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Au dîner, elle fit un effort considérable pour paraître normale, mangeant avec une lenteur calculée, contrôlant chaque expression de son visage, chaque mot qu'elle prononçait, consciente que sa mère continuait de l'observer avec cette même inquiétude discrète qu'elle n'avait pas réussi à dissimuler depuis la fête.
— Comment s'est passée ta journée au lycée ? demanda sa mère.
— Bien, dit Chloé avec un sourire qu'elle espérait convaincant. Tout le monde a été adorable. C'était bon de retrouver une routine normale.
— Tu m'as l'air fatiguée, remarqua sa mère, ses yeux ne quittant pas le visage de sa fille.
— Un peu, admit Chloé. Mais ça va vraiment mieux.
— Et Ethan ? Il n'est pas resté dîner avec nous aujourd'hui ?
— Il avait de l'entraînement de foot, mentit Chloé, préférant ne pas raconter l'épisode au parc et le malaise qu'elle avait ressenti en sa présence.
— Vous vous êtes disputés ? demanda sa mère, toujours attentive au moindre détail.
— Non, pas du tout, dit Chloé, un peu trop vite. Tout va bien entre nous.
Sa mère ne sembla pas complètement convaincue, mais elle n'insista pas davantage, se contentant de continuer à observer sa fille avec cette même inquiétude discrète qui ne la quittait plus depuis la fête. Chloé sentit le poids de ce regard tout au long du repas, consciente que sa mère percevait probablement plus de choses qu'elle ne voulait bien l'admettre, même sans connaître les détails précis de ce qui se passait réellement.
Elle se coucha tôt ce soir-là, épuisée par l'effort constant de contrôle qu'elle avait dû maintenir toute la journée, et elle resta longtemps éveillée dans l'obscurité, repensant à ce battement de cœur qu'elle avait entendu contre la poitrine d'Ethan, à cette sensation étrange, presque animale, qui l'avait traversée à ce moment-là. Elle se demanda, avec une angoisse grandissante, combien de temps elle pourrait encore tenir ce rythme, cette double vie épuisante où chaque geste, chaque parole, chaque expression devait être soigneusement calculée pour ne rien laisser transparaître. Elle se promit, avant de sombrer finalement dans le sommeil, qu'elle ne laisserait plus jamais personne remarquer à quel point elle avait changé, quel que soit le prix à payer pour maintenir cette apparence de normalité.
Exercices de vocabulaire
Exercice 1. Complétez les phrases avec le mot qui convient (choisissez dans la liste de vocabulaire).
1. Chloé a entendu distinctement le _______ du cœur d'Ethan.
2. Elle a dû apprendre à _______ ses nouvelles sensations devant les autres.
3. Face à cette expérience, Chloé s'est complètement _______, incapable de bouger.
4. Elle a fait semblant d'aller bien pour ne pas se _______ devant sa mère.
5. Sa mère la regardait avec un air _______, sentant que quelque chose n'allait pas.
Exercice 2. Trouvez l'équivalent russe de chaque mot français.
1. le pouls
2. étouffer
3. feindre
4. un soupir
5. se maîtriser
Exercice 3. Vrai ou faux ? Justifiez votre réponse avec une phrase du texte.
1. Chloé décide de rester chez elle plutôt que d'aller au lycée.
2. Chloé entend le battement du cœur d'Ethan pour la première fois dans le parc.
3. Chloé raconte tous les détails de l'attaque à ses camarades, sans rien cacher.
4. Après l'incident au parc, Chloé s'entraîne seule à contrôler ses sensations.
Réponses
Exercice 1 (vocabulaire, phrases à trous) :
1. battement 2. dissimuler 3. raidie 4. trahir 5. inquiet
Exercice 2 (traduction) :
1. le pouls : пульс
2. étouffer : заглушать, душить
3. feindre : притворяться
4. un soupir : вздох
5. se maîtriser : контролировать себя
Exercice 3 (vrai ou faux) :
