Un café en octobre

- -
- 100%
- +
Camille reste assise, un peu étonnée par cette rencontre rapide et bruyante. Elle regarde la tasse de chocolat chaud, encore un peu renversée sur le bord de la table, et sourit malgré elle. Cet homme est vraiment maladroit, pense-t-elle, mais pas désagréable, curieusement.
La serveuse revient avec de nouvelles serviettes propres.
— Vous connaissez Lucas ? demande-t-elle en essuyant les dernières traces.
— Non, pas du tout, répond Camille. On vient juste de se rencontrer, si on peut appeler ça une rencontre.
— Ah, dit la serveuse en riant doucement. Il vient très souvent ici. Toujours pressé, toujours en retard, toujours en train de renverser quelque chose. Mais il est très gentil, tout le monde l'aime bien dans le quartier.
— Il fait quoi dans la vie ? demande Camille, un peu curieuse malgré elle.
— Il est photographe, je crois. Il prend des photos de la ville, pour des magazines, et parfois pour des expositions dans une petite galerie près d'ici.
— Il en vit vraiment, de la photographie ? demande Camille, un peu surprise. Ça ne doit pas être facile, comme métier.
— Il se débrouille, dit la serveuse en haussant les épaules. Il travaille beaucoup, il faut dire, toujours entre deux rendez-vous, toujours avec ce sac plein d'appareils. Mais il aime ce qu'il fait, ça se voit.
— C'est déjà beaucoup, ça, dit Camille pensivement, se souvenant de sa propre chance d'avoir trouvé un métier qui lui plaît vraiment.
— Vous voulez autre chose ? demande la serveuse, son carnet toujours à la main.
— Non merci, ça ira, dit Camille en regardant sa montre. Il faut que j'y aille bientôt.
— À bientôt alors, j'imagine qu'on vous reverra, dit la serveuse avec un clin d'œil, comme si elle savait déjà quelque chose que Camille elle-même ignore encore.
Camille sourit sans trop savoir quoi répondre à cette remarque, et retourne à son livre pour les quelques minutes qu'il lui reste avant de partir. Autour d'elle, le café continue de se remplir doucement : deux femmes discutent bruyamment près de la porte, un homme seul lit son journal en buvant un espresso, et un couple partage un croissant en se souriant.
Camille hoche la tête, sans vraiment savoir pourquoi cette information l'intéresse autant. Elle finit tranquillement son chocolat chaud, qui a un peu refroidi pendant l'agitation, et termine quelques pages de son livre avant de regarder l'heure.
Elle paie, remercie la serveuse, et sort du café. En traversant la rue vers la librairie, elle repense encore à cette petite scène du matin : un homme pressé, un sac maladroit, un sourire sympathique malgré le chaos. Rien de spécial, se dit-elle, essayant de se convaincre elle-même.
Sur le trottoir, elle croise un livreur qui décharge des cartons devant une boutique voisine, et une dame âgée qui promène un petit chien récalcitrant, refusant obstinément d'avancer plus vite qu'un escargot. Le quartier s'anime peu à peu à mesure que la matinée avance, les commerçants relevant leurs rideaux les uns après les autres.
Pourtant, en entrant dans la librairie, elle a encore ce sourire léger sur les lèvres, presque sans s'en rendre compte.
Sylvie l'accueille avec une tasse de café fumante à la main.
— Bonjour Camille ! Vous avez l'air de bonne humeur aujourd'hui.
— Oui, dit Camille. J'ai essayé le café en face, comme vous me l'aviez conseillé. C'était très agréable, malgré un petit incident.
— Un incident ? demande Sylvie, curieuse.
— Un client un peu pressé a renversé mon chocolat chaud, explique Camille en riant.
— Ah, ça, ça doit être Lucas, dit Sylvie sans même hésiter. Il fait ça au moins une fois par semaine, le pauvre garçon.
