Les histoires d'Annie, la poupe de chiffon. Livre en fran?ais
 


        1918       .      :          .      , , ,   ,    .         .

Les histoires dAnnie, la poupe de chiffon est un classique de Johnny Gruelle, publi en 1918. Cette adaptation intgrale propose un fran?ais contemporain, clair et naturel, sans archa?smes ni abr?gement. Un livre pour les enfants, les familles, les enseignants et tous ceux qui apprennent le fran?ais. Une version audio, lue par un locuteur natif francophone, para?tra apr?s ldition texte.





 

Les histoires d'Annie, la poupe de chiffon. Livre en fran?ais





Quelques mots de la traductrice


Johnny Gruelle

Les histoires d'Annie, la poupe de chiffon



Ce livre a t publi pour la premi?re fois il y a plus de cent ans, en 1918. Depuis, Annie, la poupe de chiffon, est devenue une hro?ne adore par plusieurs gnrations d'enfants et d'adultes. Ce livre cl?bre a tout de suite conquis le cCur des lecteurs. Aujourd'hui encore, il est rdit dans de nombreuses langues ? travers le monde. Le secret est sans doute dans ces histoires pleines de tendresse, qui nous apprennent ? aimer, ? prendre soin des autres et ? ?tre bons. Et ces belles le?ons sont toujours aussi prcieuses.

Ce livre est rempli d'amour. Entre les lignes, on sent tout l'amour que l'auteur porte ? sa fille. Moi aussi, j'y ai ajout ma petite part d'amour : celui que je porte ? mes enfants. Je pense que les livres pour enfants les plus sinc?res et les plus doux naissent de l'amour des parents. Et lorsque des parents liront ce livre ? leurs enfants, comme mon papa me le lisait autrefois, il y aura encore un peu plus d'amour dans le monde.

Je voulais faire dcouvrir Annie ? nos jeunes lecteurs, sans transformer ce vieux conte en une histoire moderne, mais aussi sans obliger les enfants ? se battre avec des mots et des expressions d'autrefois. J'ai donc essay de garder l'univers et l'atmosph?re du texte original, son humour plein de gentillesse, sa simplicit et son charme un peu na?f. Mais j'ai aussi adouci certains passages et choisi des mots et des phrases plus simples, pour que les enfants comprennent plus facilement l'histoire.

Attention ! Que signifie  traduction adapte  ?

Je traduis au plus pr?s de loriginal, sans coupures ni simplifications, mais j'en adoucis les asprits. Par exemple, si loriginal mentionne de la mlasse, je traduis par  sirop pais . Le sens reste proche, cela vite de faire rfrence ? un produit quon ne trouve plus dans les rayons, et le matriau ainsi que la texture de lobjet sont restitus fid?lement.

Puisse Annie rester telle que Johnny Gruelle l'a imagine : gentille, curieuse, courageuse et toujours pr?te ? partir ? la dcouverte de nouvelles aventures !

Pauline Po?tte






Dans un joli coin de Silvermine, dans le Connecticut, vivait une petite fille qui s'appelait Marcella. Elle avait des poupes qu'elle aimait beaucoup, des chatons et d'autres animaux. Sa maman, Myrtle, prenait soin d'elle, et son papa, Johnny Gruelle, tait artiste et crivain.

C'est ici, parmi les arbres verts, les eaux calmes de la rivi?re et les vieilles maisons, que sont nes des histoires que nous aimons encore lire aujourd'hui.




Prface et ddicace


Pendant que j'cris ces lignes, une vieille poupe de chiffon est assise sur mon bureau, appuye contre le tlphone.

Ma ch?re vieille Annie, la poupe de chiffon !

C'est la m?me Annie avec laquelle ma maman jouait quand elle tait petite.

Elle est assise devant moi, un peu de travers, avec ses petits bras et ses petites jambes souples. Elle me regarde de ses yeux en boutons, honn?tes et francs. ? la lumi?re de la lampe lectrique, ses yeux brillent.

On dirait qu'aujourd'hui, Annie a pris part ? un  go?ter  : elle a du chocolat sur tout le visage.

Elle sourit sans cesse, joyeusement.

Bien s?r, les souris l'ont un peu grignote. Elles ont m?me fait leur nid dans le coton tout doux qui la remplit. Mais Annie sourit toujours aussi largement qu'avant, car son sourire est dessin directement sur son visage.

Combien d'aventures as-tu vcues, Annie !

Combien de joie et de bonheur as-tu apports dans le monde !

Quoi qu'on t'ait fait, tu as tout support avec tant de patience !

Quelles le?ons de bont et de courage pourrais-tu nous enseigner si seulement tu pouvais parler ! Apr?s tout, tu as dj? cinquante-neuf ans. Pas tonnant que les poupes de chiffon soient les plus aimes ! Tu es si gentille, si patiente et si adorable.






Plus les poupes de chiffon vieillissent, plus les enfants les aiment.

Qui sait ? Peut-?tre qu'un Pays des fes est rempli de vieilles poupes de chiffon, toutes douces. Elles voyagent ? travers les merveilles du Pays des fes, bien installes dans des bras accueillants, tout pr?s de petits cCurs remplis d'une lumi?re chaude et ensoleille.

Je ddie donc ces histoires d'Annie, la poupe de chiffon, aux millions d'enfants et d'adultes qui ont aim les poupes de chiffon.

Johnny Gruelle




Dbut de l'histoire


Marcella aimait jouer dans le grenier de la vieille maison douillette de sa grand-m?re, loin de la ville. Il y avait tant de vieilles choses oublies qu'on y trouvait toujours quelque chose d'intressant.

Un jour, Marcella jouait depuis longtemps avec un vieux rouet. Elle eut envie de se reposer sur un vieux canap rempli de crin.

 Je me demande ce qu'il y a dans ce tonneau, tout au fond, dans le coin ?  pensa-t-elle.

Marcella sauta du canap et passa par-dessus deux coffres poussireux pour rejoindre le tonneau qui se trouvait juste sous la pente du toit.

Il faisait assez sombre. Marcella sortit donc du tonneau un grand tas d'objets et les emporta pr?s la fen?tre du grenier, o? il faisait plus clair.

Elle y trouva un dr?le de petit bonnet avec de longs rubans blancs. Marcella le mit sur sa t?te.

Dans un vieux sac en cuir, elle trouva plusieurs vieilles photos d'hommes et de femmes habills de fa?on trange. Il y avait aussi une photo d'une tr?s jolie petite fille aux longues boucles soigneusement peignes en arri?re. Elle portait une longue robe et de dr?les de petits pantalons qui descendaient jusqu'aux chaussures.






Puis, parmi toutes ces choses, Marcella trouva une vieille poupe de chiffon.

