30   .  B2.  
 


     B2           .

 ,    ,     ,   .   ,    ,    : ,   ,    .       .





 

30   .  B2.  








30   

 B2.     




Comment utiliser ce livre /    


Ce livre contient trente histoires, une pour chaque soir d'un mois. Il s'adresse ? ceux qui lisent dj? le fran?ais avec une certaine aisance et qui en veulent plus que ce qu'un manuel peut leur offrir : de vraies histoires, des personnages vivants et un fran?ais tel que les Fran?ais le parlent vraiment, avec de l'ironie, de l'humour, des expressions rgionales et beaucoup de choses qui se disent entre les lignes.

           .   ,      -   ,    :  ,     ,       ,   , ,     ,   .

? ce niveau, la grammaire n'est plus le probl?me principal. Les temps, vous les connaissez, le subjonctif aussi. Ce qui est plus difficile, et bien plus passionnant, c'est le dcalage entre ce que les gens disent et ce qu'ils veulent dire. On dit que les Fran?ais sont polis jusqu'? l'exc?s. C'est vrai. Mais quand un coll?gue regarde votre travail et dit :  C'est intressant , est-ce un compliment ? (Non.) Et quand votre patron lyonnais, qui ne parle presque jamais, dit :  C'est pas mal , est-ce une critique ? (Bien au contraire.) Beaucoup d'histoires de ce livre jouent justement sur ce dcalage.

       .   ,   .         ,   ,  ,     . ,     .  .         : C'est intressant (),   ? (.)    -,     , : C'est pas mal (),   ? ( .)        .

Les histoires sont aussi racontes de mani?res tr?s diffrentes. La plupart sont des rcits tout ? fait classiques, mais il y a un journal intime, une anne enti?re de textos, une srie de lettres indignes envoyes au courrier des lecteurs d'un journal local, et une histoire dans laquelle la m?me journe se droule deux fois. Certaines fins sont heureuses, d'autres douces-am?res, et quelques-unes restent ouvertes : ? vous de dcider.

    -.    ,   ,      ,        ,           .   ,    ,       .

Comme dans tous les livres de cette collection, chaque paragraphe appara?t deux fois : d'abord en fran?ais, puis en russe. La version russe n'est pas une traduction mot ? mot, mais une traduction littraire : elle raconte la m?me histoire dans un russe naturel. Essayez de lire d'abord le texte fran?ais et ne jetez un coup d'Cil au russe que lorsque c'est vraiment ncessaire. ? ce niveau, vous vous apercevrez souvent que vous n'en avez pas besoin du tout.

     ,    :  -,  -.     ,   :        .        ,     .      ,      .

Apr?s chaque histoire, vous trouverez la rubrique Mots &expressions: une douzaine de tournures qui valent la peine d'?tre retenues. La plupart ne sont pas des mots isols, mais des expressions toutes faites, des verbes suivis de leur prposition et des tournures du fran?ais parl : ces petites briques sournoises de la langue que les dictionnaires expliquent mal et que les Fran?ais utilisent sans m?me y penser. Les noms sont toujours donns avec leur article ; quand l'article est lid (l') ou au pluriel (les), le genre est indiqu entre parenth?ses : (m) ou (f).

       :  ,   .       ,   ,        :     ,    ,     .     ;    (l')      (les),    : (m)  , (f)  .

Une histoire se lit en une quinzaine de minutes. Lisez avec une attention particuli?re la premi?re et la derni?re : elles vont ensemble.

      .      :     .




JOUR 1





C'est pas mal


Le premier matin, au cabinet d'architectes Morel &Vidal (c'tait un lundi de mars), la femme de l'accueil a lev les yeux de son cran, m'a souri et m'a dit :  Bonjour ! ?a caille, hein ? Vous avez trouv une g?che ? 

                    ,   : Bonjour ! ?a caille, hein ? Vous avez trouv une g?che ?

? l'poque, je vivais en France depuis trois ans. J'avais fait des mnages dans des bureaux, j'avais survcu aux six cents heures de fran?ais de l'OFII, j'avais obtenu le DELF B2 avec une note dont j'tais secr?tement tr?s fi?re. De sa phrase, j'ai compris exactement deux mots :  Bonjour  et  caille . La caille, je connaissais : c'est un petit oiseau qu'on mange au restaurant. Alors je lui ai expliqu poliment, dans un fran?ais impeccable, que je n'avais rien contre les cailles, mais que je prfrais commencer par travailler.

        .   ,       OFII   ,   DELF B2  ,    .        : Bonjour  caille.  caille  :  ,    .   ,   ,  ,      ,      .

