec Madison avant que la fatigue ne commence rellement ? se faire sentir chez tout le monde.

Vers une heure du matin, le groupe commen?a ? se disperser progressivement, certains l?ves rentrant chez eux, d'autres s'installant dans des voitures pour continuer ? discuter ? voix plus basse. Ethan et Chlo rest?rent parmi les derniers, assis c?te ? c?te pr?s des braises rougeoyantes du feu qui s'teignait lentement.

 On devrait y aller, dit finalement Ethan en se levant et en lui tendant la main.

 Encore cinq minutes, dit Chlo en regardant une derni?re fois la lune, toujours aussi haute, aussi blanche, au-dessus de la clairi?re presque vide dsormais.

Au-dessus de la clairi?re, la pleine lune continuait de monter dans le ciel, de plus en plus haute, de plus en plus blanche, inondant toute la for?t de sa lumi?re froide et silencieuse, comme si elle attendait, elle aussi, que quelque chose se produise.




Exercices de vocabulaire


Exercice 1. Compltez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Au centre de la clairi?re, un grand _______ br?lait toute la nuit.

2. Chlo a _______ en entendant une branche craquer derri?re elle.

3. Ethan a dit que la _______ rend parfois les gens un peu fous.

4. Chlo a suivi le _______ qui menait vers la rivi?re.

5. Apr?s le bruit, un _______ trange s'est install dans la for?t.

Exercice 2. Trouvez l'quivalent russe de chaque mot fran?ais.

1. s'loigner

2. une gorge

3. le clair de lune

4. craquer

5. rsonner

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre rponse avec une phrase du texte.

1. Chlo va ? la f?te seule, sans Ethan.

2. La f?te a lieu pr?s d'une rivi?re, dans une clairi?re.

3. Chlo n'a rien entendu d'trange dans la for?t.

4. Madison pense que le bruit vient probablement d'un animal.




Rponses


Exercice 1 (vocabulaire, phrases ? trous) :

1. feu de camp 2. frissonn 3. pleine lune 4. sentier 5. silence pesant

Exercice 2 (traduction) :

1. s'loigner : , 

2. une gorge : 

3. le clair de lune :  

4. craquer : , 

5. rsonner : ,  

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Faux. "Elle monta et l'embrassa rapidement avant de boucler sa ceinture" (elle est venue avec Ethan).

2. Vrai. "Elle atteignit finalement la rivi?re" et "La clairi?re s'ouvrit devant eux."

3. Faux. "C'est alors qu'elle entendit, quelque part derri?re elle, une branche craquer."

4. Vrai. "S?rement un animal, dit Madison en haussant les paules."




Chapitre 3 : La morsure





Vocabulaire thmatique


la griffe  

le grognement  

la fourrure  , 

crier  

s'chapper  , 

la douleur  

le sang  

attaquer  , 

reculer  

le prdateur  

la panique  

se figer   ( )

la morsure  

gurir  , 

le danger  

Vers une heure et demie du matin, la clairi?re commen?ait enfin ? se vider pour de bon. Le feu n'tait plus qu'un tas de braises rougeoyantes, et la musique s'tait arr?te depuis un moment, remplace par le bruit des voitures qui redmarraient une ? une sur le chemin de terre. La plupart des invits semblaient puiss, leurs voix plus basses qu'au dbut de la soire, leurs mouvements plus lents, comme si la nuit elle-m?me avait fini par absorber une partie de leur nergie. Ethan avait finalement russi ? convaincre Chlo qu'il tait temps de rentrer, et il s'tait lev pour aider son cousin ? ranger les derni?res glaci?res et les enceintes avant de partir.

 Je vais chercher la voiture et la rapprocher, dit-il en enfilant sa veste. Le chemin est trop encombr pour que je te fasse marcher jusque-l? avec tes chaussures.

 Je peux marcher, protesta Chlo en riant, mais Ethan avait dj? tourn les talons, plaisantant avec son cousin sur le nombre de canettes vides qui tra?naient encore dans l'herbe.

Chlo resta donc seule un moment pr?s des braises, resserrant sa veste autour d'elle pour se protger du froid qui s'tait install maintenant que le feu ne br?lait presque plus. Autour d'elle, il ne restait plus qu'une dizaine d'l?ves, la plupart occups ? rassembler leurs affaires ou ? dire au revoir aux derniers groupes qui s'appr?taient ? partir. Madison tait dj? partie avec des amies un peu plus t?t, apr?s avoir serr Chlo dans ses bras et promis de l'appeler le lendemain.

Chlo chercha son tlphone dans sa poche et se rendit compte, avec un lger agacement, qu'elle ne l'avait plus. Elle se souvint alors l'avoir pos sur la pierre plate, pr?s de la rivi?re, quand elle s'y tait assise plus t?t dans la soire. L'ide de retourner seule vers cet endroit, apr?s ce qu'elle avait cru entendre quelques heures auparavant, ne l'enchantait pas particuli?rement, mais elle n'avait pas vraiment le choix : elle avait besoin de ce tlphone, ne serait-ce que pour appeler sa m?re si jamais quelque chose n'allait pas.

 Je reviens dans deux minutes, dit-elle ? un groupe de camarades encore assis pr?s du feu. J'ai oubli mon tlphone pr?s de la rivi?re.

 Tu veux qu'on t'accompagne ? proposa une fille qu'elle connaissait vaguement.

 Non, ?a va, c'est juste ? c?t, rpondit Chlo, dj? en train de s'loigner vers le sentier.

Elle s'engagea entre les arbres, sortant son propre tlphone de mmoire du chemin qu'elle avait pris quelques heures plus t?t. La lune, toujours aussi pleine, aussi blanche, clairait suffisamment le sentier pour qu'elle puisse avancer sans trop de difficult, m?me si l'obscurit, entre les troncs, semblait plus dense que dans son souvenir. Le bruit de la f?te, derri?re elle, diminua rapidement, remplac par ce m?me silence pesant qu'elle avait dj? remarqu plus t?t dans la soire. Elle se surprit ? marcher plus vite que ncessaire, presque au pas de course, se rptant intrieurement que ce n'tait qu'une simple question de deux minutes, qu'elle serait de retour pr?s du feu avant m?me d'avoir eu le temps de vraiment s'inquiter.

Elle atteignit la rivi?re en quelques minutes et repra immdiatement, sur la pierre plate o? elle s'tait assise, la petite lumi?re de son tlphone qui clignotait faiblement, signalant une batterie presque vide. Elle se pencha pour le ramasser, glissa l'cran allum dans sa poche, et se redressa, pr?te ? repartir rapidement vers la clairi?re. L'endroit lui parut diffrent de ce dont elle se souvenait, plus sombre, plus silencieux, comme si l'atmosph?re elle-m?me avait chang depuis son passage plus t?t dans la soire.

C'est ? ce moment-l? qu'elle l'entendit de nouveau : ce bruit sourd, ce craquement de branches, mais cette fois beaucoup plus proche, beaucoup plus net, comme si quelque chose de lourd se dpla?ait dlibrment entre les arbres, sans plus chercher ? se cacher.

 Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle, sa voix tremblant lg?rement malgr elle.

Aucune rponse ne lui parvint, seulement ce m?me silence pesant, interrompu de temps en temps par un nouveau craquement, toujours plus proche. Chlo se figea sur place, tous ses sens soudainement en alerte, scrutant l'obscurit entre les troncs sans russir ? distinguer quoi que ce soit de prcis. Son cCur battait maintenant si fort qu'elle l'entendait rsonner dans ses oreilles, couvrant presque le murmure de la rivi?re derri?re elle. Elle songea, l'espace d'une seconde, ? appeler ? l'aide, mais elle se ravisa aussit?t, craignant de para?tre ridicule si ce n'tait vraiment qu'un animal inoffensif, un simple cureuil ou un raton laveur curieux venu fouiner pr?s de l'eau.

Elle recula d'un pas, puis d'un autre, cherchant instinctivement ? mettre de la distance entre elle et l'origine du bruit, sans quitter des yeux l'obscurit qui semblait maintenant l'entourer de toutes parts. C'est alors qu'elle les vit : deux points lumineux, dors, presque phosphorescents, suspendus dans le noir entre deux arbres, ? une hauteur qui ne correspondait ? aucun animal qu'elle connaissait.

 Qui... qui est l? ? balbutia-t-elle, sa voix rduite ? un murmure paniqu.

Les yeux ne boug?rent pas immdiatement, comme s'ils l'observaient, l'valuaient, et Chlo sentit une terreur pure, primitive, remonter le long de sa colonne vertbrale, une peur si intense qu'elle en oublia presque de respirer. Puis, sans le moindre avertissement, les yeux se mirent en mouvement, se rapprochant ? une vitesse effrayante, et une forme massive, sombre, couverte de fourrure, surgit littralement de l'obscurit en direction de Chlo.

Elle n'eut m?me pas le temps de crier avant que la crature ne la percute de plein fouet, la projetant au sol avec une force qui lui coupa immdiatement le souffle. Elle sentit le poids norme de l'animal sur elle, sa fourrure paisse contre sa peau, son souffle chaud et rapide tout pr?s de son visage, et un grognement sourd, presque guttural, qui semblait provenir de quelque part au fond de sa poitrine plut?t que de sa gorge.

 Non ! L?che-moi ! hurla enfin Chlo, retrouvant sa voix dans un sursaut de panique pure, et elle se dbattit de toutes ses forces, frappant l'animal de ses poings, cherchant dsesprment ? se dgager.

La crature poussa un grognement plus fort encore, et Chlo sentit soudain une douleur fulgurante lui traverser l'paule gauche, une douleur si intense qu'elle en cria de nouveau, plus fort cette fois, sa voix se brisant dans l'obscurit de la for?t. Elle sentit quelque chose de chaud et de liquide couler le long de son bras, et elle comprit, dans un clair de terreur absolue, qu'elle venait d'?tre mordue.

Elle continua ? se dbattre malgr la douleur, frappant, griffant, criant le nom d'Ethan de toutes ses forces, et peut-?tre que ce fut le bruit, ou peut-?tre quelque chose d'autre, mais la crature rel?cha soudainement sa prise, reculant de plusieurs m?tres avec une rapidit presque surnaturelle. Chlo resta immobile un instant, allonge sur le sol froid et humide, le souffle court, la douleur irradiant depuis son paule dans tout son corps. Elle sentit la terre humide sous ses doigts, les feuilles mortes colles contre sa joue, et pendant une seconde qui lui parut durer une ternit, elle fut incapable de bouger, incapable m?me de penser clairement, son esprit enti?rement occup par la douleur et par une terreur qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.