Camille est surprise que Sylvie le connaisse aussi bien, mais elle ne pose pas plus de questions pour l'instant. La journée de travail commence, tranquille et occupée à la fois. Camille range des livres, aide des clients, prépare une commande pour un habitué. Le temps passe vite quand on aime son travail.
Mais de temps en temps, entre deux tâches, elle regarde par la fenêtre vers le petit café. Elle se demande, presque malgré elle, si elle reverra ce Lucas maladroit et toujours pressé.
Vers midi, alors qu'elle range des ouvrages de cuisine, un vieux monsieur habitué de la librairie s'approche du comptoir, un livre de mots croisés sous le bras.
— Vous êtes la nouvelle, n'est-ce pas ? demande-t-il avec un sourire édenté mais chaleureux.
— Oui, c'est moi, répond Camille. Camille, enchantée.
— Marcel, dit l'homme en tendant une main un peu tremblante. Je viens ici depuis que Sylvie a ouvert la boutique. Vous verrez, c'est un bon endroit pour travailler, les gens sont gentils dans ce quartier.
— On me le dit souvent, dit Camille en souriant, pensant à la fois à Sylvie, à la serveuse du café, et maintenant à ce vieux monsieur si aimable.
— Sylvie a bon goût pour choisir ses employés, ajoute Marcel avec un clin d'œil avant de s'éloigner vers la section des mots croisés, sa canne cognant doucement le sol à chaque pas.
Camille le regarde s'installer confortablement dans le fauteuil le plus proche de la fenêtre, celui qu'il occupe visiblement depuis des années au vu de la façon naturelle dont il s'y assoit, ouvrant son livre de mots croisés avec la satisfaction tranquille d'un rituel bien établi.
Elle ne le sait pas encore, mais la réponse arrivera bien plus vite qu'elle ne le pense, dès le lendemain matin.
Chapitre 3 : Encore lui !
Vocabulaire
reconnaître — узнавать
froid(e) — холодный
plaisanter — шутить
répondre — отвечать
occupé(e) — занятый
le client — клиент
gentil(le) — добрый / приятный
la journée — день (в течение дня)
poli(e) — вежливый
étrange — странный
la boisson — напиток
sérieux / sérieuse — серьёзный
éviter — избегать
drôle — смешной
sec / sèche (ton) — сухой (тон)
Le jour suivant, Camille retourne au Petit Matin avant le travail, un peu plus tôt même que la veille. Elle a bien aimé le chocolat chaud, malgré l'incident, et surtout, elle a aimé ce petit moment calme avant sa journée de travail. C'est devenu, sans qu'elle le décide vraiment, une nouvelle habitude.
En chemin, elle se surprend à espérer croiser à nouveau ce Lucas maladroit, une pensée qu'elle chasse rapidement, un peu gênée par sa propre curiosité. Elle se dit que c'est simplement le café qui l'attire, rien de plus, essayant de se convaincre elle-même avec une conviction qui sonne un peu faux même à ses propres oreilles.
Elle s'installe à la même table que la veille, près de la fenêtre, comme si cette place lui appartenait déjà. Le café est presque vide à cette heure, seulement deux hommes d'affaires parlant à voix basse au fond de la salle. Camille commande un thé cette fois, pour changer, et sort un nouveau livre de son sac, un recueil de nouvelles qu'elle vient de commencer.
Le patron du café, celui que Camille avait aperçu la veille derrière le comptoir, s'approche cette fois pour prendre sa commande lui-même, la serveuse habituelle étant visiblement occupée en cuisine.
— Un thé, comme d'habitude déjà ? demande-t-il avec un sourire amusé, comme s'il avait déjà remarqué sa présence répétée malgré son unique visite précédente.
— On peut dire ça, répond Camille en souriant, un peu surprise qu'il se souvienne d'elle après une seule visite.
— Je me souviens de tous mes clients, dit l'homme avec fierté. C'est le secret d'un bon café : connaître les gens qui passent la porte, pas seulement leur commande.