Elle n'avait qu'un seul Cil en forme de bouton, un nez dessin et une bouche souriante. Sa robe tait faite d'un tissu doux, bleu, avec de jolies petites fleurs et des pois.

Folle de joie d'avoir trouv une si jolie poupe, Marcella prit Annie, la poupe de chiffon, et courut en bas pour la montrer ? sa grand-m?re.






 Oh ! Oh ! O? l'as-tu trouve ? s'cria sa grand-m?re. C'est bien la vieille Annie, la poupe de chiffon ! Je l'avais compl?tement oublie. Elle a d? passer, je crois, cinquante ans dans le grenier !  Oh ! Ma ch?re vieille Annie ! Viens, je vais te coudre un deuxi?me Cil ! 

La grand-m?re se dirigea vers sa machine ? coudre pour prendre une aiguille et du fil.

Marcella regardait sa grand-m?re coudre un Cil ? la poupe. Pendant ce temps, sa grand-m?re lui racontait comment elle jouait avec Annie quand elle tait petite.

 Voil? !  dit la grand-m?re en riant.  Maintenant, tu as deux beaux yeux en boutons, Annie ! Tu vas pouvoir voir comme le monde a chang pendant tout ce temps o? tu es reste enferme dans le grenier ! Tu as maintenant une nouvelle petite ma?tresse et une amie : Marcella. J'esp?re que vous serez aussi heureuses ensemble que nous l'avons t, toi et moi, autrefois ! 






Puis la grand-m?re donna Annie ? Marcella et lui dit tr?s srieusement :

 Marcella, laisse-moi te prsenter ma ch?re amie : Annie, la poupe de chiffon. Annie, voici ma petite-fille Marcella ! 

Et la grand-m?re bougea les doigts si joyeusement que la poupe de chiffon hocha la t?te.

 Oh, grand-m?re ! Merci mille fois !  s'cria Marcella en serrant sa grand-m?re dans ses bras et en l'embrassant.  Je vais tellement m'amuser avec Annie ! 

C'est ainsi qu'Annie, la poupe de chiffon, entra dans la famille de poupes de Marcella. Et c'est l? que commenc?rent les aventures d'Annie, la poupe de chiffon, que je vais maintenant vous raconter.




1. Une le?on pour Annie, la poupe de chiffon


Un jour, les poupes se retrouv?rent seules dans la maison.

La petite ma?tresse installa ses poupes dans la pi?ce et leur dit de bien se tenir jusqu'? son retour.

Elles rest?rent donc assises bien sagement, sans m?me bouger un doigt, jusqu'? ce que la petite fille quitte la pi?ce.

Alors, le Soldat de plomb tourna la t?te et fit un clin d'Cil ? Annie, la poupe de chiffon.

Quand le portail d'entre se referma, les poupes comprirent qu'il n'y avait plus personne dans la maison. Aussit?t, elles saut?rent de leur place.

- Maintenant, amusons-nous ! s'cria le Soldat de plomb. Allons chercher quelque chose de bon ? manger !

- Oui ! Allons chercher quelque chose de bon ? manger ! cri?rent toutes les autres poupes en chCur.

- Ce matin, quand notre petite ma?tresse jouait avec moi, dit Annie, elle m'a porte devant une porte. Et l?, j'ai senti une odeur... On aurait dit qu'il y avait quelque chose de vraiment, vraiment dlicieux !

- Alors, conduis-nous, Annie ! s'cria la Poupe fran?aise.

- Annie sera notre chef ! Elle nous montrera le chemin ! dit le petit Indien.






Les poupes applaudirent et cri?rent :

- Hourra ! Annie sera notre chef !

Annie, la poupe de chiffon, tait tr?s fi?re de la confiance et de l'amour que les poupes lui tmoignaient. Elle accepta avec plaisir de devenir leur chef.

- Suivez-moi ! ordonna-t-elle, puis elle traversa la pi?ce d'un pas dcid.

Les autres poupes la suivirent. Elles coururent dans toute la maison jusqu'? ce qu'elles arrivent enfin devant la porte du garde-manger.

- C'est ici ! s'cria Annie.

Et en effet, toutes les poupes sentirent une odeur si dlicieuse qu'elles comprirent aussit?t qu'il devait y avoir quelque chose de vraiment, vraiment bon derri?re cette porte.

Mais aucune d'elles n'tait assez grande pour ouvrir la porte. Elles la pouss?rent et tir?rent de toutes leurs forces, mais elle resta ferme.

Les poupes se bousculaient et tombaient les unes sur les autres. Parfois, elles marchaient m?me sur celles qui taient tombes. Elles faisaient tout leur possible pour ouvrir la porte.

Finalement, Annie s'loigna des autres et s'assit par terre.

Quand les autres poupes la virent assise l?, en train de se gratter la t?te avec ses petites mains de chiffon, elles comprirent qu'elle rflchissait.

- Chut ! Chut ! murmur?rent-elles.

Elles s'approch?rent doucement d'Annie et s'assirent devant elle.

- Il doit bien y avoir un moyen d'entrer, dit Annie.

- Annie dit qu'il doit y avoir un moyen d'entrer ! cri?rent toutes les poupes.

- Aujourd'hui, je n'arrive pas ? rflchir correctement, dit Annie. J'ai l'impression d'avoir un trou dans la t?te.

La Poupe fran?aise s'approcha d'Annie et lui enleva son petit bonnet.

- Tu as vraiment un trou dans la t?te, Annie ! dit-elle.

Elle sortit une pingle de sa jupe et s'en servit pour refermer la dchirure dans la t?te d'Annie.

- Excuse-moi, ce n'est pas tr?s joli. Tu as maintenant quelques plis sur le front ! remarqua-t-elle.

- C'est beaucoup mieux ! se rjouit Annie. Maintenant, je peux de nouveau rflchir.

- Annie peut de nouveau rflchir ! cri?rent les autres poupes en chCur.

- Je crois que mes penses s'chappaient par ce trou ! dit Annie.

- C'est s?rement ?a, ch?re Annie ! rpondirent les autres poupes.

- Maintenant que je peux rflchir, dit Annie, je crois que la porte est ferme ? cl. Pour entrer, il faut trouver la cl !

- Ce sera facile ! dit le Poupon hollandais, qui savait dire  Maman  quand on le penchait en avant ou en arri?re. Que le courageux Soldat de plomb tire sur la cl pour la faire sortir de la serrure avec son petit pistolet !

- Je vais m'en charger ! cria le Soldat de plomb en levant son arme.

- Oh non, Annie ! s'cria la Poupe fran?aise, effraye. Je t'en prie, ne le laisse pas tirer !

- Non ! dit Annie. Nous allons trouver un moyen plus silencieux.

Elle rflchit un instant, puis sauta de joie et s'cria :

- J'ai trouv !