1. Faux. "Elle avait insisté pour y aller."
2. Vrai. "C'est à ce moment précis... que Chloé l'entendit pour la première fois avec une clarté absolue."
3. Faux. "Chloé raconta une version édulcorée des événements du week-end."
4. Vrai. "Elle s'entraîna, seule, à contrôler sa respiration."
Chapitre 6 : La première lune
Vocabulaire thématique
la transformation — превращение
le pelage — шерсть, мех
hurler — выть
les crocs (m, pl) — клыки
la boue — грязь
pieds nus — босиком
un trou de mémoire — провал в памяти
l'instinct (m) — инстинкт
échapper à son contrôle — выходить из-под контроля
la conscience — сознание
désorienté(e) — дезориентированный
l'aube (f) — рассвет
épuisé(e) — изнурённый
un frisson — дрожь, озноб
égratigné(e) — оцарапанный
Les semaines suivantes s'écoulèrent dans une tension croissante. Chloé apprit peu à peu à dissimuler les symptômes qui continuaient de s'intensifier, sans jamais oublier cette date qu'elle avait fini par calculer et recalculer sur le calendrier lunaire de son téléphone : celle de la prochaine pleine lune. Le jeudi soir, près d'un mois après la fête dans les bois, elle remarqua, en rentrant de l'entraînement, que la lune s'était déjà levée au-dessus des toits du quartier, aussi ronde et blanche que dans son souvenir de cette nuit-là. Elle s'arrêta un instant sur le trottoir devant chez elle, incapable de détacher son regard de cette sphère pâle suspendue dans le ciel encore clair du crépuscule, et elle sentit, pour la première fois depuis des semaines, une agitation différente de celle qu'elle avait appris à maîtriser, quelque chose de plus profond, de plus viscéral, qui semblait remonter directement de ses os. Ce n'était pas la même nervosité diffuse qu'elle avait ressentie ces derniers jours : c'était quelque chose de plus précis, de plus insistant, comme un appel auquel une partie d'elle-même semblait déjà vouloir répondre.
— Tu viens ? demanda sa mère depuis le porche, la sortant de sa contemplation. Le dîner est prêt.
— J'arrive, dit Chloé, arrachant difficilement son regard à la lune pour rejoindre la maison.
Le dîner se déroula sans incident particulier, et Chloé réussit, comme elle s'y entraînait consciencieusement depuis plusieurs semaines, à paraître parfaitement normale : elle mangea à un rythme raisonnable, participa à la conversation familiale avec des réponses mesurées, et évita soigneusement tout geste ou toute réaction qui aurait pu trahir l'agitation grandissante qu'elle sentait bouillonner sous la surface de son calme apparent. Elle avait fait de réels progrès en quelques semaines, apprenant à filtrer les sons parasites, à contrôler ses réactions face à des stimuli qui l'auraient submergée un mois plus tôt. Elle commençait même à se dire, avec un optimisme prudent, qu'elle finirait peut-être par apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité sans que personne ne s'en aperçoive jamais.
Mais ce soir-là, quelque chose était différent. Plus la soirée avançait, plus elle sentait une tension inhabituelle s'installer dans tout son corps, une sorte de vibration sourde qui semblait s'intensifier à mesure que la lune montait dans le ciel nocturne. Elle monta se coucher plus tôt que d'habitude, prétextant une fatigue accumulée après l'entraînement, et elle s'allongea sur son lit, tentant de calmer cette agitation par les exercices de respiration qu'elle avait développés, mais rien n'y fit : la sensation continuait de grandir, implacable, comme une marée montante qu'aucune volonté ne pouvait retenir.
Elle se leva à plusieurs reprises pour boire de l'eau, pour ouvrir la fenêtre, pour marcher dans sa chambre, cherchant désespérément un moyen d'apaiser cette énergie qui semblait maintenant vibrer dans chaque fibre de son être. Elle essaya les exercices de respiration qui l'avaient aidée toute la semaine, elle essaya de se concentrer sur un seul son à la fois comme elle en avait pris l'habitude, mais rien ne semblait avoir le moindre effet sur cette marée montante qui continuait, inexorablement, de gagner du terrain. Vers vingt-trois heures, alors que toute la maison était plongée dans le silence, elle sentit quelque chose céder en elle, une résistance qui s'effondrait, comme un barrage trop longtemps sollicité qui finit par rompre sous la pression.