Camille trouve cette philosophie touchante, songeant que c'est exactement ce genre de détail qui rend cet endroit si différent des grandes chaînes impersonnelles qu'elle connaissait dans sa ville natale.
Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre. Camille lève les yeux, presque instinctivement, avant même de réfléchir. C'est lui. Lucas entre dans le café, encore une fois pressé, avec son éternel sac d'appareil photo sur l'épaule et une écharpe à moitié nouée autour du cou.
— Ah non, pas encore en retard, murmure-t-il pour lui-même en regardant sa montre.
Il regarde autour de lui et remarque Camille près de la fenêtre. Un sourire apparaît immédiatement sur son visage, comme s'il venait de trouver quelque chose d'agréable dans sa matinée compliquée.
Ses yeux s'illuminent d'une façon presque enfantine, sans aucune retenue ni calcul, cette expression sincère et spontanée qui, Camille commence à le remarquer, semble être sa marque de fabrique dans toutes les situations, même les plus stressantes.
— Tiens, la fille d'hier ! dit-il joyeusement, en s'approchant sans hésiter. On dirait que le destin nous réunit.
Camille lève un sourcil, gardant volontairement un ton froid.
Elle a répété cette expression plusieurs fois devant son miroir, sans se l'avouer complètement, un petit geste théâtral censé décourager les inconnus trop entreprenants.
— Ou peut-être que vous venez toujours au même café à la même heure, répond-elle sèchement, sans lever complètement les yeux de son livre.
— C'est possible aussi, admet Lucas avec un petit rire. Mais "le destin" sonne quand même beaucoup mieux, non ?
Camille ne répond pas tout de suite. Elle retourne à sa lecture, espérant qu'il comprenne le message silencieux. Mais Lucas, visiblement, n'est pas très doué pour ce genre de messages.
Elle fixe intensément les mots de son livre sans vraiment les lire, consciente malgré tout de la présence de Lucas à quelques mètres, comme un aimant discret qui capte une partie de son attention sans qu'elle puisse totalement l'ignorer.
— Je peux m'asseoir ? demande-t-il en désignant la chaise vide en face d'elle, déjà à moitié assis.
— Il y a beaucoup d'autres tables libres, répond Camille sans lever les yeux.
— Oui, mais aucune n'a une aussi bonne compagnie, dit-il avec un clin d'œil et un sourire un peu trop confiant.
— C'est une phrase que vous dites à toutes les inconnues des cafés ? demande Camille, un sourcil levé.
— Seulement à celles qui me trouvent maladroit et qui me le disent en face, répond Lucas sans se démonter, s'installant définitivement.
Camille soupire intérieurement. Cet homme est vraiment sûr de lui, pense-t-elle. Elle décide de l'ignorer poliment et continue sa lecture. Lucas, sans se décourager le moins du monde, s'installe finalement à la table juste à côté, pas très loin, mais pas non plus directement en face.
— Vous travaillez dans le quartier ? demande-t-il, curieux, en commandant son café habituel d'un simple signe de la main à la serveuse, qui semble déjà savoir ce qu'il veut.
— Oui, à la librairie en face, répond Camille brièvement, sans détacher les yeux de sa page.
— Ah, "Les Pages Bleues" ! J'adore cette librairie. Sylvie est adorable, et c'est le meilleur endroit du quartier pour se perdre entre les rayonnages de livres.
Camille est un peu surprise qu'il connaisse Sylvie si bien, mais elle ne le montre pas.
— Vous la connaissez ? demande-t-elle, malgré elle intéressée.
— Bien sûr. J'ai grandi dans ce quartier, ou presque. Je connais à peu près tout le monde ici, des boulangers aux libraires.
— Vous êtes né ici, à Lyon ? demande Camille, curieuse malgré elle d'en apprendre davantage.
— Dans le quartier même, précise Lucas avec fierté. Mes parents habitent toujours à dix minutes à pied d'ici. Ma mère fait ses courses au même marché depuis trente ans, elle connaît tous les commerçants par leur prénom.