Elle m'a coute d'un air poliment inquiet. Puis elle a rpt, tr?s lentement, comme ? un enfant :  Il  fait  froid. Vous  avez  trouv  une  place  pour  vous  garer ?  Et elle a ajout :  Mme Benali descend tout de suite. 

       .    ,  : --.   -    ----?  :    .

C'tait ma premi?re le?on. Le fran?ais de mes cours n'tait pas le fran?ais qu'on parle ? Lyon.  ?a caille  n'a rien ? voir avec les oiseaux : ?a veut simplement dire qu'il fait un froid de canard. Et une  g?che , chez les Lyonnais, c'est une place, au parking, au cinma, n'importe o?. J'tais venue en mtro.

    .        ,     . ?a caille      :     .  g?che     :  ,  ,  . ,  ,   .

Mme Benali m'a demand de l'appeler Samia. C'tait l'office manager : une petite femme d'une quarantaine d'annes qui parlait vite, avec des bagues en argent ? chaque doigt et un rire qu'on entendait jusqu'au parking. Elle m'a montr mon bureau, la cuisine, l'imprimante, qui ne marchait que si on lui parlait gentiment, et la sortie de secours. Puis elle m'a regarde d'un air pensif.

      .   -: ,  ,  ,      ,   ,     .    , , ,  ,      ,   .     .

 Ton fran?ais est vraiment bon, a-t-elle dit. Ici, on se tutoie, d'ailleurs. Tout le monde, sauf M. Vidal. M. Vidal vouvoie tout le monde. M?me sa femme, ? ce qu'on raconte. 

     ,   .   , ,   . ,   .      . ,    .

 Merci. 

 .

 Non, srieusement. C'est justement pour ?a que tu vas passer une semaine horrible. Je t'y dis. 

 ,  .       .   .

Je n'ai compris ni ce qu'elle voulait dire, ni ce  y  qu'elle mettait partout. Le mercredi, j'avais compris les deux. Le  y , c'est du lyonnais : ici, on ne dit pas  je te le dis , mais  je t'y dis .

        ,    y   .        . Y   -:    je te le dis   ,   je t'y dis.

* * *

Le travail lui-m?me n'tait pas difficile. J'tais coordinatrice de projets : je surveillais les dlais, je rservais les salles de runion, je courais apr?s les fournisseurs et je veillais ? ce que les gens qui dessinaient de beaux b?timents pensent aussi ? envoyer les factures. En Russie, j'avais fait ? peu pr?s la m?me chose pendant huit ans, dans une socit d'ingnierie. Je savais comment fonctionnent les projets. Ce que je ne savais pas, c'est comment fonctionnent les Lyonnais.

   .    :   ,  ,       ,  ,   ,      .       -    .  ,   .          .

Le mardi, il y a eu une runion avec un client, un promoteur du nom de Peyrot, qui voulait transformer une ancienne chocolaterie de Villeurbanne en logements. Il avait une ide. Son ide, c'tait de peindre tout le b?timent en violet,  pour que les gens pensent au papier des tablettes de chocolat .

          ,           .    .   :      ,      .

M. Vidal, l'associ principal, coutait, le bout des doigts joints. La soixantaine passe, grand, les cheveux gris, il avait un de ces visages calmes devant lesquels on a envie de tout avouer. Quand M. Peyrot a eu fini, il a hoch lentement la t?te.

 ,  , ,   .       , ,    ,      .    ,   .

 C'est intressant, a-t-il dit. Il faut qu'on y rflchisse. 

 C'est intressant,   .  .     .

J'ai not soigneusement dans mon carnet : ? FAIRE  M. Vidal tudie la fa?ade violette.Apr?s la runion, je l'ai ajout au planning du projet et j'ai envoy le planning ? tout le monde.

    :       .           .

Dix minutes plus tard, Samia s'est plante ? c?t de mon bureau. Elle se retenait visiblement de rire.

       .       .

 Nadia, ma belle. Point six. 

 ,  .  .

 La fa?ade violette ? 

  ?

 Il n'y a pas de fa?ade violette. Il n'y aura jamais de fa?ade violette. C'est intressant, ?a veut dire qu'il trouve ?a absurde. Et Il faut qu'on y rflchisse, ?a veut dire que l'ide est dj? morte et enterre. 

    .    . C'est intressant ,     .    ,      .

 Mais je croyais que les Fran?ais disaient tout ce qu'ils pensaient ! Vous r?lez tout le temps ! 

   ,   ,  !     !