Elle attrapa Jack le Culbuteur et l'emmena jusqu'? la porte. Il sauta de plus en plus haut le long de son b?ton et ouvrit la serrure.

Alors, toutes les poupes se prcipit?rent vers la porte, qui s'ouvrit en grand.






Quelle pagaille ! Les poupes grimp?rent les unes sur les autres, car chacune voulait ?tre la premi?re ? atteindre les friandises.

Elles mont?rent sur les tag?res du garde-manger, se bouscul?rent et renvers?rent un pot de cr?me. La cr?me claboussa toute la robe de la Poupe fran?aise.

Le petit Indien trouva du pain de ma?s, le trempa dans du sirop pais et s'assit pour faire un festin.

Un pot de confiture de framboises se renversa lui aussi. Les poupes mang?rent de la confiture jusqu'? ce que leurs petits visages deviennent tout rouges.

Le Soldat de plomb tomba trois fois de l'tag?re et se tordit m?me une jambe de plomb. Mais, chaque fois, il remonta courageusement.

Jamais les poupes ne s'taient autant amuses. Quelle aventure !

Elles avaient dj? mang beaucoup de friandises quand, tout ? coup, elles entendirent le portail d'entre s'ouvrir.

Les poupes ne prirent pas la peine de redescendre doucement des tag?res. Elles tomb?rent ou saut?rent par terre et coururent aussi vite qu'elles le purent jusqu'? la chambre des enfants, laissant derri?re elles un chemin de miettes de pain et de confiture.

Au moment o? leur petite ma?tresse entra dans la pi?ce, les poupes tomb?rent par terre un peu partout.






- Comme c'est trange ! s'cria la petite ma?tresse. J'avais pourtant laiss toutes mes poupes bien assises ? leur place ! Est-ce que Fido, le chiot, aurait mis tout ce dsordre ?

Mais elle aper?ut alors le visage d'Annie et la souleva.

- Oh, Annie, tu es toute collante ! On dirait que tu es couverte de confiture !

La petite fille lcha la main de la poupe.

- Oui, c'est bien de la confiture ! Eh bien, Annie ! Tu es alle dans le garde-manger ! Et les autres poupes aussi !

La petite ma?tresse posa Annie par terre et sortit de la pi?ce.

Quand elle revint, elle portait un tablier et ses manches taient retrousses.

La petite fille ramassa toutes les poupes sales et collantes dans un panier et les emporta dans le jardin, sous le pommier.

Elle y prpara une petite baignoire pour les poupes et une planche ? laver. Puis elle prit les poupes une par une, les frotta avec une brosse, les lava dans l'eau savonneuse et les plongea encore et encore dans l'eau, jusqu'? ce qu'elles soient toutes propres.

Ensuite, elle tendit les poupes sur une corde pour les faire scher au soleil.

Les poupes rest?rent toute la journe sur la corde, ? se balancer dans le vent.

Au bout d'une heure, Annie, la poupe de chiffon, dit :

- On dirait que le soleil me chauffe tellement le visage qu'il efface mon sourire !






- Non, il est toujours l? ! rpondit le Soldat de plomb. Le vent vient de me tourner dans l'autre sens, et je peux te voir. Mais je crois que mes bras grinceront toujours quand je les bougerai. Ils sont tout rouills !

Le vent fit alors basculer le Poupon hollandais. Le petit ressort auquel il tait attach se dtendit. Le poupon, rempli de sciure, tomba lourdement dans l'herbe, se retourna et cria :

- Maman !

Vers le soir, la porte de derri?re s'ouvrit et la petite ma?tresse sortit dans le jardin. Elle apporta une petite table et des chaises.

La petite fille mit la table, dtacha les poupes de la corde et les installa tout autour.

Sur la table, il y avait des tasses remplies de limonade au raisin, d'une jolie couleur lavande, et de petits biscuits ronds et croustillants, saupoudrs de sucre glace.

Apr?s ce merveilleux repas, la petite ma?tresse ramena les poupes dans la maison. Elle les peigna et leur mit de jolies chemises de nuit toutes propres.

Puis les poupes se couch?rent dans leurs petits lits. La petite ma?tresse embrassa chacune d'elles pour lui souhaiter bonne nuit, puis sortit de la chambre sur la pointe des pieds.

Toutes les poupes rest?rent couches en silence pendant quelques minutes, comme de petites souris.

Puis Annie, la poupe de chiffon, se redressa sur ses petits bras souples et dit :

- J'ai rflchi ? quelque chose !

- Chut ! murmur?rent les autres poupes. Annie est en train de rflchir !






- Oui, dit Annie. J'ai compris quelque chose. Notre petite ma?tresse nous a prpar un si merveilleux repas sous le pommier pour nous donner une le?on. Elle voulait nous montrer que nous pouvons recevoir autant de friandises que nous voulons si nous nous comportons bien.

- Cela veut dire que nous ne devons jamais prendre sans permission ce que nous pouvons simplement demander !

- N'oublions jamais cela et ne faisons plus rien qui puisse rendre tristes ceux qui nous aiment !

- Nous nous en souviendrons ! rpondirent les autres poupes en chCur.

Et Annie, la poupe de chiffon, se recoucha sur son oreiller, ses yeux-boutons brillants de joie.

Sa petite t?te souple tait remplie de penses d'amour et de bonheur.




2. Annie, la poupe de chiffon, et la grande lessive


- Oh, tante Dina ! Comment as-tu pu faire ?a ?!

Maman regarda par la fen?tre et vit Marcella courir vers sa tante. La petite fille lui arracha quelque chose des mains, puis se couvrit le visage avec ses mains et clata en sanglots.

Maman sortit de la maison et s'agenouilla pr?s de la petite fille en pleurs.

- Qu'est-ce qui se passe, ma chrie ? demanda maman.

Marcella lui tendit sa poupe, Annie, la poupe de chiffon.

Mais Annie avait une dr?le d'allure.

Maman avait beaucoup de peine pour Marcella, mais elle ne put s'emp?cher de sourire : Annie, la poupe de chiffon, avait l'air vraiment ridicule.

Tante Dina regarda la petite fille et sa poupe. Marcella arracha Annie des mains de tante Dina et rpta en pleurant :

- Oh, Dina ! Pourquoi as-tu fait ?a ?!

Dina ne comprenait pas tr?s bien ce qui s'tait pass, mais elle tait tr?s triste d'avoir fait de la peine ? Marcella, car elle l'aimait beaucoup.

Quant ? Annie, la poupe de chiffon, elle ne se faisait pas de souci. Elle savait qu'elle avait l'air tr?s dr?le, mais elle continuait ? sourire, encore plus largement que d'habitude.