Elle releva la t?te juste ? temps pour voir la crature s'immobiliser ? la lisi?re des arbres, ses yeux dors toujours fixs sur elle, sa silhouette massive ? peine visible dans l'obscurit. Elle distingua, l'espace d'une seconde, la forme gnrale d'un loup, mais un loup bien plus grand que ceux qu'elle avait pu voir dans des documentaires, avec une fourrure sombre qui semblait presque absorber la lumi?re de la lune autour de lui. Ce qui la frappa le plus, dans cet instant suspendu, ce fut le regard de la crature : non pas la fureur aveugle qu'elle aurait attendue d'un animal sauvage, mais quelque chose qui ressemblait presque, absurdement, ? de la curiosit, ou peut-?tre m?me ? une forme de reconnaissance qu'elle ne sut absolument pas comment interprter.

 Chlo !

La voix d'Ethan rsonna soudain ? travers les arbres, accompagne du bruit de plusieurs personnes courant dans sa direction, et la crature, comme drange par cette agitation soudaine, tourna la t?te vers le bruit avant de dispara?tre littralement dans l'obscurit, s'vanouissant entre les arbres avec une vitesse qui semblait dfier toute logique.

 Chlo ! O? es-tu ?

 Ici ! parvint-elle ? crier, sa voix rauque et tremblante. Je suis ici !

Quelques secondes plus tard, Ethan surgit entre les arbres, une lampe de tlphone ? la main, suivi de pr?s par son cousin et deux autres camarades. Il se prcipita vers elle, s'agenouillant immdiatement ? ses c?ts, son visage se dcomposant en dcouvrant le sang qui maculait dj? sa veste.

 Oh mon Dieu, Chlo, qu'est-ce qui s'est pass ? Qu'est-ce qui t'a fait ?a ?

 Un animal, russit-elle ? articuler, tremblant de tout son corps. Un loup, je crois. Il... il m'a mordue.

Ethan examina rapidement la blessure ? son paule, ses mains tremblant presque autant que celles de Chlo, tandis que son cousin appelait dj? les secours sur son tlphone, sa voix rapide et panique rsonnant dans l'obscurit de la for?t.

 Il faut qu'on t'emm?ne ? l'h?pital tout de suite, dit Ethan, essayant vainement de garder son calme. Tu peux marcher ?

 Je crois, dit Chlo en essayant de se redresser, aide par Ethan qui la soutint fermement par la taille.

La douleur dans son paule tait intense, mais supportable, une sensation br?lante et lancinante qui irradiait ? chaque mouvement. Elle regarda bri?vement la blessure, ? travers le tissu dchir de sa veste, et fut presque surprise de constater que la plaie, bien que douloureuse, ne semblait pas aussi profonde qu'elle l'avait craint sur le moment.

Ils retourn?rent tant bien que mal vers la clairi?re, Chlo s'appuyant lourdement sur Ethan ? chaque pas, tandis que les autres l?ves, alerts par le bruit et la panique visible du petit groupe, se rassemblaient autour d'eux avec des questions inqui?tes et des visages p?les ? la lumi?re des derni?res braises du feu.

 Qu'est-ce qui s'est pass ? Elle va bien ?

 Un animal l'a attaque pr?s de la rivi?re, expliqua rapidement le cousin d'Ethan, toujours au tlphone avec les secours. Les urgences arrivent, mais ?a va prendre du temps jusqu'ici.

Ethan installa Chlo sur une couverture pose pr?s du feu, retirant sa propre veste pour la couvrir malgr ses protestations, et il resta accroupi ? c?t d'elle, tenant fermement sa main tandis qu'elle tremblait, autant de froid que de choc.

 Tu es s?re que c'tait un loup ? demanda-t-il doucement, essayant de comprendre. Il n'y a pas de loups dans cette rgion, normalement.

 Je... je ne sais pas, dit Chlo, sa voix encore tremblante. C'tait norme, Ethan. Beaucoup trop grand pour ?tre normal.

Elle repensa, malgr la douleur et la confusion, ? ces deux yeux dors suspendus dans l'obscurit, ? cette mani?re presque dlibre, presque intelligente dont la crature l'avait observe avant d'attaquer, et un frisson glac lui parcourut le dos, bien plus froid que la temprature de la nuit.

Les secours arriv?rent finalement une vingtaine de minutes plus tard, guids par le cousin d'Ethan jusqu'au bord du chemin le plus accessible. Deux ambulanciers examin?rent rapidement la blessure de Chlo, nettoyant la plaie avec des gestes professionnels tandis qu'elle serrait les dents pour ne pas crier de nouveau. L'un d'eux prit sa tension, vrifia son pouls, et posa plusieurs questions rapides sur ce qui s'tait pass, notant ses rponses sur une tablette avec une efficacit qui rassura un peu Chlo malgr la panique ambiante.

 C'est une morsure profonde, mais pas aussi grave qu'on pourrait le penser, dit l'un des ambulanciers en observant attentivement la plaie. On va vous emmener ? l'h?pital pour des points de suture et un traitement antirabique, par prcaution. Vous avez de la chance que ?a ne soit pas pire.

 Vous savez quel genre d'animal ?a pouvait ?tre ? demanda Ethan, toujours accroupi pr?s de Chlo, refusant visiblement de s'loigner d'elle.

 Difficile ? dire sans l'avoir vu nous-m?mes, rpondit l'ambulancier en haussant les paules. Coyote, peut-?tre, ou un gros chien errant. Les loups sont censs avoir disparu de cette rgion depuis des dcennies.

 Vous devriez quand m?me prvenir les autorits locales, ajouta l'autre ambulancier. S'il y a un animal agressif dans cette zone, il vaut mieux que les gens soient prvenus avant la prochaine f?te.

Chlo ne dit rien, se contentant de fermer les yeux tandis qu'on l'installait sur le brancard, la douleur dans son paule commen?ant dj?, trangement, ? diminuer plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru possible. Elle regarda une derni?re fois, ? travers la vitre de l'ambulance qui dmarrait, la lisi?re sombre de la for?t qui s'loignait derri?re elle, et elle crut apercevoir, l'espace d'un instant, deux points dors qui l'observaient encore depuis l'obscurit entre les arbres.

Sa m?re les rejoignit ? l'h?pital moins d'une heure plus tard, le visage livide, se prcipitant vers le lit de Chlo d?s qu'on l'autorisa ? entrer.

 Ma chrie, qu'est-ce qui s'est pass ? Ils m'ont dit qu'un animal t'avait attaque !

 ?a va, maman, dit Chlo, puise mais rassurante. Ils m'ont recousue, ils m'ont fait les vaccins ncessaires. Le mdecin a dit que j'avais de la chance que ?a ne soit pas plus grave.

 De la chance, rpta sa m?re, encore sous le choc, en lui serrant doucement la main. Je t'avais dit que cette for?t me donnait de mauvaises sensations.

Chlo ne rpondit rien, trop fatigue pour discuter, et elle se laissa aller contre les oreillers de l'h?pital tandis que le mdecin finissait de rdiger les instructions pour les soins ? domicile. Ethan resta assis dans un coin de la chambre pendant toute la dure de l'examen, refusant de rentrer chez lui malgr l'heure tardive, ses yeux ne quittant presque jamais Chlo, comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse ? nouveau s'il dtournait le regard trop longtemps.

 Vous ?tes son petit ami ? demanda gentiment l'infirmi?re en remarquant sa prsence constante.

 Oui, rpondit Ethan sans hsiter. Je voulais juste m'assurer qu'elle allait bien.

 C'est tr?s gentil de votre part, mais elle a besoin de repos maintenant. Vous pourrez la voir demain.

Ethan hocha la t?te ? contrecCur, se pencha pour embrasser doucement le front de Chlo avant de partir, promettant de l'appeler d?s son rveil. Sa m?re resta encore un moment ? ses c?ts, lui caressant doucement les cheveux comme elle le faisait quand Chlo tait petite et qu'elle faisait des cauchemars.

On lui recommanda de garder le bandage propre, de surveiller les signes d'infection, et de revenir immdiatement si la douleur s'aggravait de mani?re anormale dans les jours suivants.

Une fois rentre chez elle, alors que sa m?re l'aidait ? s'installer dans son lit, Chlo jeta un dernier coup d'Cil au bandage blanc qui recouvrait son paule, sentant sous ses doigts la forme des points de suture ? travers le tissu. La douleur, curieusement, avait presque compl?tement disparu, remplace par une sensation trange, presque chaude, qui pulsait doucement sous la peau. Elle remarqua aussi, sans trop y pr?ter attention sur le moment, que ses oreilles semblaient percevoir chaque bruit de la maison avec une nettet inhabituelle : le tic-tac de l'horloge du couloir, le frigo qui ronronnait ? l'tage infrieur, la respiration de sa m?re assise sur le bord du lit. Elle mit cela sur le compte de l'adrnaline encore prsente dans son organisme, et n'y accorda pas plus d'importance.

 Essaie de dormir, dit sa m?re en teignant la lumi?re. Je reste dans la chambre ? c?t, appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.

 Merci, maman, murmura Chlo, dj? ? moiti endormie malgr tout ce qui venait de se passer.

Sa m?re resta encore quelques minutes assise au bord du lit apr?s avoir teint la lumi?re, comme si elle n'arrivait pas tout ? fait ? se rsoudre ? quitter la chambre, avant de finalement se lever et de refermer doucement la porte derri?re elle.

Elle resta un long moment les yeux ouverts dans l'obscurit de sa chambre, repensant ? ces yeux dors, ? cette fourrure sombre, ? ce grognement guttural qui ne ressemblait ? aucun son qu'elle avait jamais entendu chez un animal ordinaire. Elle essaya de se convaincre que c'tait effectivement un coyote, ou un chien errant particuli?rement agressif, comme l'avaient suggr les ambulanciers, mais une petite voix, tout au fond d'elle, refusait obstinment d'accepter cette explication si simple.

Elle repensa aussi, malgr elle, ? ce regard trange que la crature lui avait lanc juste avant de dispara?tre, ce mlange dconcertant de sauvagerie et de quelque chose de presque conscient. Elle se dit que son esprit lui jouait des tours, que le choc et la fatigue dformaient forcment ses souvenirs, rendant plus trange encore un vnement qui, en ralit, n'avait sans doute rien d'extraordinaire : un animal sauvage effray, agissant par pur instinct de survie dans une for?t o? il ne s'attendait probablement pas ? croiser un ?tre humain en pleine nuit. Elle se rpta cette explication plusieurs fois, comme une formule rassurante, sans russir ? faire taire compl?tement le malaise qui persistait au fond d'elle.