— Ça doit être agréable, d'avoir des racines aussi profondes quelque part, dit Camille, un peu songeuse.
— Parfois, admet Lucas. Parfois aussi un peu étouffant, quand tout le monde connaît vos affaires avant même que vous les racontiez vous-même.
— Intéressant, dit Camille, toujours d'un ton un peu distant, mais avec moins de froideur que la phrase précédente.
Lucas continue de parler, même si Camille répond de façon assez brève. Il parle de la ville, du quartier, de la lumière du matin qui est parfaite pour les photos en automne, et d'un projet sur lequel il travaille depuis quelques semaines.
— C'est quoi, ce projet exactement ? demande Camille malgré elle, sa curiosité prenant momentanément le dessus sur sa froideur affichée.
— Une série sur les petits commerces du quartier, explique Lucas, ses yeux s'illuminant immédiatement. Les boulangers, les fleuristes, les libraires aussi, d'ailleurs. Sylvie a accepté que je vienne photographier la boutique la semaine prochaine.
— Ah bon ? dit Camille, surprise. Elle ne m'a rien dit.
— C'est tout récent, je lui ai proposé hier soir. Vous verrez, ça pourrait être intéressant pour vous aussi, votre premier mois de travail immortalisé en photo.
— Je ne suis pas sûre d'aimer cette idée, dit Camille, un peu mal à l'aise à la pensée d'être photographiée sans prévenir.
— On verra bien, répond Lucas avec un sourire mystérieux qui n'aide pas vraiment à la rassurer.
— Vous êtes toujours aussi sérieuse le matin ? demande-t-il enfin, avec un sourire amusé, presque taquin.
— Je ne suis pas sérieuse, répond Camille. Je suis occupée.
— Occupée à lire un livre dans un café, avant même d'aller travailler ? dit Lucas, un peu taquin.
Camille ferme son livre d'un coup sec, un peu agacée par cette remarque.
— Écoutez, je viens ici pour être tranquille avant le travail. Pas pour bavarder avec un inconnu qui renverse mon chocolat.
Lucas lève les mains en signe de paix, un sourire un peu gêné aux lèvres.
— D'accord, d'accord. Je comprends. Je ne voulais pas vous déranger, vraiment.
Il y a un silence. Camille se sent un peu mal d'avoir été aussi directe, presque dure. Après tout, il n'a rien fait de vraiment terrible, juste beaucoup parlé, ce qui n'est pas un crime.
— Ce n'est rien, dit-elle finalement, d'une voix un peu plus douce. Je ne suis pas très sociable le matin, c'est tout. Ce n'est pas contre vous personnellement.
— Ça arrive, dit Lucas avec compréhension. Moi, c'est plutôt l'inverse. Le matin, j'ai besoin de parler pour me réveiller vraiment, sinon je reste dans le brouillard jusqu'à midi.
Camille esquisse un petit sourire, presque malgré elle. Lucas le remarque immédiatement, comme s'il attendait ce moment depuis le début de la conversation.
— Ah, un sourire ! dit-il, triomphant. Je savais que vous n'étiez pas complètement froide sous cette carapace.
— Ne vous réjouissez pas trop vite, répond Camille, mais avec beaucoup moins de sécheresse cette fois, presque en jouant le jeu.
Ils restent silencieux un moment. Lucas boit son café rapidement, comme d'habitude pressé par le temps. Il regarde sa montre et se lève brusquement, manquant de renverser sa chaise dans le mouvement.
— Bon, je dois vraiment partir cette fois, dit-il. J'ai un rendez-vous photo dans le parc, et si je suis encore en retard, mon client va finir par me remplacer.
— Encore en retard ? demande Camille avec un sourire léger, presque involontaire.
— Toujours, répond Lucas en riant. C'est ma marque de fabrique, comme une signature.
Il prend son sac et se dirige vers la porte, puis se retourne une dernière fois, la main sur la poignée.
— À bientôt, peut-être, Camille de la librairie.