 Entre nous, oui. Si Grard trouve que ton tableau est nul, il te dit : Ton tableau est nul. ?a, c'est facile. Mais devant un client, un Lyonnais est un diplomate.  Elle a sorti une serviette en papier de sa poche, l'a lisse sur mon bureau et a trac un trait au milieu, de haut en bas. ? gauche, elle a crit Ce qu'ils disent. ? droite, Ce qu'ils veulent dire.  Voil?, a-t-elle dit. Le?on numro un. 

    .   ,      ,    :     .    .       .       ,           .     .       .  ,   .   .

* * *

La serviette s'est remplie vite.

  .

C'est intressant. C'est absurde.

C'est intressant ().  .

Il faut qu'on y rflchisse. C'est mort.

 .   .

Juste une petite remarque Voil? la critique. Assieds-toi.

  养    . .

On verra. Non.

.  .

Rien ne presse. Pour demain matin.

   .    .

?a ira. C'est bien.

?a ira ().  .

J'ai fix la derni?re ligne.  Et quand ils trouvent quelque chose vraiment bien, ils disent quoi ? 

    .     - - ?    ?

Samia a ri.  Rien. C'est ?a, le truc. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Quand un Lyonnais ne r?le pas, c'est dj? un compliment. 

 .  .    .     .        .

 C'est une langue compl?tement idiote , ai-je dit.

  - ,   .

 Ce n'est pas la langue, a dit Samia. Ce sont les gens. Mes parents sont arrivs de Stif en 1971. La voisine du dessus disait ? ma m?re : Vous avez de bien jolis graniums. Ma m?re a mis dix ans ? comprendre que ?a voulait dire : Quand vous arrosez, ?a coule sur mon balcon. Entre-temps, elle lui offrait des boutures. La voisine ne lui a pas dit bonjour pendant trois ans. 

    ,   .    .       1971-.    :     .    ,  ,   :    ,     .      .       .

* * *

Le mercredi, M. Vidal s'est arr?t devant mon bureau et a regard longuement mon tableau.

             .

 Juste une petite remarque, a-t-il dit aimablement. Je ne suis pas s?r de bien suivre, l?. 

   ,    .     ,    .

La serviette tait dans mon tiroir. Je n'en ai pas eu besoin. J'ai senti le rouge me monter aux joues.  Je vais le refaire , ai-je dit.

     .    .    .    ,   .

 Oh, rien ne presse , a dit M. Vidal, ce qui voulait dire, comme je l'ai vrifi plus tard, pour demain matin.

 ,    ,    ,           .

Ce soir-l?, je suis reste tard et j'ai tout refait. J'ai tout mis en couleur. J'ai ajout une page de synth?se. Dans le mtro, en rentrant, j'ai repens ? mon premier cours de l'OFII, trois ans plus t?t, quand je ne pouvais m?me pas peler mon propre nom sans trembler. ? l'poque, le probl?me, c'taient les mots. Maintenant, je connaissais les mots. Le probl?me, c'tait tout ce qu'il y avait entre eux.

         .   .   .             OFII   ,            .   .    .   ,    .

* * *

Le jeudi, je fr?lais la parano?a. Samia m'avait expliqu le principe de la cagnotte caf : une vieille bo?te ? biscuits en fer, dans la cuisine, o? chacun mettait cinquante centimes par tasse. Celui qui buvait sans payer, personne ne lui disait rien : il tait condamn en silence, et pour toujours. Et celui qui prenait la derni?re tasse devait refaire du caf. J'ai pris la derni?re tasse. J'ai donc fait du caf pour tout le monde et not les commandes dans mon carnet, comme une serveuse.

      .   ,    :    -   ,       . ,      ,          .     ,    .    .          ,  ,  .

 Noir, sans sucre , a dit Grard, du bureau d'tudes.

 ׸,  ,       .

 Tu le penses vraiment, ai-je demand, ou ?a veut dire le contraire ? 

     ,   ,      ?

Grard m'a regarde tr?s longtemps. Puis il a dit lentement, comme s'il parlait ? un animal dangereux :  Noir. Sans. Sucre. 

     .  ,     , :  ׸. . .

Samia a clat de rire si fort que M. Vidal est sorti de son bureau pour voir ce qui se passait.

   ,       ,  .

* * *

Le vendredi apr?s-midi, j'ai envoy ? M. Vidal mon premier vrai rapport : une prsentation compl?te du projet de la chocolaterie, avec le calendrier, les risques et les co?ts. J'y avais travaill toute la semaine. J'avais vrifi chaque chiffre deux fois et chaque phrase trois fois. J'avais m?me suggr poliment, dans une petite note de bas de page, page neuf, qu'une porte d'entre couleur chocolat noir  pourrait rappeler l'histoire du b?timent sans les risques d'une fa?ade enti?rement violette . J'tais assez fi?re de cette phrase.