Annie savait tr?s bien ce qui lui tait arriv, et son unique oeil en bouton brillait joyeusement.






Elle se souvenait de ce matin-l?, quand Marcella tait venue dans la chambre pour enlever les chemises de nuit des poupes et leur mettre de jolies robes. Ce jour-l?, la petite fille tait de mauvaise humeur.

Annie pensa alors :

 Elle s'est s?rement leve du mauvais pied ce matin ! 

Marcella grondait chaque poupe pendant qu'elle l'habillait.

Quand vint le tour d'Annie, Marcella se f?cha encore plus : elle venait de se piquer le doigt avec une pingle en habillant la Poupe fran?aise.

C'est alors que son amie, la petite fille du voisin, appela Marcella.

Marcella sortit en courant de la chambre et jeta Annie derri?re elle.

Annie tomba directement dans le panier ? linge sale et y resta, toute recroqueville.

Quelques minutes plus tard, tante Dina passa dans le couloir avec une grande pile de linge et la posa dans le panier ? linge, juste sur Annie.

Puis tante Dina emporta le panier dans la cour, o? elle faisait la lessive.

Elle vida tout le linge dans une norme marmite et y versa de l'eau.

Elle posa la marmite sur le feu.

Quand l'eau commen?a ? chauffer, Annie, la poupe de chiffon, se mit ? bouger. Elle essaya de se frayer un chemin ? travers le linge sale pour sortir la t?te de la marmite.

Mais la vapeur l'emp?chait de voir quoi que ce soit.

Tante Dina ne voyait pas Annie non plus, ? cause de toute cette vapeur.

Puis Dina prit un vieux manche de balai et se mit ? remuer le linge dans l'norme marmite.

Les v?tements et Annie, la poupe de chiffon, tournaient et tournaient dans l'eau chaude jusqu'? ce que le linge soit bien propre.

Quand Dina commen?a ? sortir les v?tements de la grande marmite, un par un, pour les rincer, elle finit par trouver Annie.

Tante Dina ne savait pas qu'Annie s'tait retrouve par accident dans le panier. Elle pensa que Marcella avait mis sa poupe l? expr?s pour la faire laver.

Dina savonna donc bien Annie et se mit ? la frotter contre la planche ? laver, qui tait tr?s dure.

Deux boutons se dtach?rent dans le dos de la robe d'Annie.

Et quand Dina lui frotta le visage, son oeil en bouton se dtacha.

Puis Dina glissa les jambes d'Annie entre les rouleaux de l'essoreuse et se mit ? tourner la manivelle.

Faire passer Annie entre les rouleaux n'tait pas facile, mais Dina tait tr?s forte.

Et bien s?r, ce qui devait arriver arriva !

Annie, la poupe de chiffon, ressortit de l'essoreuse toute plate, comme une cr?pe.

C'est ? ce moment-l? que Marcella revint et aper?ut Annie.

- Oh, Dina ! Comment as-tu pu faire ?a ?! s'cria Marcella en arrachant Annie toute plate des mains de Dina, qui tait compl?tement perdue.

Maman consola Marcella et lui caressa la main.

Quand tante Dina expliqua qu'elle avait vu Annie pour la premi?re fois dans le linge, en la sortant de la marmite, Marcella se remit ? pleurer.

- C'est enti?rement ma faute, maman ! dit-elle. Je m'en souviens maintenant ! J'ai laiss ma ch?re Annie en courant hors de la chambre. Elle est s?rement tombe dans le panier ? linge sale ! Oh l? l? !

Elle serra Annie tr?s fort contre elle.

Maman ne gronda pas Marcella en lui disant que tout tait arriv parce qu'elle avait t de mauvaise humeur et s'tait mal comporte. Maman voyait bien que la petite fille tait triste et regrettait dj? ce qui s'tait pass.

Au lieu de cela, maman lui dit :

- Tu sais, regarde comme Annie a t courageuse ! On dirait qu'elle n'est m?me pas triste.

Marcella essuya ses larmes et regarda Annie.

Elle tait toute plate, comme une cr?pe, mais elle souriait toujours de son joyeux sourire dessin.

Marcella ne put s'emp?cher de rire.

Maman et Dina se mirent ? rire elles aussi, car le sourire d'Annie, la poupe de chiffon, tait presque deux fois plus large qu'avant.

- Je vais suspendre Annie sur la corde ? linge pendant une demi-heure, en plein soleil, dit tante Dina. Quand je la dcrocherai, tu ne la reconna?tras plus !

On suspendit donc Annie ? la corde ? linge, en plein soleil.






Elle se balan?ait et tournait dans le vent, tout en coutant les rouges-gorges chanter dans l'arbre voisin.

De temps en temps, Dina sortait dans la cour pour redresser Annie et la secouer un peu, jusqu'? ce que son rembourrage soit de nouveau sec et moelleux, et que sa t?te, ses bras et ses jambes retrouvent leur forme.

Enfin, Dina rapporta Annie dans la maison et montra ? Marcella et ? maman comme elle tait redevenue propre et jolie.

Marcella emporta aussit?t Annie dans la chambre et raconta ? toutes les poupes ce qui s'tait pass.

Elle leur expliqua combien elle regrettait d'avoir t de mauvaise humeur en les habillant ce matin-l?.

Les poupes ne rpondirent rien.

Mais, tandis que Marcella tait assise dans son petit fauteuil rouge, serrant Annie dans ses bras, on pouvait voir ? leurs yeux combien elles aimaient leur petite ma?tresse.

L'unique oeil en bouton qui restait ? Annie regarda Marcella d'un air malicieux. L'autre oeil serait bient?t recousu par maman, tante Dina ou Marcella elle-m?me.

Annie, la poupe de chiffon, regardait malicieusement sa petite ma?tresse. Sur son visage brillait toujours le m?me vieux sourire, un sourire de bonheur, de bonne humeur et d'amour.




3. Annie, la poupe de chiffon, et le cerf-volant


Annie, la poupe de chiffon, regardait les prparatifs avec intr?t.

Les gar?ons attach?rent quelques petites baguettes avec de la ficelle, puis recouvrirent cette armature d'un tissu lger.

Annie entendit les gar?ons parler d'un  cerf-volant  et comprit aussit?t que c'tait ce qu'ils taient en train de fabriquer.

Quand ils attach?rent une queue au cerf-volant et une grosse pelote de ficelle ? l'avant du cerf-volant, l'un des gar?ons le leva bien haut, tandis qu'un autre s'loignait en droulant la ficelle.

Une petite brise se leva. Le gar?on qui tenait la pelote cria :

- L?che-le !

Puis il se mit ? courir.

Marcella souleva Annie un peu plus haut pour qu'elle puisse regarder le cerf-volant s'envoler dans le ciel.