Elle passa aussi la main, presque malgr elle, sur le bandage qui recouvrait son paule, sentant sous ses doigts une chaleur lg?re, presque agrable, qui n'avait rien ? voir avec la douleur vive qu'elle avait ressentie quelques heures plus t?t dans la for?t. Elle se dit que c'tait sans doute l'effet des mdicaments qu'on lui avait donns ? l'h?pital, et elle referma les yeux, dcide ? ne plus y penser jusqu'au lendemain.

Elle finit par s'endormir malgr tout, puise par les motions de la soire, sans savoir que cette nuit-l?, sous cette m?me pleine lune qui continuait de briller au-dessus de la ville, quelque chose en elle venait de changer pour toujours, quelque chose qui n'avait absolument rien ? voir avec un coyote ou un chien errant.




Exercices de vocabulaire


Exercice 1. Compltez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Chlo a senti une _______ terrible dans son paule apr?s l'attaque.

2. La crature a pouss un _______ sourd avant de se jeter sur elle.

3. Les mdecins ont nettoy la _______ avant de faire les points de suture.

4. Chlo s'est _______ en voyant les deux yeux dors dans l'obscurit.

5. Le loup a fini par _______ dans l'obscurit de la for?t.

Exercice 2. Trouvez l'quivalent russe de chaque mot fran?ais.

1. la griffe

2. le prdateur

3. la panique

4. gurir

5. le danger

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre rponse avec une phrase du texte.

1. Chlo retourne seule vers la rivi?re pour chercher son tlphone.

2. L'animal qui attaque Chlo est visiblement un petit chien.

3. Ethan est le premier ? retrouver Chlo apr?s l'attaque.

4. Les mdecins savent avec certitude que c'tait un loup.




Rponses


Exercice 1 (vocabulaire, phrases ? trous) :

1. douleur 2. grognement 3. morsure 4. fige 5. s'chapper

Exercice 2 (traduction) :

1. la griffe : 

2. le prdateur : 

3. la panique : 

4. gurir : , 

5. le danger : 

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Vrai. "J'ai oubli mon tlphone pr?s de la rivi?re."

2. Faux. "Une forme massive, sombre, couverte de fourrure" ; "un loup bien plus grand que ceux qu'elle avait pu voir dans des documentaires."

3. Vrai. "Quelques secondes plus tard, Ethan surgit entre les arbres."

4. Faux. "Difficile ? dire sans l'avoir vu nous-m?mes, rpondit l'ambulancier."




Chapitre 4 : Quelque chose ne va pas





Vocabulaire thmatique


l'ou?e (f)  

l'odorat (m)  

l'apptit (m)  

irritable  

cicatriser   ( )

? peine  

sensible  

la cicatrice  

rsister (? une envie)   ()

un vertige  

saignant(e)  ,   ( )

aiguiser  , 

puisant(e)  

s'nerver  , 

inquitant(e)  

Chlo se rveilla le dimanche matin avec la sensation trange d'avoir dormi ? peine quelques minutes, alors que le rveil sur sa table de nuit affichait dj? dix heures passes. Elle resta immobile un long moment, les yeux fixs sur le plafond, essayant de rassembler ses souvenirs de la nuit prcdente : la f?te, la rivi?re, les yeux dors dans l'obscurit, la douleur fulgurante dans son paule. Elle porta instinctivement la main ? son bandage, s'attendant ? sentir une douleur famili?re, mais ne trouva qu'une lg?re sensation de chaleur, presque agrable, sous ses doigts. Son corps tout entier lui semblait trangement lger, comme recharg d'une nergie qu'elle n'avait pas ressentie depuis des annes, malgr les vnements traumatisants de la veille.

Elle se redressa, intrigue, et retira dlicatement le pansement pour observer la blessure ? la lumi?re du jour. Ce qu'elle vit la laissa compl?tement stupfaite : l? o? elle s'attendait ? trouver une plaie encore ouverte, entoure de points de suture rouges et enfls, elle ne dcouvrit qu'une fine cicatrice rose, comme si la morsure remontait dj? ? plusieurs semaines plut?t qu'? quelques heures seulement.

 Ce n'est pas possible, murmura-t-elle pour elle-m?me, passant et repassant ses doigts sur la peau presque parfaitement lisse.

Elle se leva prcipitamment et se dirigea vers le miroir de sa salle de bain, tournant son paule dans tous les sens pour mieux examiner la cicatrice sous diffrents angles. Elle avait beau chercher, elle ne trouvait aucune trace des points de suture que le mdecin avait pourtant faits la veille au soir, aucune rougeur, aucun gonflement, rien qui puisse expliquer une gurison aussi rapide et aussi compl?te. Elle appuya doucement sur la peau du bout des doigts, s'attendant presque ? provoquer une douleur qui ne vint jamais, la cicatrice se rvlant parfaitement insensible, comme si elle appartenait ? une blessure vieille de plusieurs mois.

Un vertige soudain la saisit, et elle dut s'appuyer contre le lavabo pour ne pas perdre l'quilibre. Elle ferma les yeux quelques secondes, respirant profondment, et quand elle les rouvrit, elle remarqua autre chose d'trange : ses propres yeux, dans le miroir, lui parurent lg?rement diffrents, d'un bleu peut-?tre un peu plus intense, un peu plus froid que dans son souvenir. Elle se pencha plus pr?s du miroir, scrutant son propre regard avec une attention presque obsessionnelle, cherchant ? se convaincre qu'il s'agissait simplement d'un effet de la lumi?re matinale, et non d'un changement rel dans la couleur de ses yeux.

 Chlo ? Tu es rveille ? appela sa m?re depuis le couloir.

 Oui, j'arrive dans une minute, rpondit Chlo, sa propre voix lui semblant trangement forte dans le silence de la salle de bain.

Elle enfila rapidement un t-shirt, dissimulant tant bien que mal la cicatrice sous le tissu, et descendit l'escalier, son esprit encore confus par ce qu'elle venait de dcouvrir. En arrivant dans la cuisine, elle fut immdiatement submerge par une avalanche d'odeurs qu'elle n'avait jamais remarques auparavant avec une telle intensit : le caf fra?chement prpar, le pain grill, le parfum de sa m?re, et m?me, plus faiblement, l'odeur du savon utilis pour laver la vaisselle la veille. Elle s'arr?ta un instant sur le seuil de la cuisine, presque tourdie par cette explosion sensorielle, avant de se forcer ? avancer normalement, comme si de rien n'tait.

 Comment tu te sens ce matin ? demanda sa m?re en la voyant entrer, son visage encore marqu par l'inquitude de la veille. Tu as bien dormi ?

 ?a va, dit Chlo, un peu distraite par cette explosion sensorielle qui l'entourait. J'ai... j'ai super faim, en fait.

Sa m?re lui prpara rapidement des Cufs et des toasts, et Chlo se surprit ? dvorer son assiette en quelques minutes, avant d'en redemander une seconde, puis une troisi?me, sous le regard de plus en plus tonn de sa m?re. Elle mangeait presque sans respirer, ? peine consciente du go?t des aliments, uniquement concentre sur cette sensation de faim insatiable qui semblait remonter de quelque part au fond de son estomac, une faim qui n'avait rien ? voir avec les petits-djeuners habituels qu'elle prenait ? peine, presse de partir pour l'entra?nement.

 Tu es s?re que ?a va ? demanda-t-elle finalement, en la regardant engloutir un quatri?me toast. Tu manges comme si tu n'avais rien aval depuis une semaine.

 Je ne sais pas, dit Chlo, un peu g?ne par sa propre voracit. J'ai vraiment tr?s faim ce matin. C'est peut-?tre ? cause du choc d'hier soir.

 Peut-?tre, dit sa m?re, pas compl?tement convaincue. Tu devrais quand m?me appeler le mdecin pour vrifier que tout va bien. Une morsure comme celle-l?, ce n'est pas rien.

 Ma cicatrice a l'air presque gurie, dit Chlo, hsitante ? rvler ? quel point la gurison semblait rapide.

 Dj? ? demanda sa m?re, fron?ant les sourcils. Montre-moi.

Chlo releva la manche de son t-shirt, dcouvrant la fine ligne rose sur son paule, et sa m?re carquilla les yeux en dcouvrant ? quel point la blessure semblait effectivement cicatrise, bien plus rapidement que ce qui tait mdicalement normal apr?s une morsure aussi profonde la veille au soir.

 C'est... c'est incroyable, dit sa m?re, sa voix trahissant un mlange d'tonnement et d'inquitude. Il faut absolument que tu ailles voir le mdecin aujourd'hui, Chlo. Ce n'est pas normal de cicatriser aussi vite.

 ?a veut peut-?tre dire que je guris bien, dit Chlo, essayant de minimiser la situation malgr le malaise grandissant qu'elle ressentait elle-m?me face ? cette gurison anormale.

 Ou ?a veut dire qu'il faut qu'on comprenne ce qui se passe, insista sa m?re. Je prf?re qu'on soit prudentes plut?t que de simplement esprer que tout va bien se passer.

 Tu t'inqui?tes toujours pour rien, maman, dit Chlo, un peu plus s?chement qu'elle ne l'aurait voulu, surprise elle-m?me par la pointe d'agacement dans sa propre voix.

 Ce n'est pas rien, Chlo, rpondit sa m?re fermement. Tu as t mordue par un animal sauvage hier soir. Je ne vais pas faire comme si de rien n'tait simplement parce que ?a t'arrange.

Chlo baissa les yeux, un peu honteuse de sa raction, sans vraiment comprendre pourquoi cette remarque pourtant raisonnable l'avait irrite ? ce point.

Chlo accepta finalement d'appeler le cabinet mdical, mais le mdecin qui l'avait examine la veille n'tait pas disponible avant le lundi, et l'infirmi?re de garde, apr?s avoir cout attentivement la description de la cicatrisation rapide, suggra simplement que certaines personnes gurissaient naturellement plus vite que d'autres, et qu'il ne fallait pas s'inquiter tant qu'il n'y avait aucun signe d'infection.