Elle se souvint, dans les instants qui suivirent, de sensations fragmentées plutôt que d'événements clairs et ordonnés : une chaleur intense qui irradiait depuis sa colonne vertébrale, une douleur sourde dans ses mains et dans sa mâchoire, l'impression que sa peau elle-même devenait trop étroite pour contenir ce qui grandissait à l'intérieur d'elle. Elle se rappela avoir voulu appeler à l'aide, avoir tendu la main vers son téléphone posé sur la table de nuit, mais ses doigts ne semblaient plus lui obéir normalement, ses ongles s'allongeant et se durcissant sous ses yeux horrifiés, et un vertige d'une intensité inconnue l'engloutit avant qu'elle ne puisse accomplir le moindre geste cohérent.
Le reste de la nuit resta pour elle un trou noir presque total, ponctué de quelques flashs incompréhensibles : une sensation de vitesse extraordinaire, le vent contre ce qui ne ressemblait plus vraiment à sa peau, des odeurs d'une richesse inimaginable qui semblaient raconter toute une histoire de la forêt, la texture de la terre humide sous des pattes qui n'auraient pas dû être les siennes, et, à un moment qu'elle ne parvenait pas à situer dans le temps, la sensation d'un hurlement montant depuis sa propre gorge, un son qu'elle n'aurait jamais imaginé pouvoir produire. Elle se souvenait aussi, confusément, d'une sensation de liberté presque grisante, quelque chose qui ressemblait dangereusement à du plaisir, une pensée qui l'effraya presque autant que le reste dès qu'elle en prit conscience.
Elle reprit conscience progressivement, comme on émerge d'un sommeil particulièrement profond, avec la sensation désagréable que son corps ne lui appartenait plus tout à fait. Elle sentit d'abord le froid, un froid mordant qui semblait s'infiltrer jusque dans ses os, puis l'humidité sous elle, une texture inégale et froide contre sa peau. Elle ouvrit lentement les yeux, et la lumière grise et diffuse de l'aube naissante l'accueillit, filtrant à travers un enchevêtrement de branches qu'elle ne reconnut pas immédiatement.
Elle se redressa péniblement, le corps parcouru de courbatures inhabituelles, et elle découvrit, avec une horreur grandissante, qu'elle se trouvait allongée à même le sol, au milieu de ce qui ressemblait à une petite clairière au cœur de la forêt, entourée d'arbres qu'elle ne reconnaissait absolument pas. Elle portait toujours son pyjama de la veille, désormais déchiré à plusieurs endroits et maculé de boue séchée, et ses pieds, complètement nus, étaient couverts de terre, d'égratignures et de petites coupures qui ne semblaient pourtant provoquer aucune douleur particulière. Elle remarqua aussi, avec un frisson d'horreur, que ses mains portaient des traces de griffures qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer, de fines lignes rougeâtres qui traversaient le dos de ses paumes comme si elle avait creusé la terre à mains nues.
— Non, non, non, murmura-t-elle, se levant précipitamment malgré le vertige qui menaçait de la faire retomber. Ce n'est pas possible.
Elle regarda frénétiquement autour d'elle, cherchant un repère, n'importe quel élément familier qui pourrait l'aider à comprendre où elle se trouvait, mais elle ne reconnut rien : ni le chemin, ni la disposition des arbres, ni même la direction du soleil levant qui aurait pu l'orienter. Elle réalisa avec une panique grandissante qu'elle n'avait littéralement aucun souvenir de la manière dont elle était arrivée ici, aucune image cohérente de ce qui s'était passé entre le moment où elle s'était allongée sur son lit et cet instant présent, seule, perdue, à des kilomètres apparemment de chez elle. Le silence complet de cet endroit inconnu, à peine troublé par le bruissement du vent dans les feuillages, ne faisait qu'accentuer le sentiment terrifiant d'isolement total qui s'emparait d'elle.
Elle porta les mains à son visage, essayant désespérément de rassembler ses pensées, et elle sentit, sous ses doigts, quelque chose de séché et de collant près de sa bouche. Elle regarda ses mains avec effroi : du sang, séché, sombre, dont elle ne parvenait absolument pas à déterminer l'origine. Elle inspecta frénétiquement son propre corps, cherchant une blessure qui aurait pu expliquer cette présence, mais elle ne trouva rien, aucune coupure, aucune plaie qui aurait pu saigner ainsi.
— Qu'est-ce que j'ai fait, chuchota-t-elle, sa voix se brisant sous le poids d'une terreur qu'elle n'arrivait plus à contenir.