Comme il montait bien ! Mais, tout ? coup, le cerf-volant se mit ? se comporter bizarrement. Tous les enfants donn?rent des conseils au gar?on qui tenait la ficelle. Le cerf-volant se mit ? tournoyer d'un c?t et de l'autre, fit quatre ou cinq boucles dans les airs, puis s'crasa par terre.

- Il lui faut une queue plus longue ! cria un des gar?ons.

Les enfants se mirent ? chercher d'autres morceaux de tissu pour les attacher ? la queue du cerf-volant.

- Attachons Annie ? la queue ! proposa Marcella. Je sais qu'elle aimera voler tr?s haut dans le ciel !

Les gar?ons pouss?rent des cris de joie en entendant cette ide.

Ils attach?rent Annie, la poupe de chiffon, ? la queue du cerf-volant.

Cette fois, le cerf-volant monta tout droit et vola sans faire de zigzags.

Le gar?on qui tenait la pelote droulait la ficelle encore et encore, jusqu'? ce que le cerf-volant et Annie soient tr?s haut dans le ciel, tr?s loin.

Comme Annie aimait ?tre l?-haut ! Elle pouvait voir tr?s loin... Les enfants, en bas, semblaient tout petits !

Soudain, une forte rafale de vent emporta Annie tr?s loin, derri?re le cerf-volant. Elle entendait le vent siffler le long de la ficelle tendue.

Et alors, Annie sentit que quelque chose tait en train de se dchirer.

C'tait le morceau de tissu qui la retenait au cerf-volant.

? chaque nouvelle rafale, le tissu se dchirait un peu plus.

Marcella regardait Annie s'lever tr?s haut au-dessus du sol et essayait de deviner si la poupe aimait ce vol. Marcella avait m?me envie de voler avec elle.

Mais cinq ou dix minutes pass?rent, et Marcella commen?a ? s'ennuyer.






Faire voler un cerf-volant n'tait finalement pas si amusant. Ce serait bien plus intressant de prendre le go?ter sous le pommier.

- S'il vous pla?t, faites redescendre le cerf-volant ! demanda-t-elle au gar?on qui tenait la pelote. Je veux rcuprer Annie.

- Laisse-la encore voler un peu ! rpondit le gar?on. Quand nous ferons redescendre le cerf-volant, nous te ram?nerons Annie ? la maison. Nous prendrons une autre pelote de ficelle et nous la ferons monter encore plus haut !

Marcella n'avait pas envie de laisser Annie avec les gar?ons. Elle s'assit donc par terre et attendit qu'ils fassent redescendre le cerf-volant.

Mais, pendant que Marcella regardait Annie, devenue un tout petit point dans le ciel, elle ne pouvait pas voir le vent dchirer le morceau de tissu auquel la poupe tait attache.

Et soudain, le morceau de tissu se dchira compl?tement.

Annie, la poupe de chiffon, se mit ? tomber. Le vent souleva sa jupe comme une petite voile ou un parachute.

Marcella se releva d'un bond. Elle tait si effraye qu'elle ne pouvait plus parler.

Sans Annie, le cerf-volant se remit ? tournoyer dans le ciel et ? tomber vers le sol.

- Nous allons retrouver ta poupe ! dirent plusieurs gar?ons en voyant le visage triste de Marcella. Puis ils coururent vers l'endroit o? Annie semblait ?tre tombe.

Marcella et les autres petites filles coururent derri?re eux.

Ils coururent encore et encore, jusqu'? ce qu'ils retrouvent enfin le cerf-volant par terre. Une des baguettes tait casse, mais Annie avait disparu.

- Elle est s?rement tombe tout pr?s de votre jardin ! dit un des gar?ons ? Marcella. Quand la poupe s'est dtache, le cerf-volant se trouvait juste au-dessus de cet endroit !

Marcella tait dsespre et ne parvenait pas ? se calmer.

Elle rentra dans la maison et se jeta sur son lit.

Maman sortit avec les enfants et chercha Annie partout, mais elle ne la trouva pas.

Quand papa rentra ? la maison le soir, il chercha lui aussi Annie, sans succ?s.

Marcella ne mangea presque rien au d?ner, et ni maman ni papa ne russirent ? la consoler.

Les autres poupes taient oublies dans la chambre, et cette nuit-l?, Marcella ne les mit m?me pas au lit. Elle resta dans son lit, pleurant et se tournant sans cesse d'un c?t et de l'autre.

Enfin, elle murmura doucement :

 Pourvu qu'Annie aille bien et qu'on la retrouve ! 

Puis Marcella ferma les yeux et s'endormit.

Dans son r?ve, elle vit des fes arriver. Elles emmen?rent Annie avec elles dans le merveilleux Pays des fes, puis la ramen?rent ? la maison.

Marcella se rveilla en criant.

Bien s?r, maman vint tout de suite la voir et lui dit que, le matin, papa offrirait une rcompense ? celui qui retrouverait Annie et la ram?nerait ? la maison.

- Tout est ma faute, maman ! dit Marcella. Je n'aurais jamais d? laisser les gar?ons attacher ma ch?re Annie ? la queue du cerf-volant ! Mais je suis s?re que les fes la ram?neront.

Maman prit Marcella dans ses bras et essaya de la consoler, m?me si, au fond d'elle-m?me, elle tait presque certaine qu'Annie tait perdue pour toujours.

Mais o? tait donc Annie pendant tout ce temps ?

Quand Annie se dtacha du cerf-volant, le vent souleva sa jupe et l'emporta plus loin, jusqu'? ce qu'elle tombe entre les branches d'un grand arbre, juste au-dessus de la maison de Marcella.

Annie tomba lourdement, le visage contre les branches, en criant  Plouf ! , et resta coince entre les branches.

Un nid de rouges-gorges se trouvait tout pr?s. Les deux oiseaux, effrays, s'envol?rent en poussant des cris inquiets.

Mais les rouges-gorges revinrent bient?t et se mirent ? gronder Annie parce qu'elle tait tombe si pr?s de leur nid.

Annie leur souriait simplement sans bouger.

Quand les rouges-gorges se calm?rent et cess?rent de se disputer, l'un d'eux s'approcha pour mieux regarder la poupe.

C'tait Madame Rouge-gorge.

Elle appela Monsieur Rouge-gorge et lui dit :

- Regarde comme elle a de beaux fils dans les cheveux ! Nous pourrions nous en servir pour rendre notre nid plus chaud.

Les rouges-gorges s'approch?rent d'Annie et lui demand?rent s'ils pouvaient prendre quelques fils de ses cheveux pour leur nid.

Annie leur sourit.

Alors, les deux rouges-gorges se mirent ? prendre des fils dans les cheveux d'Annie jusqu'? ce qu'ils en aient assez pour rendre leur nid doux et confortable.