Une fois seule dans sa chambre, Chlo alluma son ordinateur et passa une bonne demi-heure ? chercher sur internet des explications possibles ? ce qui lui arrivait, tapant des recherches de plus en plus dsespres : "cicatrisation anormalement rapide", "morsure de loup gurison rapide", "sympt?mes apr?s morsure d'animal sauvage". Les rsultats ne firent qu'accro?tre sa confusion, mlangeant des articles mdicaux srieux sur la rage et les infections, et des forums plus douteux voquant des thories qu'elle refusa immdiatement de prendre au srieux, refermant prcipitamment son ordinateur avec l'impression absurde d'?tre alle trop loin dans une direction qu'elle ne voulait m?me pas envisager.

Le reste de la matine se droula d'une mani?re trange, marque par une srie de petits dtails que Chlo remarquait avec une acuit inhabituelle : le tic-tac de l'horloge du salon lui semblait rsonner beaucoup plus fort que d'habitude, la lumi?re du soleil filtrant ? travers les rideaux lui paraissait presque trop vive, et m?me les bruits de la rue, les voitures qui passaient, les voisins qui tondaient leur pelouse, lui parvenaient avec une clart qu'elle n'avait jamais connue auparavant.

Ethan vint la voir en dbut d'apr?s-midi, un bouquet de fleurs ? la main, visiblement encore inquiet apr?s les vnements de la veille.

 Comment tu te sens ? demanda-t-il en l'embrassant doucement, avant de reculer lg?rement, son regard s'attardant sur son visage. Tu as l'air... diffrente, aujourd'hui.

 Diffrente comment ? demanda Chlo, sur la dfensive malgr elle.

 Je ne sais pas, dit Ethan, cherchant ses mots. Tes yeux, peut-?tre. Ils sont plus clairs que d'habitude. Et tu sembles... je ne sais pas, plus tendue que d'habitude, m?me si tu souris.

 C'est juste le contrecoup d'hier soir, j'imagine, dit Chlo, essayant de sourire plus naturellement pour le rassurer.

Chlo haussa les paules, mal ? l'aise, et changea rapidement de sujet, lui montrant sa cicatrice presque enti?rement efface. Ethan resta silencieux un long moment, examinant la peau presque intacte avec une expression qu'elle n'arrivait pas tout ? fait ? dchiffrer, quelque chose entre l'incrdulit et une inquitude qu'il semblait vouloir cacher pour ne pas l'alarmer davantage.

 C'est gnial que ?a gurisse si vite, dit-il finalement, sa voix manquant un peu de conviction. Tu dois avoir un syst?me immunitaire incroyable.

 C'est ce que tout le monde me dit, rpondit Chlo, sans grande conviction elle non plus.

Ils pass?rent l'apr?s-midi ensemble dans le salon, regardant un film qu'aucun des deux ne suivit vraiment, mais Chlo se sentait trangement agite, incapable de rester immobile plus de quelques minutes d'affile. Elle se leva ? plusieurs reprises sans raison particuli?re, arpentant le salon, ouvrant et refermant les rideaux, jusqu'? ce qu'Ethan finisse par lui demander, avec prcaution, si quelque chose n'allait pas.

 Tu n'arr?tes pas de bouger depuis tout ? l'heure, remarqua-t-il. Tu es s?re que tu vas bien ?

 Je suis juste... nerve, je ne sais pas pourquoi, admit Chlo, passant une main dans ses cheveux avec impatience. J'ai l'impression que je vais exploser si je reste assise encore longtemps.

 Peut-?tre qu'on devrait sortir marcher un peu, proposa Ethan. ?a te ferait peut-?tre du bien.

Chlo accepta, et ils sortirent marcher dans le quartier, mais m?me cette activit ne russit pas compl?tement ? calmer cette agitation trange qui semblait vibrer sous sa peau, cette nergie presque lectrique qu'elle n'arrivait pas ? canaliser correctement. Elle remarqua, en marchant, qu'elle percevait chaque dtail de son environnement avec une nettet presque douloureuse : la texture rugueuse de l'corce des arbres qu'ils dpassaient, le parfum sucr des roses dans le jardin des voisins, jusqu'au bruissement ? peine audible des feuilles mortes que le vent faisait glisser sur le trottoir.

? un moment, alors qu'ils passaient devant la maison des voisins, un chien se mit ? aboyer furieusement derri?re la cl?ture, et Chlo sentit une vague de col?re disproportionne monter en elle, une envie presque irrsistible de rpondre ? cette agressivit par la sienne, avant de se ressaisir au dernier moment, effraye par l'intensit de sa propre raction.

 ?a va ? demanda Ethan, remarquant son changement d'expression.

 Oui, dsole, dit Chlo, essayant de reprendre contenance. Ce chien m'a juste surprise.

 Il n'a pourtant rien fait de spcial, remarqua Ethan, un peu perplexe. Il aboie toujours comme ?a quand quelqu'un passe.

 Je sais, dit Chlo, cherchant ? minimiser l'incident. J'imagine que je suis encore un peu ? cran apr?s hier soir.

Ils continu?rent ? marcher en silence pendant quelques minutes, et Chlo sentit le regard d'Ethan pos sur elle plus longtemps que d'habitude, comme s'il cherchait ? comprendre quelque chose qu'il n'arrivait pas tout ? fait ? formuler. Elle dtourna la conversation vers des sujets plus lgers, la comptition rgionale, les projets pour les prochaines semaines, et Ethan sembla se dtendre progressivement, m?me si Chlo continuait de percevoir, sous la surface tranquille de leur conversation, cette m?me inquitude qu'elle avait remarque plus t?t dans la journe.

Quand ils rentr?rent enfin, le soleil commen?ait dj? ? descendre, teintant le ciel de couleurs oranges que Chlo observa avec une fascination presque nouvelle, comme si elle percevait chaque nuance de lumi?re avec une intensit qu'elle n'avait jamais connue auparavant. Ethan la dposa devant chez elle, l'embrassant doucement avant de repartir, non sans lui avoir fait promettre de l'appeler si quelque chose n'allait pas pendant la nuit.

Le d?ner du soir apporta une nouvelle source de perplexit pour toute la famille. Sa m?re avait prpar un r?ti de bCuf, et quand Chlo s'assit ? table, elle se surprit ? fixer la viande avec une intensit presque g?nante, remarquant chaque dtail de sa texture, de sa couleur, et surtout, ressentant une envie soudaine et presque incontr?lable de la manger encore saignante, alors qu'elle avait toujours prfr sa viande bien cuite auparavant. Elle serra les poings sous la table, un peu dstabilise par la force de cette envie, presque physique, qui lui semblait venir d'un endroit en elle qu'elle ne connaissait pas.

 Tu peux me la faire un peu moins cuite ? demanda-t-elle ? sa m?re, presque malgr elle, en regardant son assiette.

 Moins cuite ? rpta sa m?re, surprise. Tu dtestes ?a d'habitude.

 Je sais, dit Chlo, elle-m?me dconcerte par sa propre requ?te. Je ne sais pas pourquoi, mais l?, j'en ai vraiment envie.

Sa m?re la regarda un instant avec une expression indchiffrable, avant de retourner silencieusement vers la cuisine pour ajuster la cuisson de la viande selon la demande de sa fille. Le reste du repas se droula dans un silence relativement pesant, chacun semblant vouloir viter d'aborder directement le sujet qui proccupait pourtant tout le monde autour de la table.

Entre deux bouches, son tlphone vibra sur la table. Un message de Madison.

 Comment tu te sens ? J'ai appris pour l'attaque, c'est horrible ! Tu es ? l'h?pital ?

 Je suis rentre ? la maison, rpondit Chlo. ?a va, je crois. La blessure gurit super vite en fait.

 Tant mieux ! Tu me raconteras tout demain au lyce ? J'ai dj? dit ? tout le monde que tu tais la fille la plus courageuse que je connaisse.

 On verra si je suis en tat d'aller au lyce demain, crivit Chlo, avant de reposer son tlphone, sentant une pointe d'irritation inattendue face ? l'enthousiasme un peu trop lger de son amie, comme si Madison ne ralisait pas vraiment la gravit de ce qui s'tait pass.

Une fois le repas termin, alors que Chlo dbarrassait la table, elle entendit distinctement, ? travers la porte ferme de la cuisine, sa m?re parler ? voix basse au tlphone avec quelqu'un, probablement son p?re, qui travaillait dans une autre ville pour la semaine.

 Je ne sais pas, disait sa m?re, sa voix trahissant une inquitude qu'elle avait soigneusement dissimule devant Chlo toute la journe. Elle mange comme un ogre, elle est agite comme jamais, et cette cicatrice... Je te jure, on dirait que ?a fait des semaines qu'elle a t mordue, pas juste une nuit.

Chlo resta fige dans le couloir, stupfaite de pouvoir entendre cette conversation avec une telle clart alors qu'elle se trouvait ? plusieurs m?tres de distance, derri?re une porte ferme. Elle recula lentement, le cCur battant, ralisant pleinement, pour la premi?re fois depuis son rveil, ? quel point quelque chose d'anormal tait rellement en train de se produire en elle.

Elle monta se rfugier dans sa chambre, prtextant une fatigue soudaine, et s'assit sur son lit, fixant ses mains comme si elles appartenaient ? quelqu'un d'autre. Elle repensa ? la journe enti?re, ? cette faim dvorante, ? cette irritabilit inhabituelle, ? cette ou?e et cet odorat soudainement dcupls, et surtout ? cette cicatrisation qui dfiait toute logique mdicale. Aucune explication rationnelle ne lui venait ? l'esprit, et pour la premi?re fois, elle sentit une peur sourde s'installer au fond d'elle, diffrente de la terreur pure qu'elle avait ressentie dans la for?t, une peur plus insidieuse, plus profonde, celle de ne plus vraiment se reconna?tre elle-m?me. Elle qui avait toujours su exactement qui elle tait, elle qui n'avait jamais dout un instant de sa propre identit, se sentait soudain trang?re ? elle-m?me, prisonni?re d'un corps qui semblait obir ? des r?gles qu'elle ne ma?trisait plus.

Elle se leva et retourna une nouvelle fois devant le miroir de sa salle de bain, observant longuement son propre reflet comme si elle cherchait ? y trouver une rponse. Son visage lui paraissait le m?me, ses cheveux blonds, ses traits familiers, et pourtant quelque chose semblait subtilement diffrent, une acuit nouvelle dans son regard, une tension presque animale dans la mani?re dont elle se tenait, le dos droit, les sens en alerte, comme si son corps tout entier s'tait mis ? fonctionner selon des r?gles qu'elle ne comprenait pas encore. Elle essaya de sourire ? son reflet, comme elle le faisait chaque matin depuis des annes, mais le geste lui parut soudain forc, presque tranger, et elle laissa retomber ses l?vres, incapable de maintenir cette fa?ade famili?re plus de quelques secondes.