— Peut-être, répond-elle simplement, sans plus de froideur cette fois.
Il sort, et le café redevient calme. Camille reste seule avec son livre fermé sur la table, sans vraiment avoir envie de le rouvrir tout de suite. Elle repense à cette conversation étrange, un peu chaotique. Cet homme est bavard, un peu trop confiant, mais il n'est pas désagréable, finalement, même si elle n'aurait jamais admis ça devant lui.
La serveuse, celle qui l'a servie la veille, s'approche pour débarrasser sa tasse vide.
— Il vous a encore embêtée ? demande-t-elle avec un sourire complice.
— Un peu, avoue Camille en riant. Mais moins qu'hier, je dois dire.
— C'est bon signe, alors, dit la serveuse avec un clin d'œil avant de retourner derrière son comptoir, laissant Camille seule avec ses pensées un peu confuses.
Elle secoue la tête, comme pour chasser cette pensée, et se remet à lire, essayant d'ignorer le petit sourire qui reste accroché à son visage sans qu'elle sache vraiment pourquoi.
Plus tard, à la librairie, Sylvie remarque quelque chose de différent chez Camille, une sorte de légèreté inhabituelle dans sa façon de bouger.
— Vous semblez pensive aujourd'hui, dit Sylvie en rangeant des livres sur l'étagère du bas.
— J'ai encore croisé ce Lucas, le photographe, dit Camille. Il est... particulier.
— Ah, Lucas ! dit Sylvie avec un sourire complice, presque amusé. Il est très sympathique, non ? Un peu fatigant parfois, mais sympathique.
— Il parle beaucoup, répond Camille, sans grande conviction dans le reproche.
— C'est vrai, dit Sylvie en riant franchement. Mais il a bon cœur. Vous verrez, avec le temps.
— Vous semblez bien le connaître, remarque Camille, curieuse de cette familiarité entre Sylvie et Lucas.
— Je le connais depuis qu'il est enfant, confirme Sylvie avec tendresse. Il venait déjà ici avec sa mère, à l'époque, pour choisir des livres d'images. Il a beaucoup grandi depuis, mais au fond, c'est resté le même petit garçon curieux de tout.
Camille ne répond rien, mais elle se demande, en silence, si Sylvie n'a pas un peu raison. Peut-être que Lucas n'est pas si insupportable, après tout. Peut-être même qu'elle a, sans le vouloir, un peu apprécié cette petite conversation matinale.
Elle range encore quelques livres, perdue dans ses pensées, quand Sylvie l'interpelle à nouveau depuis le fond de la boutique.
— Vous savez, dit Sylvie en s'approchant avec deux tasses de café, Lucas n'a pas toujours été aussi bavard. Quand il est revenu de Paris, il était plutôt renfermé, presque triste pendant des mois.
— Ah bon ? demande Camille, surprise par cette révélation, imaginant mal ce garçon si expansif dans un état si différent.
— Il traversait une période difficile, explique Sylvie sans entrer dans les détails, un peu comme si elle protégeait une confidence. Le voir plaisanter et parler à tout le monde comme il le fait maintenant, c'est plutôt bon signe, je trouve.
Camille hoche la tête, touchée par cette information qui donne une nouvelle profondeur au personnage de Lucas, une couche cachée derrière son énergie débordante et ses retards chroniques.
— Merci de me dire ça, dit-elle doucement.
— Ce n'est pas un secret, juste une observation, dit Sylvie avec un clin d'œil, avant de retourner s'occuper d'un client qui vient d'entrer.
Chapitre 4 : Une photo dans la rue
Vocabulaire
la promenade — прогулка
l'appareil photo (m) — фотоаппарат
prendre une photo — фотографировать
le pont — мост
le fleuve — река
la lumière — свет
beau / belle — красивый / красивая
le parc — парк
observer — наблюдать
capturer — запечатлеть
le moment — момент
expliquer — объяснять
naturel(le) — естественный
proposer — предлагать
le reflet — отражение
Après le travail, Camille aime se promener dans les rues de Lyon avant de rentrer chez elle. C'est sa façon préférée de terminer la journée : marcher lentement, sans but précis, et regarder la ville changer de couleur avec le coucher du soleil. Depuis son arrivée, cette habitude est devenue presque sacrée.