Le soir arriva.

Les rouges-gorges chant?rent leurs chansons du soir, tandis qu'Annie regardait les toiles appara?tre, briller toute la nuit, puis dispara?tre ? la lumi?re du matin.

Le lendemain matin, les rouges-gorges se remirent ? prendre des fils dans les cheveux d'Annie. Elle en avait moins, mais elle pouvait maintenant regarder entre les branches.






Quand le soleil se leva, Annie vit qu'elle se trouvait dans un grand arbre, juste au-dessus du jardin de la maison.

Pendant ce temps, Marcella partit chercher Annie avant m?me le petit djeuner.

Et elle la retrouva elle-m?me.

Voici comment cela arriva.

Madame Rouge-gorge avait souvent vu Marcella dans le jardin avec Annie. Elle se mit donc ? chanter tr?s fort :

- Tchip ! Tchip !

Monsieur Rouge-gorge se mit ? chanter lui aussi :

- Tchip ! Tchip ! Ne sois pas triste ! Ne sois pas triste ! Rjouis-toi, rjouis-toi ! Tchip ! Tchip !

Marcella leva la t?te pour regarder les rouges-gorges dans l'arbre au-dessus de la maison et aper?ut soudain Annie qui regardait entre les branches.

Le cCur de la petite fille se mit ? battre tr?s fort de joie !

- La voil? ! La voil?, Annie ! cria Marcella.

Maman et papa sortirent eux aussi dans le jardin et virent Annie leur sourire.

Papa prit une longue perche ? linge, passa par la fen?tre jusqu'au grenier et dcrocha Annie de l'arbre.

Annie tomba directement dans les bras de Marcella, qui la serra tr?s fort contre elle.

- Tu ne voleras plus jamais avec un cerf-volant, Annie ! dit Marcella. Tu m'as tellement manqu. Je ne te laisserai plus jamais partir !

Annie rentra dans la maison et prit son petit djeuner avec sa petite ma?tresse.

Maman et papa chang?rent un sourire en regardant par la porte de la salle ? manger : Annie n'avait jamais souri aussi largement, car la petite Marcella lui donnait un Cuf pour son petit djeuner.




4. Annie, la poupe de chiffon, sauve le petit Fido


Minuit approchait, et toutes les poupes taient dans leur petit lit, sauf Annie, la poupe de chiffon.

Annie tait couche, les yeux-boutons tourns vers le plafond. De temps en temps, elle passait sa main de chiffon dans ses cheveux de fil. Elle rflchissait.

Enfin, apr?s avoir longuement rflchi, Annie se redressa sur ses doux coudes et dit :

 J'ai compris !

Les autres poupes remu?rent et se redress?rent ? leur tour.

 coutez ! Annie a compris !

 Raconte-nous ? quoi tu pensais, ch?re Annie, dit le Soldat de plomb. Esprons que ce sont de bonnes penses !

 Pas du tout ! rpondit Annie, la poupe de chiffon, en essuyant une petite larme de son oeil-bouton. Vous n'avez pas remarqu que Fido a disparu toute la journe ?

 Non, nous ne l'avons pas vu depuis t?t ce matin, rpondit la Poupe fran?aise.






 Cela m'inqui?te, dit Annie. Heureusement que ma t?te est remplie de doux coton blanc ! Sinon, tous ces soucis m'auraient dj? bris le coeur ! Aujourd'hui, notre petite ma?tresse m'a emmene dans sa chambre. Elle pleurait, et j'ai entendu sa maman lui dire :  Nous allons le retrouver ! Il rentrera bient?t ? la maison, j'en suis s?re !  J'ai compris qu'elles parlaient de Fido. Il s'est sans doute perdu !

Le Soldat de plomb sortit de son lit et courut vers le panier o? Fido dormait autrefois. Ses petites jambes de plomb claqu?rent sur le plancher.

 Il n'est pas l? ! dit-il.

 Ce matin, j'tais assis pr?s de la fen?tre, dit le Petit Indien, quand j'ai vu Fido avec un grand chien jaune. Ils jouaient dans la prairie, puis ils sont partis par un trou dans la cl?ture !

 C'tait le chien de Priscilla Pitterkins ! dit la Poupe fran?aise.

 Je sais que notre pauvre petite ma?tresse est tr?s triste ? cause de Fido, dit le Poupon hollandais. Pendant le d?ner, j'tais dans la salle ? manger et j'ai entendu le papa de Marcella lui dire de manger un peu. Il lui a promis qu'il irait lui-m?me chercher Fido. Mais j'avais compl?tement oubli cette histoire jusqu'? maintenant !

 Voil? notre probl?me ! soupira la toute petite poupe. Nous oublions tous tout, sauf Annie, la poupe de chiffon. C'est toujours elle qui doit penser ? tout pour nous !

 Je crois que nous devrions montrer ? notre ma?tresse combien nous l'aimons et essayer de retrouver Fido ! s'cria Annie.

 Quelle bonne ide, Annie ! s'exclam?rent toutes les poupes. Dis-nous par o? commencer !

 Pour commencer, sortons dans le jardin et essayons de retrouver les traces des chiens ! proposa Annie.

 Je retrouverai facilement leur piste ! dit le Petit Indien. Les Indiens savent lire les traces !

 Alors, en route ! Assez parl ! ordonna Annie, la poupe de chiffon.

Elle sauta de son lit, et les autres poupes la suivirent.

La fen?tre de la chambre tait ouverte. Les poupes s'aid?rent les unes les autres ? grimper sur le rebord, puis saut?rent dans l'herbe tendre.

Elles retomb?rent un peu n'importe comment, mais, heureusement, aucune ne se fit mal.

Pr?s d'un trou dans la cl?ture, le Petit Indien dcouvrit les traces de deux chiens. Les poupes se mirent en file indienne derri?re lui et le suivirent jusqu'? la maison de Pitterkins.

Pitterkins fut tr?s surpris de voir ces tranges petites poupes en chemise de nuit blanche marcher ? la queue leu leu vers sa niche.

Pitterkins tait trop grand pour dormir dans la chambre des poupes. Il avait donc une jolie petite niche sous une tonnelle couverte de vigne.

 Entrez donc ! dit Pitterkins lorsqu'il reconnut les poupes.

Toutes les poupes entr?rent dans sa niche et s'install?rent autour de lui pendant qu'Annie expliquait pourquoi elles taient venues.






 Cela m'inqui?te beaucoup, moi aussi ! dit Pitterkins. Mais je n'ai jamais russi ? faire comprendre ? votre ma?tresse o? se trouve Fido, car elle ne comprend pas le langage des chiens ! Vous savez, poursuivit-il, Fido et moi jouions tranquillement dans le parc quand un homme immense s'est approch de nous avec un dr?le d'objet au bout d'un b?ton.