Elle se coucha t?t ce soir-l?, puise malgr elle par cette journe si trange, et resta longtemps veille dans l'obscurit, coutant malgr elle tous les petits bruits de la maison qu'elle n'avait jamais remarqus auparavant : les craquements du bois, le vent qui faisait lg?rement vibrer la fen?tre, et quelque part au loin, presque ? la limite de sa perception, ce qui ressemblait, de mani?re inquitante, ? un hurlement de loup, port par le vent depuis la for?t qui bordait la ville.

Elle se redressa brusquement dans son lit, le cCur battant, certaine d'avoir vraiment entendu ce son et non de l'avoir simplement imagin. Elle resta assise ainsi de longues minutes, tendant l'oreille vers la fen?tre, mais le hurlement ne se reproduisit pas, remplac par le silence habituel de la nuit suburbaine. Elle se recoucha lentement, le cCur encore battant, sans russir ? se dbarrasser compl?tement de la sensation drangeante que ce son, aussi lointain f?t-il, s'adressait d'une certaine mani?re ? elle, comme un appel qu'elle n'tait pas encore capable de comprendre.

Elle ferma les yeux tr?s fort, essayant de se convaincre qu'elle avait imagin ce son, que la fatigue et le stress de la journe jouaient simplement des tours ? son esprit puis. Mais au fond d'elle, une certitude grandissait, silencieuse et terrifiante : quoi que ce soit qui lui tait arriv dans cette for?t, ce n'tait que le commencement.




Exercices de vocabulaire


Exercice 1. Compltez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Chlo a remarqu que sa blessure avait commenc ? _______ anormalement vite.

2. Son _______ tait tellement dvelopp qu'elle sentait toutes les odeurs de la cuisine.

3. Apr?s l'attaque, Chlo est devenue trangement _______, s'nervant pour un rien.

4. Elle a demand sa viande _______, ce qu'elle dtestait faire avant l'attaque.

5. Sa m?re trouvait la situation particuli?rement _______ et voulait consulter un mdecin.

Exercice 2. Trouvez l'quivalent russe de chaque mot fran?ais.

1. l'ou?e

2. la cicatrice

3. rsister

4. un vertige

5. s'nerver

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre rponse avec une phrase du texte.

1. La blessure de Chlo a compl?tement disparu en une seule nuit.

2. Chlo a moins faim que d'habitude apr?s l'attaque.

3. Ethan remarque que les yeux de Chlo semblent diffrents.

4. Chlo entend sa m?re parler au tlphone ? travers une porte ferme.




Rponses


Exercice 1 (vocabulaire, phrases ? trous) :

1. cicatriser 2. odorat 3. irritable 4. saignante 5. inquitante

Exercice 2 (traduction) :

1. l'ou?e : 

2. la cicatrice : 

3. rsister : 

4. un vertige : 

5. s'nerver : , 

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Faux. "Elle ne dcouvrit qu'une fine cicatrice rose" (elle n'a pas compl?tement disparu, mais elle est presque gurie).

2. Faux. "J'ai... j'ai super faim, en fait."

3. Vrai. "Tes yeux, peut-?tre. Ils sont plus clairs que d'habitude."

4. Vrai. "Elle entendit distinctement, ? travers la porte ferme de la cuisine, sa m?re parler ? voix basse au tlphone."




Chapitre 5 : Le bruit de son cCur





Vocabulaire thmatique


le battement (de cCur)   ()

le rythme cardiaque   

dissimuler  

se concentrer  

sourd(e)  ,  ()

le pouls  

effrayant(e)  

se ma?triser   

un murmure  , 

touffer  , 

la sueur  

se trahir   

feindre  

un soupir  

se raidir  , 

Le lundi matin, Chlo se leva bien avant que son rveil ne sonne, apr?s une nuit de sommeil agite, entrecoupe de r?ves confus o? se m?laient la for?t, les yeux dors, et le hurlement lointain qu'elle avait cru entendre la veille. Elle resta assise un long moment sur le bord de son lit, hsitant ? se lever, avant de finalement dcider qu'il valait mieux affronter le lyce que de continuer ? ruminer seule dans sa chambre. Sa m?re avait propos de l'excuser pour la journe, mais Chlo avait insist pour y aller : elle avait besoin, plus que jamais, de retrouver un semblant de normalit, de redevenir, ne serait-ce que quelques heures, la fille qu'elle avait toujours t. Rester enferme ? la maison, seule avec ses penses et cette angoisse grandissante, lui semblait pire que d'affronter directement le regard des autres.

Elle s'habilla avec un soin particulier ce matin-l?, choisissant une tenue qui dissimulait compl?tement la cicatrice sur son paule, et elle passa un long moment devant le miroir ? s'entra?ner ? sourire normalement, ? composer une expression parfaitement calme malgr l'agitation qui continuait de vibrer sous sa peau. Elle se rpta, comme un mantra, qu'elle devait simplement se comporter comme d'habitude, que personne ne devait remarquer que quelque chose avait chang en elle depuis la f?te. Elle rpta m?me, ? voix basse, quelques phrases toutes faites qu'elle pourrait utiliser si quelqu'un lui posait trop de questions, comme pour se prparer ? un r?le qu'elle devrait tenir toute la journe.

Ethan vint la chercher comme tous les matins, et elle remarqua, en montant dans la voiture, qu'elle percevait chaque dtail de son apparence avec une acuit nouvelle : la lg?re barbe naissante qu'il n'avait pas eu le temps de raser, l'odeur famili?re de son after-shave m?le ? quelque chose de plus subtil, presque indescriptible, qui semblait lui appartenir en propre.

 Tu es s?re que tu es pr?te ? retourner au lyce ? demanda-t-il, inquiet, en dmarrant la voiture. Personne ne t'en voudrait de prendre encore un jour de repos.

 Je vais bien, dit Chlo avec le plus d'assurance possible. J'ai juste besoin de reprendre une routine normale.

 Si tu le dis, rpondit Ethan, pas totalement convaincu, mais je reste juste ? c?t toute la journe si besoin.

Le trajet jusqu'au lyce se droula dans une conversation lg?re, presque banale, et Chlo se concentra de toutes ses forces pour para?tre aussi naturelle que possible, rprimant l'envie constante de se boucher les oreilles face ? tous ces sons qui lui parvenaient avec une intensit droutante : le moteur de la voiture, les autres vhicules sur la route, jusqu'au tic-tac rgulier du clignotant qui lui semblait rsonner bien plus fort que d'habitude. Elle hocha la t?te aux bons moments, rpondit aux questions d'Ethan avec des phrases courtes et polies, esprant que cette fa?ade suffirait ? masquer l'effort surhumain qu'elle devait fournir simplement pour rester assise tranquillement dans cet habitacle rempli de bruits.

L'arrive au lyce fut ? la fois un soulagement et une preuve. Un soulagement, parce que retrouver l'agitation famili?re des couloirs, les casiers qui claquaient, les conversations qui se croisaient, lui donna l'impression rassurante de retrouver sa vie d'avant. Une preuve, parce que chaque son, chaque odeur, chaque mouvement autour d'elle semblait amplifi ? un point presque insupportable, l'obligeant ? un effort de concentration constant simplement pour para?tre normale.

 Chlo ! cria Madison en se prcipitant vers elle d?s qu'elle l'aper?ut dans le couloir. Tu es venue ! Comment tu te sens ? Raconte-moi tout !

Un petit attroupement se forma rapidement autour d'elles, d'autres camarades attirs par la nouvelle de l'attaque qui avait visiblement dj? fait le tour du lyce pendant le week-end. Chlo sentit tous ces regards poss sur elle avec une acuit presque douloureuse, chaque murmure, chaque chuchotement lui parvenant distinctement malgr le brouhaha gnral du couloir.

Elle raconta une version dulcore des vnements du week-end, minimisant dlibrment la rapidit de sa gurison et omettant compl?tement les dtails les plus troublants, comme les yeux dors ou son ou?e soudainement surdveloppe. Madison l'couta avec une fascination m?le d'horreur, et bient?t un petit groupe de camarades se forma autour d'elles, tous avides d'entendre le rcit de cette nuit terrifiante. Chlo choisissait ses mots avec prcaution, consciente qu'elle marchait sur une ligne fragile entre satisfaire leur curiosit et rvler accidentellement quelque chose qu'elle ne pouvait absolument pas se permettre de partager.

 Tu dois montrer ta cicatrice ! insista une fille de leur classe. C'est trop impressionnant que ?a ait dj? autant guri.

Chlo hsita, puis souleva lg?rement sa manche, rvlant la fine ligne rose qui subsistait encore, et un murmure d'tonnement parcourut le petit groupe rassembl autour d'elle. Elle se sentit soudain terriblement expose, comme si chaque regard pos sur sa cicatrice pouvait deviner, au-del? de la simple gurison rapide, tout ce qu'elle cachait derri?re son sourire poli.

 C'est dingue, dit Madison en secouant la t?te. N'importe qui d'autre serait encore ? l'h?pital.

 J'imagine que j'ai juste de la chance, dit Chlo, redescendant rapidement sa manche, presse de changer de sujet.

La matine se droula ainsi, entre les cours qu'elle suivit avec une attention plus difficile ? maintenir que d'habitude, distraite par la multitude de sons qui semblaient exiger simultanment son attention, et les pauses o? elle devait constamment surveiller ses propres ractions, rprimant toute manifestation trop visible de cette agitation intrieure qui ne la quittait plus.

En cours de mathmatiques, elle se surprit ? entendre distinctement le stylo d'un l?ve assis trois ranges derri?re elle gratter sur le papier, un son si prcis qu'elle aurait pu distinguer chaque lettre qu'il tra?ait si elle s'tait vraiment concentre dessus. Elle secoua lg?rement la t?te, essayant de ramener son attention sur le tableau, sur la voix du professeur qui expliquait une quation, mais son esprit continuait de driver vers tous ces sons parasites qui l'entouraient sans qu'elle puisse vraiment les ignorer.

L'entra?nement de cheerleading, prvu en fin de matine ? cause d'un changement d'emploi du temps, reprsenta une preuve particuli?re. Chlo se pla?a devant l'quipe comme d'habitude, mais elle remarqua, fascine et inqui?te ? la fois, que ses mouvements semblaient plus fluides, plus prcis que jamais, comme si son corps tout entier avait gagn en agilit depuis l'attaque. Elle dut consciemment ralentir certains gestes, craignant que la diffrence ne soit trop visible pour les autres filles.