Elle s'assit sur une souche d'arbre proche, essayant de reprendre son souffle, de calmer les battements affolés de son cœur, et elle s'efforça méthodiquement de rassembler les rares fragments de souvenirs qui lui restaient de cette nuit : la chaleur, la douleur, la vitesse, les odeurs, ce hurlement qu'elle croyait avoir poussé elle-même. Aucun de ces fragments ne formait une histoire cohérente, aucun ne lui permettait de comprendre où elle était allée, ce qu'elle avait fait, si elle avait croisé quelqu'un, si elle avait blessé quelqu'un. Elle ferma les yeux et essaya, de toutes ses forces, de forcer un souvenir supplémentaire à remonter à la surface, mais plus elle se concentrait, plus le vide semblait s'épaissir, comme si son propre esprit refusait de lui restituer ce qu'elle avait vécu cette nuit-là.
Cette dernière pensée la frappa comme un coup au ventre. Et si elle avait blessé quelqu'un ? Et si ce sang sur son visage appartenait à quelqu'un d'autre ? Elle se leva d'un bond, submergée par une nausée soudaine, et elle dut s'appuyer contre le tronc d'un arbre pour ne pas s'effondrer, son esprit tournant en boucle autour de cette possibilité terrifiante sans qu'elle puisse ni la confirmer ni l'écarter. Elle essaya de se souvenir des journaux locaux, de vérifier mentalement si elle avait entendu parler d'un incident, d'une attaque, de quoi que ce soit qui aurait pu confirmer ses pires craintes, mais son esprit épuisé refusait obstinément de lui fournir la moindre certitude.
Elle décida finalement qu'elle devait retrouver son chemin, coûte que coûte, et elle se mit à marcher au hasard, choisissant une direction qui lui semblait, sans raison particulière, légèrement plus familière que les autres. Ses pieds nus souffraient sur le sol accidenté, couvert de racines et de pierres, mais elle avançait malgré tout, poussée par une détermination née de la pure nécessité de sortir de cette forêt avant que quelqu'un ne la découvre dans un état aussi compromettant.
Elle marcha ainsi de longues minutes, trébuchant parfois sur des racines cachées sous les feuilles mortes, se rattrapant tant bien que mal aux troncs des arbres qu'elle croisait. Le silence de la forêt à cette heure matinale lui parut presque oppressant, seulement troublé par le chant timide des premiers oiseaux et le craquement de ses propres pas sur le sol humide. Elle essaya, tout en marchant, de reconstituer un semblant de chronologie à partir des fragments qui lui restaient, mais chaque tentative se heurtait au même mur infranchissable : entre le moment où elle s'était allongée sur son lit et celui où elle avait ouvert les yeux dans cette clairière, il n'y avait rien, absolument rien, qu'un vide aussi terrifiant qu'incompréhensible.
Elle remarqua, à un moment, une déchirure plus profonde sur la manche de son pyjama, et elle s'arrêta pour l'examiner, cherchant à comprendre comment elle avait pu se déchirer ainsi. Le tissu semblait avoir été littéralement arraché plutôt que simplement accroché à une branche, et cette observation ne fit qu'ajouter à son angoisse grandissante, lui suggérant des images qu'elle refusait catégoriquement de laisser se former dans son esprit.
Après ce qui lui parut une éternité, mais qui ne représentait probablement qu'une vingtaine de minutes de marche pénible, elle déboucha enfin sur un sentier plus large, puis, quelques minutes plus tard, sur une route goudronnée qu'elle reconnut immédiatement : la route qui menait vers le parc municipal, à l'autre bout de la ville, à plusieurs kilomètres de chez elle. Elle comprit, avec un vertige renouvelé, la distance qu'elle avait dû parcourir durant la nuit, une distance qu'aucun être humain normal n'aurait pu couvrir à pied en une seule nuit, et certainement pas en dormant.
Elle resta un moment immobile au bord de la route, essayant de décider quoi faire, consciente qu'elle ne pouvait absolument pas se permettre d'être vue dans cet état, pieds nus, en pyjama déchiré, couverte de boue et de sang séché. Une voiture passa au loin, et elle se jeta instinctivement derrière un buisson, le cœur battant, attendant que le bruit du moteur s'éloigne complètement avant d'oser ressortir de sa cachette. Elle sortit son téléphone de la poche de son pantalon de pyjama, soulagée de constater qu'il avait, contre toute attente, survécu à la nuit, même si la batterie affichait un inquiétant dix pour cent.