Nous avons aboy apr?s lui, mais Fido a cru que cet homme voulait jouer avec nous. Savez-vous ce qui s'est pass ? Cet homme mchant a attrap Fido avec son dr?le d'objet, l'a emmen jusqu'? une camionnette et l'a jet ? l'intrieur. Beaucoup d'autres chiens s'y trouvaient dj? !

 Un attrapeur de chiens ! s'cria Annie, la poupe de chiffon.

 Oui! dit Pitterkins en se frottant les yeux avec ses pattes. C'tait bien un attrapeur de chiens ! Je l'ai suivi et j'ai vu comment il avait enferm tous les chiens derri?re une haute cl?ture mtallique pour les emp?cher de s'chapper !

 Alors, tu sais o? se trouve cet endroit, Pitterkins ? demanda Annie.

 Oui, je peux le retrouver facilement, rpondit Pitterkins.

 Alors, montre-nous le chemin ! s'cria Annie. Nous devons essayer de sauver Fido !

Pitterkins les conduisit par les petites rues, ? travers la ville, tandis que les poupes le suivaient ? la file.

C'tait une promenade bien trange !

Un jour, un chien inconnu se prcipita sur eux, mais Pitterkins lui fit comprendre qu'il ne devait pas se m?ler de leurs affaires. Le chien retourna donc dans son jardin.

Enfin, ils arriv?rent ? l'endroit o? l'attrapeur de chiens gardait ses prisonniers.

Certains chiens aboyaient ? la lune, tandis que d'autres gmissaient et pleuraient doucement.

Et l?, il y avait Fido, tout couvert de boue, sa jolie laisse rouge tra?nant par terre.

Oh, comme il fut heureux de voir les poupes et Pitterkins !

Tous les chiens s'approch?rent de la cl?ture et pench?rent la t?te pour examiner avec curiosit ces tranges petites figurines.

 Nous allons essayer de vous faire sortir d'ici, dit Annie, la poupe de chiffon.

? ces mots, tous les chiens se mirent ? aboyer de joie.

Alors, Annie, les autres poupes et Pitterkins s'approch?rent de la porte.

Le loquet tait beaucoup trop haut pour Annie, mais Pitterkins prit Annie entre ses dents et se dressa sur ses pattes arri?re pour qu'elle puisse atteindre le loquet.

D?s que le loquet fut lev, les chiens, qui voulaient ? tout prix sortir, se ru?rent sur la porte et renvers?rent Pitterkins et Annie. Tous deux tomb?rent directement dans la boue.

Jamais le quartier n'avait entendu un tel vacarme ! Les chiens sortirent en trombe de leur enclos, se bousculant, se sautant les uns par-dessus les autres et partant dans toutes les directions.

Fido se releva apr?s avoir roul dans la boue et aida Annie ? se remettre debout.

Pitterkins, Fido et toutes les poupes coururent derri?re les chiens et tourn?rent au coin de la rue juste au moment o? l'attrapeur de chiens sortait de chez lui en chemise de nuit pour voir ce qui avait provoqu tout ce bruit.

Il s'arr?ta, stupfait, en voyant une file de poupes en chemise de nuit blanche filer rapidement dans la rue. Il n'arrivait pas ? comprendre ce qui se passait !

Vous pouvez en ?tre s?rs : les poupes remerci?rent Pitterkins de les avoir aides, puis rentr?rent chez elles avec Fido.

? l'est, le ciel commen?ait dj? ? p?lir.

Dans le jardin de leur maison, un vieux tabouret se trouvait pr?s de la fen?tre. Les poupes le tir?rent jusqu'au mur et s'en servirent pour rentrer dans la chambre.






Fido tait tr?s reconnaissant envers Annie et les autres poupes. Avant de retourner dans son panier, il lcha chaque poupe sur la joue.

Les poupes ne perdirent pas de temps et regagn?rent leurs petits lits en tirant leurs couvertures jusqu'au menton : elles avaient terriblement envie de dormir.

Mais, au moment de s'endormir, Annie, la poupe de chiffon, se redressa et dit :

 Si mes bras et mes jambes n'taient pas en doux coton blanc, ils me feraient certainement tr?s mal ! Heureusement, tout ce que j'ai ? l'intrieur est en coton moelleux, alors je n'ai mal nulle part. Je suis si heureuse que j'ai l'impression d'avoir un petit soleil qui brille en moi ! Je sais combien notre ma?tresse sera heureuse demain matin lorsqu'elle verra Fido dormir paisiblement dans son petit panier, sain et sauf ? la maison.

? ce moment-l?, toutes les poupes dormaient dj?.

Annie, la poupe de chiffon, remonta sa couverture jusqu'au menton et sourit si largement, si joyeusement, que deux points de couture se dfirent ? l'arri?re de sa t?te.




5. Annie, la poupe de chiffon, et le peintre


Un jour, la maman de Marcella dcida de repeindre les murs de la chambre et de poser du nouveau papier peint. Elle fit donc ranger toutes les poupes sur une tag?re en hauteur.

Marcella venait voir ses poupes et voulait les coucher, mais les peintres devaient arriver le lendemain matin. Sa maman dcida donc de ranger les petits lits dans le placard.

Elle empila les lits dans le placard et installa les poupes sur une tag?re haute.

Quand la maison fut silencieuse, la nuit, Annie, la poupe de chiffon, qui se trouvait tout en bas du tas de poupes, demanda doucement aux autres de lui faire un peu de place sur l'tag?re.

 Le coton ? l'intrieur de moi est tout aplati, comme une cr?pe ! dit Annie.

La jambe du Soldat de plomb tait pose juste sur son visage, mais Annie souriait toujours de son sourire habituel.

Les poupes commenc?rent ? se pousser doucement jusqu'? ce qu'Annie puisse enfin s'asseoir.

 Ah, ?a va beaucoup mieux ! dit-elle en tirant ses bras et ses jambes et en lissant sa robe.

 Comme j'ai h?te d'?tre demain matin ! ajouta-t-elle. Je sais que notre petite ma?tresse nous emm?nera dans le jardin et jouera avec nous sous les arbres.

Les poupes rest?rent l? ? bavarder jusqu'? l'aube, quand les peintres arriv?rent.

L'un d'eux, un jeune homme, aper?ut les poupes. Il tendit la main et prit Annie sur l'tag?re.

 Regarde cette poupe de chiffon, Jim ! dit-il ? l'un des autres peintres. Elle est jolie, hein ?

Il prit Annie par les mains et se mit ? danser avec elle en sifflotant un air joyeux. Les petits talons d'Annie tapaient sur le sol : toc, toc, toc ! Elle adorait ?a.