 Tu es vraiment en forme aujourd'hui, remarqua Madison pendant une pause, essouffle apr?s la rptition. Comment tu fais pour encha?ner les figures aussi facilement apr?s ce qui t'est arriv ?

 Je ne sais pas, dit Chlo, un peu mal ? l'aise. L'adrnaline, peut-?tre.

Madison hocha la t?te, satisfaite de cette explication, et Chlo se promit intrieurement de faire encore plus attention lors des prochains entra?nements, consciente que cette diffrence de performance, aussi flatteuse soit-elle, pouvait veiller des soup?ons si elle devenait trop vidente.

? midi, elle rejoignit sa table habituelle dans la caftria, et l'agitation gnrale du repas, avec les dizaines de conversations qui se mlangeaient, les bruits de couverts, les chaises qui raclaient le sol, lui donna presque le vertige. Elle se concentra sur son assiette, essayant d'isoler le son de la voix d'Ethan assis ? c?t d'elle du reste de cette cacophonie assourdissante.

L'apr?s-midi, apr?s les cours, Ethan proposa de la ramener chez elle en passant par un chemin plus tranquille, longeant le parc municipal plut?t que les grandes avenues encombres.

 On peut s'arr?ter un peu ? demanda-t-il en garant la voiture pr?s du parc. Je pensais qu'un peu de calme te ferait du bien apr?s une journe pareille.

Chlo accepta, reconnaissante pour cette attention, et ils s'install?rent sur un banc ? l'ombre d'un grand ch?ne, loin de l'agitation de la route. Le parc tait presque dsert ? cette heure de l'apr?s-midi, seulement troubl par le chant lointain de quelques oiseaux et le bruissement des feuilles dans le vent lger. Ethan lui prit la main, entrela?ant doucement leurs doigts, et pendant quelques minutes, assise l?, dans la lumi?re dore de la fin d'apr?s-midi, Chlo se sentit presque redevenir elle-m?me, cette fille insouciante qui n'avait jamais eu ? se soucier d'entendre plus que ce qu'elle devait entendre.

 Merci d'avoir gr ?a avec moi aujourd'hui, dit Chlo, se rapprochant instinctivement de lui, posant sa t?te contre son paule comme elle le faisait si souvent.

 Toujours, dit Ethan en passant un bras autour d'elle, l'attirant plus pr?s encore.

C'est ? ce moment prcis, alors que sa joue reposait contre la poitrine d'Ethan, que Chlo l'entendit pour la premi?re fois avec une clart absolue : le battement rgulier de son cCur, un rythme fort et constant qui rsonnait dans ses oreilles comme un tambour, si distinct, si prsent, qu'elle eut l'impression d'entendre chaque contraction du muscle, chaque pulsation du sang dans ses veines.

Elle se figea instantanment, tous ses sens soudainement focaliss sur ce son qui semblait tout envahir, effa?ant compl?tement le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux, tout ce qui l'entourait quelques secondes plus t?t. Le battement tait rapide, lg?rement irrgulier, et elle ralisa avec un frisson glac qu'elle pouvait presque sentir la chaleur du sang qui circulait juste sous la peau d'Ethan, si proche, si vivant. Elle resta ainsi de longues secondes, incapable de bouger, fascine malgr elle par cette perception nouvelle, par cette proximit soudaine avec quelque chose d'aussi intime que le fonctionnement m?me du corps d'Ethan, quelque chose qu'aucun ?tre humain normal n'tait cens pouvoir percevoir aussi clairement.

Une part d'elle, la part rationnelle qui essayait dsesprment de garder le contr?le, comprit qu'elle tait en train de vivre quelque chose d'absolument anormal, quelque chose qui confirmait, sans le moindre doute possible dsormais, que la morsure de cette nuit dans la for?t avait chang bien plus en elle qu'une simple cicatrice qui gurissait trop vite.

 Chlo ? Tout va bien ? demanda Ethan, remarquant qu'elle s'tait brusquement raidie contre lui.

Elle ne rpondit pas immdiatement, incapable de dtacher son attention de ce battement obsdant, et elle sentit, avec une horreur grandissante, une sensation trange monter en elle, quelque chose qu'elle ne sut absolument pas comment interprter : non pas de l'affection, non pas de la tendresse habituelle qu'elle ressentait aupr?s de lui, mais quelque chose de plus primitif, presque animal, une conscience aigu? de la vulnrabilit de ce battement si proche d'elle.

 Chlo, tu me fais peur, dit Ethan, se redressant lg?rement pour mieux voir son visage. Qu'est-ce qui se passe ?

Elle se dgagea brusquement, se levant du banc avec une prcipitation qui la surprit elle-m?me, son cCur ? elle battant maintenant si fort qu'elle craignit qu'il ne l'entende ? son tour.

 Rien, dit-elle, sa voix tremblante trahissant le contraire de ce qu'elle affirmait. Je... j'ai juste eu un vertige soudain.

 Un vertige ? rpta Ethan, se levant ? son tour, une main tendue vers elle. Assieds-toi, je vais chercher de l'eau.

 Non, ?a va, dit Chlo, reculant d'un pas supplmentaire, cherchant dsesprment ? mettre de la distance entre elle et ce battement de cCur qui continuait de rsonner dans ses oreilles m?me ? cette distance. Je crois que je devrais juste rentrer chez moi.

 D'accord, dit Ethan, visiblement perturb par ce brusque revirement, mais promets-moi que tu me diras si quelque chose ne va vraiment pas.

 Je te le promets, mentit Chlo, sentant dj? le poids de ce mensonge s'ajouter ? tous les autres qu'elle avait commenc ? accumuler depuis la f?te.

Ethan la regarda avec une inquitude grandissante, visiblement dconcert par ce changement d'attitude soudain, mais il n'insista pas, respectant sa demande malgr la confusion vidente sur son visage. Ils remont?rent dans la voiture en silence, et Chlo passa tout le trajet ? fixer la vitre, essayant dsesprment de calmer sa respiration, de faire taire ce battement qui continuait, absurdement, de rsonner dans son esprit m?me apr?s qu'ils eurent quitt le parc. Ethan, de son c?t, gardait les deux mains fermement poses sur le volant, jetant de temps ? autre des regards discrets vers elle, comme s'il cherchait un indice, une explication ? ce brusque changement d'humeur qu'il ne comprenait manifestement pas.

 Tu es s?re que ?a va ? demanda encore Ethan en se garant devant chez elle, sa voix douce mais clairement inqui?te.

 Oui, dit Chlo, for?ant un sourire qu'elle esprait rassurant. Je pense que j'ai juste besoin de me reposer. Cette semaine a t... beaucoup.

 Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit, dit Ethan, l'embrassant doucement avant de la laisser sortir. Je m'inqui?te pour toi, Chlo.

 Je sais, dit-elle. ?a va aller.

Elle monta directement dans sa chambre en rentrant, refermant la porte derri?re elle et s'appuyant contre le battant, le souffle encore court. Elle resta ainsi de longues minutes, essayant de comprendre ce qui venait de se produire, cette exprience sensorielle si intense qu'elle en avait t compl?tement submerge, incapable de la contr?ler ou m?me de la comprendre.

Elle s'assit sur son lit et ferma les yeux, essayant consciemment de faire le vide, de retrouver ce silence relatif qu'elle avait connu toute sa vie avant cette nuit dans la for?t. Mais m?me dans le calme de sa chambre, elle percevait distinctement sa propre respiration, le battement rgulier de son propre cCur, et quelque part au loin, ? travers les murs de la maison, ce qu'elle tait presque certaine d'identifier comme le bruit de sa m?re en train de prparer le d?ner dans la cuisine, deux tages plus bas. Elle entendait m?me, ou du moins elle en avait l'impression troublante, le grsillement de l'huile dans la po?le et le tintement des couverts contre les assiettes qu'on disposait sur la table.

Elle comprit, avec une clart gla?ante, qu'elle ne pouvait plus continuer ainsi, ? laisser ces sensations la submerger sans avertissement, ? risquer de se trahir devant Ethan, devant sa m?re, devant n'importe qui d'autre qui pourrait remarquer quelque chose d'anormal dans son comportement. Il fallait qu'elle apprenne ? se ma?triser, ? dissimuler compl?tement ce qui lui arrivait, jusqu'? ce qu'elle comprenne elle-m?me de quoi il s'agissait vraiment.

Elle passa le reste de la soire enferme dans sa chambre, prtextant des devoirs ? rattraper, et elle s'entra?na, seule, ? contr?ler sa respiration, ? se concentrer sur un seul son ? la fois plut?t que de se laisser submerger par tous simultanment. Elle dcouvrit, non sans un certain soulagement m?l d'inquitude, qu'elle parvenait effectivement, avec suffisamment de concentration, ? filtrer partiellement cette avalanche sensorielle, ? ramener son attention sur une seule chose prcise, comme le tic-tac de l'horloge sur son bureau, en ignorant dlibrment tout le reste.

Elle s'exer?a ainsi pendant pr?s d'une heure, fermant les yeux, respirant lentement, essayant mthodiquement d'isoler chaque son de son environnement pour mieux apprendre ? le mettre de c?t ? volont : le vent dehors, le frigo au rez-de-chausse, les pas de sa m?re dans le couloir. Peu ? peu, elle sentit qu'elle gagnait un peu de terrain sur cette avalanche sensorielle, qu'elle parvenait ? construire, avec beaucoup d'efforts, une sorte de mur mental derri?re lequel elle pouvait se retrancher quand le monde devenait trop bruyant, trop prsent. Ce n'tait pas parfait, loin de l?, mais c'tait un dbut, une premi?re victoire modeste dans cette bataille qu'elle menait dsormais contre son propre corps.

Au d?ner, elle fit un effort considrable pour para?tre normale, mangeant avec une lenteur calcule, contr?lant chaque expression de son visage, chaque mot qu'elle pronon?ait, consciente que sa m?re continuait de l'observer avec cette m?me inquitude discr?te qu'elle n'avait pas russi ? dissimuler depuis la f?te.

 Comment s'est passe ta journe au lyce ? demanda sa m?re.

 Bien, dit Chlo avec un sourire qu'elle esprait convaincant. Tout le monde a t adorable. C'tait bon de retrouver une routine normale.

 Tu m'as l'air fatigue, remarqua sa m?re, ses yeux ne quittant pas le visage de sa fille.