Elle hésita longuement avant d'appeler quelqu'un, sachant qu'expliquer sa situation actuelle représentait un défi presque impossible. Elle pensa un instant à appeler sa mère directement, mais elle imagina immédiatement la panique que cela provoquerait, les questions sans fin, peut-être même une visite aux urgences qui ne ferait qu'aggraver une situation déjà suffisamment compliquée. Elle pensa aussi à Ethan, mais elle écarta rapidement cette idée : après l'épisode du parc quelques jours plus tôt, elle craignait par-dessus tout qu'il ne remarque quelque chose de plus révélateur encore dans son état actuel. Elle finit par composer le numéro de Madison, la seule personne, songea-t-elle, susceptible de venir la chercher sans poser immédiatement trop de questions embarrassantes, ou du moins sans en parler à sa mère avant qu'elle n'ait eu le temps de préparer une explication plausible.
— Chloé ? répondit Madison, sa voix encore ensommeillée. Il est à peine six heures, qu'est-ce qui se passe ?
— J'ai besoin que tu viennes me chercher, dit Chloé, s'efforçant de garder sa voix aussi calme que possible malgré la panique qui continuait de bouillonner en elle. Près du parc municipal, sur la route principale.
— Quoi ? Pourquoi tu es là-bas ? Il fait à peine jour !
— Je t'expliquerai, dit Chloé. S'il te plaît, viens vite. Et... ne dis rien à personne pour l'instant.
— D'accord, j'arrive dans quinze minutes, dit Madison, soudain complètement réveillée, sa voix trahissant une inquiétude sincère malgré la confusion de la situation. Reste où tu es et cache-toi si tu vois une voiture passer.
Madison, malgré une confusion évidente, accepta finalement, et Chloé passa les vingt minutes suivantes cachée derrière un buisson près de la route, grelottant de froid, essayant frénétiquement d'élaborer une histoire plausible pour expliquer sa présence ici, dans un état aussi lamentable, sans éveiller de soupçons trop précis sur la véritable nature de ce qui lui était arrivé.
Quand Madison arriva enfin, sa voiture ralentissant sur le bas-côté, elle resta bouche bée en découvrant l'état de son amie : les pieds nus et ensanglantés, le pyjama déchiré et maculé de boue, les cheveux emmêlés de feuilles et de brindilles. Elle mit quelques secondes avant de réagir, le temps que son cerveau encore ensommeillé assimile pleinement le spectacle qui s'offrait à elle.
— Chloé, mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'exclama Madison, descendant précipitamment de la voiture pour l'aider à monter.
— Je crois que j'ai somnambulé, mentit Chloé, la voix tremblante, cette explication étant la seule qui lui était venue à l'esprit durant sa longue attente. Je me suis réveillée dans la forêt, je ne sais absolument pas comment j'y suis arrivée.
— Somnambulé jusqu'ici ? répéta Madison, incrédule, en démarrant la voiture. C'est à des kilomètres de chez toi !
— Je sais, dit Chloé, fermant les yeux et laissant sa tête reposer contre la vitre froide. Je n'ai aucune explication. J'ai juste... j'ai juste besoin de rentrer et de prendre une douche avant que ma mère ne se réveille.
Madison la déposa discrètement près de chez elle, promettant de garder le silence sur cette étrange escapade nocturne, même si son expression trahissait clairement qu'elle ne croyait qu'à moitié à l'explication du somnambulisme.
— Tu es sûre que tu vas bien ? demanda Madison une dernière fois, avant que Chloé ne descende de la voiture. Tu peux me dire la vérité, tu sais. Je ne dirai rien à personne.
— Je sais, dit Chloé, la gorge serrée par l'émotion et l'épuisement. Je te le dirai quand je comprendrai moi-même ce qui se passe. Pour l'instant, je n'en ai vraiment aucune idée.
— D'accord, dit Madison, visiblement pas satisfaite de cette réponse mais choisissant de ne pas insister davantage. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit, même en pleine nuit.
Chloé réussit à se glisser dans la maison sans réveiller sa mère, et elle se précipita sous la douche, frottant frénétiquement la boue et le sang séché de sa peau, comme si elle pouvait ainsi effacer également les heures manquantes de sa mémoire.
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