Les autres poupes restaient assises sur l'tag?re et regardaient droit devant elles, car elles ne voulaient surtout pas laisser les adultes dcouvrir qu'elles taient vivantes.

 Tu ferais mieux de la remettre sur l'tag?re, dit l'un des hommes. La petite fille serait s?rement tr?s f?che si tu ab?mais sa vieille poupe de chiffon prfre !

Mais le jeune peintre continua ? faire tourner Annie dans ses bras, ? lui donner des poses amusantes et ? rire encore et encore.

Enfin, il se mit ? la lancer en l'air et ? la rattraper.

Annie trouvait cela tr?s amusant. Chaque fois qu'elle passait devant l'tag?re, les autres poupes lui souriaient. Elles taient heureuses de la voir si joyeuse.






Mais un jour, le jeune peintre lan?a Annie trop haut et, lorsqu'elle retomba, il ne russit pas ? la rattraper.

Paf !

Annie tomba la t?te la premi?re dans un seau de peinture ? l'huile.

 Je te l'avais bien dit ! dit le peintre le plus ?g. Maintenant, tu vas avoir des ennuis !

 Mon Dieu ! Je ne voulais pas faire ?a ! dit le jeune homme. Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

 Tu ferais mieux de la remettre sur l'tag?re, rpondit l'autre.

On remit donc Annie sur l'tag?re, mais la peinture coulait de sa t?te et tachait sa robe.

Apr?s le petit djeuner, Marcella entra dans la chambre, vit Annie toute couverte de peinture et se mit ? pleurer.

Le jeune peintre eut piti d'elle et lui raconta honn?tement ce qui s'tait pass.

 Si vous le permettez, je vais l'emporter chez moi. Ce soir, je la laverai et je vous la rapporterai apr?s-demain.

Le soir, on enveloppa Annie dans du papier journal et on l'emporta.

Cette nuit-l?, toutes les poupes taient tristes sans Annie.

 Pauvre Annie ! J'ai failli pleurer en la voyant couverte de peinture, dit la Poupe fran?aise.






 Elle ne ressemblait plus du tout ? notre ch?re vieille Annie ! dit le Soldat de plomb en retenant ses larmes pour qu'elles ne tombent pas sur ses mains, car elles pourraient rouiller.

 La peinture avait cach son joli sourire et son nez. On ne voyait m?me plus la joyeuse tincelle dans ses yeux-boutons ! dit le Petit Indien.

Les poupes bavard?rent toute la nuit et encore le lendemain. Pendant la journe, les peintres travaillaient dans la maison, et elles restaient tr?s silencieuses.

Le lendemain, on rapporta Annie ? la maison. Les poupes attendaient la nuit avec impatience pour pouvoir la revoir et lui parler.

Enfin, les peintres s'en all?rent. La maison devint silencieuse, et Marcella entra dans la chambre. Elle remit Annie sur l'tag?re, ? c?t des autres poupes.

 Raconte-nous tout, ch?re Annie ! s'cri?rent les poupes.

 Oh, comme je suis heureuse d'?tre tombe dans la peinture ! s'exclama Annie en embrassant toutes les poupes. J'ai pass un si bon moment !

Le peintre m'a emmene chez lui et a racont ? sa maman pourquoi j'tais toute couverte de peinture. Elle a eu beaucoup de peine pour moi. Elle a pris un chiffon, m'a essuy les yeux-boutons et j'ai alors vu une tr?s belle dame au visage doux et gentil. Elle a pris un produit nettoyant et a frott mon visage pour enlever presque toute la peinture.

 Mais la peinture avait dj? pntr dans ma t?te de chiffon. Elle avait rendu le coton tout collant et mouill, alors je n'arrivais plus ? penser normalement. Et mes cheveux de fil taient tout colls par la peinture.

 Alors, cette gentille dame m'a enlev mes cheveux de fil, a dfait les coutures de ma t?te et a retir tout le coton tach de peinture.

Cela m'a fait un bien immense ! Au dbut, tout me semblait tr?s trange, et mes penses partaient dans tous les sens.

Puis elle m'a laisse dans son panier ? couture pendant la nuit. Le matin, elle a lav les derni?res traces de peinture et m'a suspendue ? une corde ? linge pour scher avec le linge.

 Et savez-vous ce qui m'est arriv pendant que je schais sur la corde ?

 Nous ne pouvons jamais le deviner ! s'cri?rent toutes les poupes ensemble.

 Eh bien, devinez donc ! Un gentil petit troglodyte est venu se poser pr?s de moi et m'a enlev juste assez de coton pour construire un joli petit nid tout doux sous une tonnelle couverte de vigne !

 Comme c'est mignon ! s'cri?rent toutes les poupes.

 Oui, c'tait adorable ! rpondit Annie. Ensuite, la dame m'a rapporte ? la maison et m'a remplie de coton tout frais et tout doux, de mes pieds jusqu'au sommet de ma t?te. Elle a recousu ma t?te et m'a fait de nouveaux cheveux de fil.

 Et j'ai encore un secret ! dit Annie, la poupe de chiffon.

 Raconte-nous ton secret ! s'cri?rent toutes les poupes en se rapprochant d'elle.






 Oh, je sais que vous ne raconterez mon secret ? personne ! Alors, je vais vous dire pourquoi mon sourire est devenu un peu plus large !

Toutes les poupes trouv?rent que le sourire d'Annie, la poupe de chiffon, tait vraiment devenu plus large, d'environ un quart de pouce de chaque c?t.

 Quand la gentille dame a rempli mon corps de coton blanc tout neuf, elle est alle chercher quelque chose dans un petit placard. Elle est revenue avec un sac en papier. ? l'intrieur, il y avait dix ou quinze petits bonbons en forme de cCur, faits de sucre glace, avec des mots diffrents crits dessus. Elle les a regards un par un, puis elle a trouv un magnifique cCur rouge. Ensuite, elle l'a cousu ? l'intrieur de moi, avec le coton !

 Voil? mon secret, et voil? pourquoi je suis si heureuse ! Touchez-le, dit Annie, la poupe de chiffon.

Toutes les poupes touch?rent son merveilleux petit cCur en bonbon et furent tr?s heureuses pour elle.

Quand elles se furent toutes souhait bonne nuit et installes confortablement, le Soldat de plomb demanda ? Annie :

 As-tu eu le temps de regarder ce qui tait crit sur ton petit cCur en bonbon, Annie ?

 Oh oui ! rpondit Annie, la poupe de chiffon. J'tais tellement ravie que j'ai compl?tement oubli de vous le dire. De belles lettres bleues formaient ces mots :  JE T'AIME .




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   ,     (https://www.litres.ru/book/dzhonni-grull-34063089/les-histoires-d-annie-la-poupee-de-chiffon-livre-en-francais-74658244/)  .

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