 Un peu, admit Chlo. Mais ?a va vraiment mieux.

 Et Ethan ? Il n'est pas rest d?ner avec nous aujourd'hui ?

 Il avait de l'entra?nement de foot, mentit Chlo, prfrant ne pas raconter l'pisode au parc et le malaise qu'elle avait ressenti en sa prsence.

 Vous vous ?tes disputs ? demanda sa m?re, toujours attentive au moindre dtail.

 Non, pas du tout, dit Chlo, un peu trop vite. Tout va bien entre nous.

Sa m?re ne sembla pas compl?tement convaincue, mais elle n'insista pas davantage, se contentant de continuer ? observer sa fille avec cette m?me inquitude discr?te qui ne la quittait plus depuis la f?te. Chlo sentit le poids de ce regard tout au long du repas, consciente que sa m?re percevait probablement plus de choses qu'elle ne voulait bien l'admettre, m?me sans conna?tre les dtails prcis de ce qui se passait rellement.

Elle se coucha t?t ce soir-l?, puise par l'effort constant de contr?le qu'elle avait d? maintenir toute la journe, et elle resta longtemps veille dans l'obscurit, repensant ? ce battement de cCur qu'elle avait entendu contre la poitrine d'Ethan, ? cette sensation trange, presque animale, qui l'avait traverse ? ce moment-l?. Elle se demanda, avec une angoisse grandissante, combien de temps elle pourrait encore tenir ce rythme, cette double vie puisante o? chaque geste, chaque parole, chaque expression devait ?tre soigneusement calcule pour ne rien laisser transpara?tre. Elle se promit, avant de sombrer finalement dans le sommeil, qu'elle ne laisserait plus jamais personne remarquer ? quel point elle avait chang, quel que soit le prix ? payer pour maintenir cette apparence de normalit.




Exercices de vocabulaire


Exercice 1. Compltez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).

1. Chlo a entendu distinctement le _______ du cCur d'Ethan.

2. Elle a d? apprendre ? _______ ses nouvelles sensations devant les autres.

3. Face ? cette exprience, Chlo s'est compl?tement _______, incapable de bouger.

4. Elle a fait semblant d'aller bien pour ne pas se _______ devant sa m?re.

5. Sa m?re la regardait avec un air _______, sentant que quelque chose n'allait pas.

Exercice 2. Trouvez l'quivalent russe de chaque mot fran?ais.

1. le pouls

2. touffer

3. feindre

4. un soupir

5. se ma?triser

Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre rponse avec une phrase du texte.

1. Chlo dcide de rester chez elle plut?t que d'aller au lyce.

2. Chlo entend le battement du cCur d'Ethan pour la premi?re fois dans le parc.

3. Chlo raconte tous les dtails de l'attaque ? ses camarades, sans rien cacher.

4. Apr?s l'incident au parc, Chlo s'entra?ne seule ? contr?ler ses sensations.




Rponses


Exercice 1 (vocabulaire, phrases ? trous) :

1. battement 2. dissimuler 3. raidie 4. trahir 5. inquiet

Exercice 2 (traduction) :

1. le pouls : 

2. touffer : , 

3. feindre : 

4. un soupir : 

5. se ma?triser :  

Exercice 3 (vrai ou faux) :

1. Faux. "Elle avait insist pour y aller."

2. Vrai. "C'est ? ce moment prcis... que Chlo l'entendit pour la premi?re fois avec une clart absolue."

3. Faux. "Chlo raconta une version dulcore des vnements du week-end."

4. Vrai. "Elle s'entra?na, seule, ? contr?ler sa respiration."




Chapitre 6 : La premi?re lune





Vocabulaire thmatique


la transformation  

le pelage  , 

hurler  

les crocs (m, pl)  

la boue  

pieds nus  

un trou de mmoire    

l'instinct (m)  

chapper ? son contr?le   - 

la conscience  

dsorient(e)  

l'aube (f)  

puis(e)  

un frisson  , 

gratign(e)  

Les semaines suivantes s'coul?rent dans une tension croissante. Chlo apprit peu ? peu ? dissimuler les sympt?mes qui continuaient de s'intensifier, sans jamais oublier cette date qu'elle avait fini par calculer et recalculer sur le calendrier lunaire de son tlphone : celle de la prochaine pleine lune. Le jeudi soir, pr?s d'un mois apr?s la f?te dans les bois, elle remarqua, en rentrant de l'entra?nement, que la lune s'tait dj? leve au-dessus des toits du quartier, aussi ronde et blanche que dans son souvenir de cette nuit-l?. Elle s'arr?ta un instant sur le trottoir devant chez elle, incapable de dtacher son regard de cette sph?re p?le suspendue dans le ciel encore clair du crpuscule, et elle sentit, pour la premi?re fois depuis des semaines, une agitation diffrente de celle qu'elle avait appris ? ma?triser, quelque chose de plus profond, de plus viscral, qui semblait remonter directement de ses os. Ce n'tait pas la m?me nervosit diffuse qu'elle avait ressentie ces derniers jours : c'tait quelque chose de plus prcis, de plus insistant, comme un appel auquel une partie d'elle-m?me semblait dj? vouloir rpondre.

 Tu viens ? demanda sa m?re depuis le porche, la sortant de sa contemplation. Le d?ner est pr?t.

 J'arrive, dit Chlo, arrachant difficilement son regard ? la lune pour rejoindre la maison.

Le d?ner se droula sans incident particulier, et Chlo russit, comme elle s'y entra?nait consciencieusement depuis plusieurs semaines, ? para?tre parfaitement normale : elle mangea ? un rythme raisonnable, participa ? la conversation familiale avec des rponses mesures, et vita soigneusement tout geste ou toute raction qui aurait pu trahir l'agitation grandissante qu'elle sentait bouillonner sous la surface de son calme apparent. Elle avait fait de rels progr?s en quelques semaines, apprenant ? filtrer les sons parasites, ? contr?ler ses ractions face ? des stimuli qui l'auraient submerge un mois plus t?t. Elle commen?ait m?me ? se dire, avec un optimisme prudent, qu'elle finirait peut-?tre par apprendre ? vivre avec cette nouvelle ralit sans que personne ne s'en aper?oive jamais.

Mais ce soir-l?, quelque chose tait diffrent. Plus la soire avan?ait, plus elle sentait une tension inhabituelle s'installer dans tout son corps, une sorte de vibration sourde qui semblait s'intensifier ? mesure que la lune montait dans le ciel nocturne. Elle monta se coucher plus t?t que d'habitude, prtextant une fatigue accumule apr?s l'entra?nement, et elle s'allongea sur son lit, tentant de calmer cette agitation par les exercices de respiration qu'elle avait dvelopps, mais rien n'y fit : la sensation continuait de grandir, implacable, comme une mare montante qu'aucune volont ne pouvait retenir.

Elle se leva ? plusieurs reprises pour boire de l'eau, pour ouvrir la fen?tre, pour marcher dans sa chambre, cherchant dsesprment un moyen d'apaiser cette nergie qui semblait maintenant vibrer dans chaque fibre de son ?tre. Elle essaya les exercices de respiration qui l'avaient aide toute la semaine, elle essaya de se concentrer sur un seul son ? la fois comme elle en avait pris l'habitude, mais rien ne semblait avoir le moindre effet sur cette mare montante qui continuait, inexorablement, de gagner du terrain. Vers vingt-trois heures, alors que toute la maison tait plonge dans le silence, elle sentit quelque chose cder en elle, une rsistance qui s'effondrait, comme un barrage trop longtemps sollicit qui finit par rompre sous la pression.

Elle se souvint, dans les instants qui suivirent, de sensations fragmentes plut?t que d'vnements clairs et ordonns : une chaleur intense qui irradiait depuis sa colonne vertbrale, une douleur sourde dans ses mains et dans sa m?choire, l'impression que sa peau elle-m?me devenait trop troite pour contenir ce qui grandissait ? l'intrieur d'elle. Elle se rappela avoir voulu appeler ? l'aide, avoir tendu la main vers son tlphone pos sur la table de nuit, mais ses doigts ne semblaient plus lui obir normalement, ses ongles s'allongeant et se durcissant sous ses yeux horrifis, et un vertige d'une intensit inconnue l'engloutit avant qu'elle ne puisse accomplir le moindre geste cohrent.

Le reste de la nuit resta pour elle un trou noir presque total, ponctu de quelques flashs incomprhensibles : une sensation de vitesse extraordinaire, le vent contre ce qui ne ressemblait plus vraiment ? sa peau, des odeurs d'une richesse inimaginable qui semblaient raconter toute une histoire de la for?t, la texture de la terre humide sous des pattes qui n'auraient pas d? ?tre les siennes, et, ? un moment qu'elle ne parvenait pas ? situer dans le temps, la sensation d'un hurlement montant depuis sa propre gorge, un son qu'elle n'aurait jamais imagin pouvoir produire. Elle se souvenait aussi, confusment, d'une sensation de libert presque grisante, quelque chose qui ressemblait dangereusement ? du plaisir, une pense qui l'effraya presque autant que le reste d?s qu'elle en prit conscience.

Elle reprit conscience progressivement, comme on merge d'un sommeil particuli?rement profond, avec la sensation dsagrable que son corps ne lui appartenait plus tout ? fait. Elle sentit d'abord le froid, un froid mordant qui semblait s'infiltrer jusque dans ses os, puis l'humidit sous elle, une texture ingale et froide contre sa peau. Elle ouvrit lentement les yeux, et la lumi?re grise et diffuse de l'aube naissante l'accueillit, filtrant ? travers un enchev?trement de branches qu'elle ne reconnut pas immdiatement.

Elle se redressa pniblement, le corps parcouru de courbatures inhabituelles, et elle dcouvrit, avec une horreur grandissante, qu'elle se trouvait allonge ? m?me le sol, au milieu de ce qui ressemblait ? une petite clairi?re au cCur de la for?t, entoure d'arbres qu'elle ne reconnaissait absolument pas. Elle portait toujours son pyjama de la veille, dsormais dchir ? plusieurs endroits et macul de boue sche, et ses pieds, compl?tement nus, taient couverts de terre, d'gratignures et de petites coupures qui ne semblaient pourtant provoquer aucune douleur particuli?re. Elle remarqua aussi, avec un frisson d'horreur, que ses mains portaient des traces de griffures qu'elle n'arrivait pas ? s'expliquer, de fines lignes rouge?tres qui traversaient le dos de ses paumes comme si elle avait creus la terre ? mains nues.