Ce petit rituel personnel lui permet de digérer sa journée, de laisser son esprit vagabonder librement après des heures passées à servir les clients et ranger des livres. C'est aussi, elle doit se l'avouer, un moment où elle se sent complètement elle-même, sans les responsabilités du travail ni les attentes de personne d'autre.
Ce jour-là, elle décide de descendre vers le fleuve, en passant par de petites rues qu'elle ne connaît pas encore très bien. L'automne a transformé les arbres le long des quais en une explosion de jaune, d'orange et de rouge. La lumière du soir est douce et dorée, exactement le genre de lumière qui donne envie de s'arrêter et de simplement regarder.
Camille marche lentement, les mains dans les poches de son manteau. Elle observe les reflets du fleuve, les bateaux qui passent doucement, les gens qui courent ou qui se promènent avec leur chien, les étudiants assis sur les marches avec un livre ou une bière. Lyon en automne est vraiment magnifique, pense-t-elle, encore surprise par cette beauté qu'elle découvre chaque jour un peu plus.
Elle s'arrête un instant près d'un vendeur de marrons chauds installé au coin d'une rue, hésitant à s'offrir ce petit plaisir simple. L'odeur sucrée et fumée qui s'échappe du petit stand métallique lui rappelle les marchés de Noël de son enfance, ces souvenirs chaleureux d'une époque où tout semblait plus simple. Elle achète finalement un petit cornet, réchauffant ses mains contre le papier chaud tout en poursuivant sa promenade.
Plus loin, un groupe de musiciens de rue joue un air entraînant, un accordéon accompagné d'une guitare, attirant un petit attroupement de passants qui s'arrêtent pour écouter quelques instants avant de reprendre leur chemin. Camille reste elle aussi un moment, appréciant cette parenthèse musicale improvisée, avant de continuer vers le fleuve, l'esprit léger et le cœur ouvert à cette nouvelle vie qu'elle construit peu à peu, un jour après l'autre.
En traversant le pont, elle remarque une silhouette familière, accroupie près du bord du quai. Un homme est penché, un appareil photo devant les yeux, complètement concentré, presque immobile. Camille reconnaît immédiatement les cheveux bruns en désordre.
Elle s'arrête un instant, l'observant à distance avant de se manifester. Il y a quelque chose de touchant dans sa concentration totale, cette façon qu'il a d'oublier complètement le monde autour de lui quand il travaille, immobile comme une statue pendant de longues secondes avant de bouger légèrement pour ajuster son cadrage.
— Encore vous, dit-elle en s'approchant, un sourire dans la voix.
Lucas sursaute légèrement et baisse son appareil photo, se retournant avec surprise.
Pendant un bref instant, avant de la reconnaître, son visage affiche l'expression méfiante de quelqu'un dérangé en plein travail, puis s'illumine aussitôt en réalisant qui vient de l'interrompre.
— Camille ! dit-il, réellement content de la voir. Le monde est vraiment petit, ou alors vous me suivez.
— Ou peut-être que Lyon n'est pas si grand que ça, finalement, répond-elle avec un sourire, sans relever la plaisanterie.
Lucas se relève, époussetant son pantalon, et montre son appareil photo avec un air presque fier.
— Je travaille sur un projet de photos, explique-t-il. Des images de Lyon en automne, pour un magazine local. Ils veulent quelque chose de vivant, pas juste des cartes postales.
— C'est pour ça que vous êtes toujours pressé le matin ? demande Camille, curieuse, en s'appuyant contre le parapet du pont.
— Exactement. La lumière du matin est parfaite pour certaines photos, surtout au bord du fleuve. Et le soir aussi, comme maintenant, mais différemment.