                ,  ,   .      .    ,    .           ,               ,     .    - .

? seize heures, il est sorti de son bureau avec le rapport imprim. Il s'est arr?t devant moi. Le bureau tout entier s'est fait un peu plus silencieux, comme seuls les bureaux savent le faire.

       .    .          .

 Madame Petrova , a-t-il dit. Il a tourn quelques pages. ? la page neuf, il s'est arr?t, et le coin de sa bouche a frmi. Puis il a referm le rapport et m'a regarde par-dessus ses lunettes.

  ,   .   .   ,      - .          .

 C'est pas mal , a-t-il dit.

 C'est pas mal,   .  .

Et il est retourn dans son bureau.

      .

Je suis reste immobile. C'est pas mal.Apr?s une semaine de travail. Pas mal. Pas une seule petite remarque : c'tait donc tellement nul que ?a ne valait m?me pas la peine de corriger. Les yeux me piquaient. Je me suis leve, je suis alle calmement aux toilettes des femmes, je me suis enferme et je suis reste l?, ? respirer, comme trois ans plus t?t devant la porte de ma salle de cours.

   . .   . .       , ,  ,     .  .  ,     ,         ,         .

On a frapp.  Nadia ? C'est moi. 

 .  ?  .

J'ai ouvert. Samia tait l?, avec deux tasses de caf et une expression que je ne lui avais encore jamais vue. Quelque chose qui ressemblait ? de la vnration.

  .             ,       .   -   .

 Il a dit C'est pas mal ?  a-t-elle demand.

   C'est pas mal?   .

 Oui. Et puis il est parti. 

 .   .

Elle a pos les tasses sur le bord du lavabo, tr?s doucement, comme si ses mains ne lui obissaient plus.

       ,     .

 Nadia. ?a fait six ans que je travaille pour cet homme. ? moi, il a dit ?a ira peut-?tre quatre fois. C'est pas mal, il ne l'a jamais dit. Pas une seule fois. Grard est l? depuis onze ans. Grard tueraitpour un C'est pas mal. 

 .       .    ?a ira    . C'est pas mal       .    .     C'est pas mal.

 Donc c'est bien ? 

 ,  ?

 ?a veut dire : il n'y a rien ? redire. Venant de M. Vidal, c'est une standing ovation. 

  :    .       .

Je me suis mise ? rire sans pouvoir m'arr?ter, puis Samia s'y est mise aussi, et nous sommes restes toutes les deux dans les toilettes des femmes de Morel &Vidal, avec nos cafs, ? rire jusqu'? ce que la femme de l'accueil frappe ? la porte pour demander si tout allait bien. Et cette fois, je savais exactement quoi rpondre.

       ,     ,                 ,         ,      .       ,  .

 ?a ira , ai-je dit.

 ?a ira,   .

* * *

Ce soir-l?, ? la maison, j'ai sorti la serviette de mon sac et je l'ai lisse sur la table de la cuisine. Micha l'a lue par-dessus mon paule et a ri longtemps. Puis j'ai pris un stylo et j'ai ajout une nouvelle ligne en bas.

            .    -     .         .

C'est pas mal. Excellent. (Tr?s rare. Garder la serviette.)

C'est pas mal ().  . ( .   .)

Je l'ai toujours. Elle est accroche sur le frigo, sous un aimant en forme de basilique de Fourvi?re. Il y a trois ans, je croyais qu'apprendre une langue, c'tait apprendre ses mots. Aujourd'hui, je sais que ce n'est que la moiti du travail. L'autre moiti se loge entre les mots, et c'est l?, justement, que se cache l'essentiel du fran?ais.

     .         .     ,        .   ,     .             ?  .




Mots &expressions /   


?a caille ! (.) !  !

la g?che (.)    ,    . .

se tutoyer / se vouvoyer       /  

courir apr?s qn   -.,  -.  -.

C'est intressant.  (=  , )

Il faut qu'on y rflchisse.    (= )

Juste une petite remarque    (  )

Rien ne presse.     (=      )

?a ira. ;  (= )

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.     

la cagnotte  ;   ( ,   . .)

C'est pas mal.  (      )




JOUR





  .


   .

   ,     (https://www.litres.ru/book/aleksandra-panfilova/30-vecherov-s-frantsuzskim-uroven-b2-dvuiazychnye-ras-74612549/)  .

      Visa, MasterCard, Maestro,    ,   ,     ,  PayPal, WebMoney, ., QIWI ,       .