 Non, non, non, murmura-t-elle, se levant prcipitamment malgr le vertige qui mena?ait de la faire retomber. Ce n'est pas possible.

Elle regarda frntiquement autour d'elle, cherchant un rep?re, n'importe quel lment familier qui pourrait l'aider ? comprendre o? elle se trouvait, mais elle ne reconnut rien : ni le chemin, ni la disposition des arbres, ni m?me la direction du soleil levant qui aurait pu l'orienter. Elle ralisa avec une panique grandissante qu'elle n'avait littralement aucun souvenir de la mani?re dont elle tait arrive ici, aucune image cohrente de ce qui s'tait pass entre le moment o? elle s'tait allonge sur son lit et cet instant prsent, seule, perdue, ? des kilom?tres apparemment de chez elle. Le silence complet de cet endroit inconnu, ? peine troubl par le bruissement du vent dans les feuillages, ne faisait qu'accentuer le sentiment terrifiant d'isolement total qui s'emparait d'elle.

Elle porta les mains ? son visage, essayant dsesprment de rassembler ses penses, et elle sentit, sous ses doigts, quelque chose de sch et de collant pr?s de sa bouche. Elle regarda ses mains avec effroi : du sang, sch, sombre, dont elle ne parvenait absolument pas ? dterminer l'origine. Elle inspecta frntiquement son propre corps, cherchant une blessure qui aurait pu expliquer cette prsence, mais elle ne trouva rien, aucune coupure, aucune plaie qui aurait pu saigner ainsi.

 Qu'est-ce que j'ai fait, chuchota-t-elle, sa voix se brisant sous le poids d'une terreur qu'elle n'arrivait plus ? contenir.

Elle s'assit sur une souche d'arbre proche, essayant de reprendre son souffle, de calmer les battements affols de son cCur, et elle s'effor?a mthodiquement de rassembler les rares fragments de souvenirs qui lui restaient de cette nuit : la chaleur, la douleur, la vitesse, les odeurs, ce hurlement qu'elle croyait avoir pouss elle-m?me. Aucun de ces fragments ne formait une histoire cohrente, aucun ne lui permettait de comprendre o? elle tait alle, ce qu'elle avait fait, si elle avait crois quelqu'un, si elle avait bless quelqu'un. Elle ferma les yeux et essaya, de toutes ses forces, de forcer un souvenir supplmentaire ? remonter ? la surface, mais plus elle se concentrait, plus le vide semblait s'paissir, comme si son propre esprit refusait de lui restituer ce qu'elle avait vcu cette nuit-l?.

Cette derni?re pense la frappa comme un coup au ventre. Et si elle avait bless quelqu'un ? Et si ce sang sur son visage appartenait ? quelqu'un d'autre ? Elle se leva d'un bond, submerge par une nause soudaine, et elle dut s'appuyer contre le tronc d'un arbre pour ne pas s'effondrer, son esprit tournant en boucle autour de cette possibilit terrifiante sans qu'elle puisse ni la confirmer ni l'carter. Elle essaya de se souvenir des journaux locaux, de vrifier mentalement si elle avait entendu parler d'un incident, d'une attaque, de quoi que ce soit qui aurait pu confirmer ses pires craintes, mais son esprit puis refusait obstinment de lui fournir la moindre certitude.

Elle dcida finalement qu'elle devait retrouver son chemin, co?te que co?te, et elle se mit ? marcher au hasard, choisissant une direction qui lui semblait, sans raison particuli?re, lg?rement plus famili?re que les autres. Ses pieds nus souffraient sur le sol accident, couvert de racines et de pierres, mais elle avan?ait malgr tout, pousse par une dtermination ne de la pure ncessit de sortir de cette for?t avant que quelqu'un ne la dcouvre dans un tat aussi compromettant.

Elle marcha ainsi de longues minutes, trbuchant parfois sur des racines caches sous les feuilles mortes, se rattrapant tant bien que mal aux troncs des arbres qu'elle croisait. Le silence de la for?t ? cette heure matinale lui parut presque oppressant, seulement troubl par le chant timide des premiers oiseaux et le craquement de ses propres pas sur le sol humide. Elle essaya, tout en marchant, de reconstituer un semblant de chronologie ? partir des fragments qui lui restaient, mais chaque tentative se heurtait au m?me mur infranchissable : entre le moment o? elle s'tait allonge sur son lit et celui o? elle avait ouvert les yeux dans cette clairi?re, il n'y avait rien, absolument rien, qu'un vide aussi terrifiant qu'incomprhensible.

Elle remarqua, ? un moment, une dchirure plus profonde sur la manche de son pyjama, et elle s'arr?ta pour l'examiner, cherchant ? comprendre comment elle avait pu se dchirer ainsi. Le tissu semblait avoir t littralement arrach plut?t que simplement accroch ? une branche, et cette observation ne fit qu'ajouter ? son angoisse grandissante, lui suggrant des images qu'elle refusait catgoriquement de laisser se former dans son esprit.

Apr?s ce qui lui parut une ternit, mais qui ne reprsentait probablement qu'une vingtaine de minutes de marche pnible, elle dboucha enfin sur un sentier plus large, puis, quelques minutes plus tard, sur une route goudronne qu'elle reconnut immdiatement : la route qui menait vers le parc municipal, ? l'autre bout de la ville, ? plusieurs kilom?tres de chez elle. Elle comprit, avec un vertige renouvel, la distance qu'elle avait d? parcourir durant la nuit, une distance qu'aucun ?tre humain normal n'aurait pu couvrir ? pied en une seule nuit, et certainement pas en dormant.

Elle resta un moment immobile au bord de la route, essayant de dcider quoi faire, consciente qu'elle ne pouvait absolument pas se permettre d'?tre vue dans cet tat, pieds nus, en pyjama dchir, couverte de boue et de sang sch. Une voiture passa au loin, et elle se jeta instinctivement derri?re un buisson, le cCur battant, attendant que le bruit du moteur s'loigne compl?tement avant d'oser ressortir de sa cachette. Elle sortit son tlphone de la poche de son pantalon de pyjama, soulage de constater qu'il avait, contre toute attente, survcu ? la nuit, m?me si la batterie affichait un inquitant dix pour cent.

Elle hsita longuement avant d'appeler quelqu'un, sachant qu'expliquer sa situation actuelle reprsentait un dfi presque impossible. Elle pensa un instant ? appeler sa m?re directement, mais elle imagina immdiatement la panique que cela provoquerait, les questions sans fin, peut-?tre m?me une visite aux urgences qui ne ferait qu'aggraver une situation dj? suffisamment complique. Elle pensa aussi ? Ethan, mais elle carta rapidement cette ide : apr?s l'pisode du parc quelques jours plus t?t, elle craignait par-dessus tout qu'il ne remarque quelque chose de plus rvlateur encore dans son tat actuel. Elle finit par composer le numro de Madison, la seule personne, songea-t-elle, susceptible de venir la chercher sans poser immdiatement trop de questions embarrassantes, ou du moins sans en parler ? sa m?re avant qu'elle n'ait eu le temps de prparer une explication plausible.

 Chlo ? rpondit Madison, sa voix encore ensommeille. Il est ? peine six heures, qu'est-ce qui se passe ?

 J'ai besoin que tu viennes me chercher, dit Chlo, s'effor?ant de garder sa voix aussi calme que possible malgr la panique qui continuait de bouillonner en elle. Pr?s du parc municipal, sur la route principale.

 Quoi ? Pourquoi tu es l?-bas ? Il fait ? peine jour !

 Je t'expliquerai, dit Chlo. S'il te pla?t, viens vite. Et... ne dis rien ? personne pour l'instant.

 D'accord, j'arrive dans quinze minutes, dit Madison, soudain compl?tement rveille, sa voix trahissant une inquitude sinc?re malgr la confusion de la situation. Reste o? tu es et cache-toi si tu vois une voiture passer.

Madison, malgr une confusion vidente, accepta finalement, et Chlo passa les vingt minutes suivantes cache derri?re un buisson pr?s de la route, grelottant de froid, essayant frntiquement d'laborer une histoire plausible pour expliquer sa prsence ici, dans un tat aussi lamentable, sans veiller de soup?ons trop prcis sur la vritable nature de ce qui lui tait arriv.

Quand Madison arriva enfin, sa voiture ralentissant sur le bas-c?t, elle resta bouche be en dcouvrant l'tat de son amie : les pieds nus et ensanglants, le pyjama dchir et macul de boue, les cheveux emm?ls de feuilles et de brindilles. Elle mit quelques secondes avant de ragir, le temps que son cerveau encore ensommeill assimile pleinement le spectacle qui s'offrait ? elle.

 Chlo, mais qu'est-ce qui t'est arriv ? s'exclama Madison, descendant prcipitamment de la voiture pour l'aider ? monter.

 Je crois que j'ai somnambul, mentit Chlo, la voix tremblante, cette explication tant la seule qui lui tait venue ? l'esprit durant sa longue attente. Je me suis rveille dans la for?t, je ne sais absolument pas comment j'y suis arrive.

 Somnambul jusqu'ici ? rpta Madison, incrdule, en dmarrant la voiture. C'est ? des kilom?tres de chez toi !

 Je sais, dit Chlo, fermant les yeux et laissant sa t?te reposer contre la vitre froide. Je n'ai aucune explication. J'ai juste... j'ai juste besoin de rentrer et de prendre une douche avant que ma m?re ne se rveille.

Madison la dposa discr?tement pr?s de chez elle, promettant de garder le silence sur cette trange escapade nocturne, m?me si son expression trahissait clairement qu'elle ne croyait qu'? moiti ? l'explication du somnambulisme.

 Tu es s?re que tu vas bien ? demanda Madison une derni?re fois, avant que Chlo ne descende de la voiture. Tu peux me dire la vrit, tu sais. Je ne dirai rien ? personne.

 Je sais, dit Chlo, la gorge serre par l'motion et l'puisement. Je te le dirai quand je comprendrai moi-m?me ce qui se passe. Pour l'instant, je n'en ai vraiment aucune ide.

 D'accord, dit Madison, visiblement pas satisfaite de cette rponse mais choisissant de ne pas insister davantage. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit, m?me en pleine nuit.

Chlo russit ? se glisser dans la maison sans rveiller sa m?re, et elle se prcipita sous la douche, frottant frntiquement la boue et le sang sch de sa peau, comme si elle pouvait ainsi effacer galement les heures manquantes de sa mmoire.




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